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15 avril 2018

La nécessité de la désintégration dans le processus de développement (2)

Dans l'approche de Dabrowski, le cheminement vers le Sur-homme requiert des changements d'ordre qualitatifs dans la façon de concevoir la vie ; l' « ici et maintenant » prend une nouvelle perspective et la vie n'est plus vécue dans l'attente d'un avenir meilleur. Au contraire, chaque seconde d'existence est perçue et valorisée intrinsèquement dans sa contribution à l'existence entière. En éliminant Dieu, Nietzche rend à l'être humain toute sa responsabilité de devenir juge de lui-même, de transcender et dépasser constamment son « vieux moi » et d'en créer un nouveau. Mais, comme Dabrowski plus tard, Nietzche souligne bien le chaos et la difficulté suscité par la création de soi et nous invite à dépasser les « 7 diables » sur le chemin de notre développement. Cette volonté de récupération de pouvoir sur soi-même s'illustre à deux stades dans le développement : la moralité sociale (ou 2ème facteur de Dabrowski) est utilisée pour prendre le contrôle sur la nature, l' « animal sauvage en nous» (ou 1er facteur); puis c'est la croissance de soi et le renforcement propre (3ème facteur) qui permet de se développer librement hors des contraintes biologiques et sociales dans un dépassement de l'individu pour atteindre son idéal de personnalité ou niveau le plus élevé de lui-même, ou, comme le dit Nietzche : « devenir la personne qu'il est ». Cet idéal est endogène (il est en nous) et non exogène : pas d'individu modéle à suivre car, comme le rappelle Nietzche : « tous les idéaux sont dangereux ». Toutefois, le modèle d'hommes exemplaires peut être inspirant dans l'initialisation d'un développement avancé mais le soi reste individualisé et personnel.

D'ailleurs, Dabrowski réserve ce mot de « personnalité » uniquement à ceux qui ont atteint ce niveau de développement tout comme Nietzche qui le fait correspondre au développement du Sur-homme, rappelant que peu d'humains l'atteignent. Nietzche, quant à lui, était inflexible sur le « but de l'humanité » qui s'illustrent dans les plus grands exemples de ces hommes qui se gouvernent et se créent eux- mêmes en opposition aux individus-esclaves qui font partie de la meute. Comme Dabrowski et Jackson, Nietzche fait état de ce potentiel individuel constitué de la complexité des émotions, de processus cognitifs riches et de volonté. Pour lui, comme pour Jackson et Dabrowski, plus le potentiel est riche plus l'individu est complexe. Il écrivait déjà : « les types les plus élevés montrent une complexité incomparable... ainsi la désintégration qui en résulte l'est aussi » et « les formes de vie du type le plus bas et des membres de la meute sont plus simples et sont même virtuellement indestructibles ». Pour lui, le besoin de désintégration est clair: « vous devez être prêt à bruler dans vos propres flammes car, comment pouvez-vous devenir neuf si vous n'avez pas été préalablement réduit en cendres ? ».

C'est un état d'extrême vulnérabilité et d'hypersensibilité (les surexcitabilités de Dabrowski) qui caractérise cette transition : « J'aime celui dont l'âme est suffisamment profonde dans sa capacité à être blessé et que la plus petite chose peut détruire ; malgré tout, il est heureux de traverser le pont ». La graine doit mourir pour permettre à la plante de grandir. Nietzsche décrit une désintégration développementale générale et stratifiée, la souffrance conduisant à une séparation verticale qui permet au « héros » de se distinguer de la meute. Cette ascension conduit certes à la « noblesse » et, ultimement à la personnalité authentique de l'être humain, à l'atteinte de son moi idéal ; cependant elle rend l'humain solitaire, loin de la sécurité apportée par la masse et, pour ce philosophe, sans la compagnie de Dieu et son réconfort: « l'être philosophe est solitaire, non parce qu'il le souhaite mais parce qu'il trouve dans cette solitude quelque chose qui n'a pas d'équivalent; tous ces dangers et ces souffrances qui lui ont été réservés ». Le dépassement de cette solitude et de cette souffrance sont les traits-clés du Sur-homme : « La souffrