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19 avril 2020

Confinement et solitude

Le confinement et les moments de solitude permettent de se retrouver, de faire le point avec soi-même : se laver les dents, prendre sa douche, se balader seul. Il est simple de perdre du temps. Mais c'est aussi pendant ces moments avec soi-même que l'on peut avoir ses idées les plus brillantes. Comment vivre la solitude alors ? Un conseil : considérer la solitude comme une activité à part entière !

La psychanalyste Françoise Dolto disait que « la solitude m'a toujours accompagnée, de près ou de loin, comme elle accompagne tous ceux qui, seuls, tentent de voir et d'entendre, là ou d'aucuns ne font que regarder et ecouter. Amie inestimable, ennemie mortelle - solitude qui ressource, solitude qui détruit, elle nous pousse à atteindre et à dépasser nos limites. »

Charles de Gaulle écrivait que « dans le tumulte des hommes et des événements, la solitude était ma tentation. Maintenant, elle est mon amie. De quelle autre se contenter quand on a rencontré l'Histoire. »

Coco Chanel pensait que les hommes et les femmes réagissent différemment à la solitude : « Il n’y a rien de pire que la solitude. La solitude peut aider un homme à se réaliser ; mais la solitude détruit la femme. »

Le philosophe Gilbert Simondon pensait que « la véritable relation transindividuelle ne commence que par-delà la solitude », et que « le véritable individu est celui qui a traversé la solitude ; ce qu’il découvre au-delà de la solitude, c’est la présence d’une relation transindividuelle. » Une relation transindividuelle est une relation qui dépasse l'indivu, qui le transcende.

La solitude est un élément essentiel de la découverte de soi et de la maturité émotionnelle. La réflexion qui en résulte peut amener à une connaissance approfondie de soi. Être seul nous force à réfléchir sur tous les facettes de notre personnalité.

Michel de Montaigne a popularisé l'idée de la solitude comme un moyen intellectuel de nous séparer de la foule et, par la même, de se forger un point de vue unique et une certaine indépendance d'esprit.

Martin Heidegger, qui avait l'habitude de s'isoler dans un cottage (« la hutte ») à la montagne, disait que « la solitude n'est pas faite pour échapper au monde, mais pour le rencontrer ». Dans le même ordre d'idée, le cinéaste Ingmar Bergman, qui s'isolait aussi dans une cabane en bois, écrivait : « ici, dans ma solitude, j'ai l'impression que je contiens beaucoup d'humanité ».

En effet, dans le silence, nous pouvons entendre le monde autour de nous. Cette solitude nous apporte une grande authenticité, que nous pouvons entretenir et afficher lorsqu'on se retrouve au milieu des autres. La clé de la créativité est un équilibre entre se concentrer sur soi et se concentrer sur les autres, entre intériorité et extériorité, entre profondes réflexions et actions motivées.

Immergez-vous dans la solitude. Accordez-vous du temps et de l’espace afin de parvenir à vous éloigner des attentes extérieurs, des conversations, du bruit, des médias et de la pression. Prenez chaque jour le temps de sortir marcher et de réfléchir. Asseyez-vous sur un banc dans un parc et regardez autour de vous. Partez en voyage, afin de réfléchir. Qu’importe ce que vous faites, éloignez-vous de ce qui vous distrait et vous empêche de contempler votre vie et la direction que vous voulez lui donner. Dans la solitude, vous devrez vous sentir indépendant et auto-suffisant, et non seul, dans le besoin, ou effrayé.

Tout le monde a besoin de passer du temps seul, que vous soyez introverti, extraverti, célibataire, en couple, jeune ou vieux. S’isoler est nécessaire pour se régénérer, s’écouter, pour trouver la paix intérieure, et pour réaliser que la solitude, lorsqu'elle est voulue, n’est pas une mauvaise situation, mais bien davantage un passage libérateur de votre existence. Si vous êtes créatif, vous pourriez découvrir que la solitude stimule votre créativité. Il est bon de collaborer avec d’autres personnes de temps en temps, mais il est difficile d’être réellement créatif lorsque vous êtes constamment entouré de gens. Prenez du recul et puisez dans votre créativité.

Et n'oubliez pas : c'est votre attention qui détermine votre réalité.

11 mai 2019

La marche (3)

Marcher aide à penser. Un pas devant l’autre, et c’est une idée après l’autre qui nous vient. Comme si nos jambes étaient le moteur de notre pensée. Les longues promenades en montagne stimulent la réflexion. Beaucoup de philosophes étaient des marcheurs, et même ceux qui ne pratiquaient pas cette activité la considéraient comme une image de la pensée. Descartes, par exemple, décrit sa réflexion comme une marche en forêt. Il se sent perdu, il cherche l’issue… Heidegger parle de la pensée comme de « chemins qui ne mènent nulle part » : le but n’est pas d’aller d’un endroit déterminé à un autre, mais de faire la route. C’est le point commun entre le marcheur et le philosophe : ils n’ont d’autre but que de cheminer. 

L'image du penseur plutôt prostré et immobile renvoie à une conception très particulière de la philosophie, qui considère que la pensée serait favorisée par une mise en absence du corps. Celui-ci ne venant plus interférer, la pensée pourrait alors s’élever. Au contraire, la pensée associe toujours corps et esprit. La marche exprime très bien cette réalité. La pensée s’appuie sur le corps et se développe en harmonie avec lui. On pourrait presque dire que dans la marche, c’est le corps qui pense. Marcher, c’est passer d’un pied sur l’autre, et penser, c’est envisager une idée puis une autre. La pensée est toujours en instabilité, inquiète, en mouvement, comme la marche est un déséquilibre sans cesse rattrapé. Dans les deux cas, il s’agit d’une recherche permanente d’un équilibre entre deux positions. Il y a donc une conformité et une coïncidence entre le mouvement du corps et celui de la pensée. Montaigne dit même que son « esprit ne va si les jambes ne l’agitent », et qu’il a le sentiment que ses pensées dorment s’il s’assied !

La marche en ville est très mécanique et utilitaire : on marche pour se rendre au bureau, pour faire ses courses, etc. Et puis on se fond dans l’atmosphère urbaine : nos pas se règlent sur ceux de la foule, notre attention est sans cesse perturbée par des bruits, des agitations. On ne marche pas à « son » rythme. La marche est riche de pensées si elle est libre, choisie et sans autre objet que de passer un moment avec soi-même. Par ailleurs, la marche en ville est trépidante, tandis que, même si elle peut parfois subir des fulgurances, la pensée suit un tempo lent. Un rythme qui a à voir avec la respiration. La marche en montagne est plus intéressante et adaptée à la réflexion car elle oblige davantage à écouter son souffle. Selon le terrain sur lequel on marche, donc selon le souffle que l’on produit, c’est un type de pensée ou d’échange spécifique qui est favorisé. La marche sur du plat permet de longues digressions. La marche en montée convient plutôt à la recherche de la formule juste, puisque l’on manque d’air. Tandis que la descente sert une pensée qui suivrait son propre caprice, sans contrainte.

La pensée est plus conforme à la réalité quand on marche. Nous sommes à la fois corps et esprit, et la marche nous oblige à considérer cette réalité mêlée. Elle est l’occasion de donner à la pensée une assise concrète, que nous sommes tentés de laisser de côté quand nous nous lançons dans des réflexions abstraites. D’ailleurs, quand on marche en montagne, il y a une dialectique entre notre ascension générale et l’inclination de notre regard, de notre tête. C’est comme si nous visions des hauteurs, tout en regardant régulièrement nos pieds.

La marche est une école de sagesse car elle nous tient sur terre ; ce n’est pas un hasard si « humilité » vient du latin humus, « terre ». Et qu’elle nous permet de faire l’expérience de nos limites : en la pratiquant, nous ressentons la fatigue, la vieillesse, nous « sentons » que notre corps n’est pas tout-puissant, alors que les déplacements en voiture, en train ou en avion sont autant d’occasions de dépasser nos limites physiques. La marche nous enseigne aussi qu’il n’est pas dans la nature des choses d’aller droit au but. En montagne, vous avez beau voir au loin la cime à atteindre, vous ne pouvez pas grimper tout droit pour y accéder. Vous comprenez que le chemin le plus direct n’est pas toujours le meilleur et que les détours et digressions peuvent être précieux.

(à suivre)

13 février 2017

Dasein

Dans la vie de tous les jours, une stratégie d'adaptation appropriée est de vivre le moment présent. Elle maintien un équilibre personnel qui augmente les chances de gérer au mieux les crises existentielles et les désintégrations. Le philosophe Martin Heidegger a souligné l’importance de la phénoménologie, le phénomène d’être conscient de sa propre conscience de l’instant. Il le nomme le "dasein", le fait d'être là, de vivre l’instant présent en se sachant le vivre et en veillant à ressentir pleinement la façon dont on le perçoit. 

Vivre le moment présent signifie être conscient de ce qui est en train de nous arriver, de ce que nous sommes en train de faire, de ce que nous sommes en train de ressentir et de penser. On regarde les situations telles qu’elles sont, sans les colorer des expériences passées, sans être influencés par les peurs, ni la colère, ni les désirs, ni par aucun attachement. Vivre de cette façon rend plus facile de gérer ce qu’on est en train de faire dans l’instant présent. Les gens qui sont en phase de désintégration se focalisent souvent avant tout sur le passé ou sur le futur, qui leur semble si maussade ou sinistre, plutôt que de vivre dans l’instant présent.


8 novembre 2016

La solitude

La solitude est un élément essentiel de la découverte de soi et de la maturité émotionnelle. La réflexion qui en résulte peut amener à une connaissance approfondie de soi. Être seul nous force à réfléchir sur tous les facettes de notre personnalité.

Michel de Montaigne a popularisé l'idée de la solitude comme un moyen intellectuel de nous séparer de la foule et, par la même, de se forger un point de vue unique et une certaine indépendance d'esprit.

Martin Heidegger, qui avait l'habitude de s'isoler dans un cottage ("la hutte") à la montagne, disait que "la solitude n'est pas faite pour échapper au monde, mais pour le rencontrer". Dans le même ordre d'idée, le cinéaste Ingmar Bergman, qui s'isolait aussi dans une cabane en bois, écrivait: "ici, dans ma solitude, j'ai l'impression que je contiens beaucoup d'humanité".

En effet, dans le silence, nous pouvons entendre le monde autour de nous. Cette solitude nous apporte une grande authenticité, que nous pouvons entretenir et afficher lorsqu'on se retrouve au milieu des autres.

La clé de la créativité est un équilibre entre se concentrer sur soi et se concentrer sur les autres, entre intériorité et extériorité, entre profondes réflexions et actions motivées.

Extrait du livre "Wired to Create: Unraveling the Mysteries of the Creative Mind".



5 novembre 2016

L'œuvre de l'artiste

Pour moi, l'œuvre d'un artiste apaise son impatience de créer, son insatiable urgence d'assouvir le désir créatif. Cette œuvre est sa folie. Il se prend pour un "dieu", car l'artiste est son propre dieu, son propre gourou avec sa mégalomanie, sa folie et son absolue. Son travail, c'est lui. Il dépeint son monde intérieur ou imaginé. Il doit révéler cette part de lui, c'est sa raison d'être.

Pour Martin Heidegger, l'œuvre d'art est une puissance qui ouvre et "installe un monde". L'artiste n'a pas une claire conscience de ce qu'il veut faire, seul le "tout fera l'œuvre". L'œuvre d'art n'est pas un outil, elle n'est pas une simple représentation, mais la manifestation de la vérité profonde d'une chose : "ainsi du temple grec qui met en place un monde et révèle une terre, le matériau qui la constitue, un lieu où elle s'impose (la colline pour le temple), et le fondement secret, voilé et oublié de toute chose".

Pour Maurice Merleau-Ponty, "en peignant, le peintre manifeste et montre comment le monde devient sous et par ses yeux, car le peintre peint à la fois le monde et son monde. Tout en se mettant totalement dans ce qu'il peint, le peintre est le serviteur de ce qui est en face à lui".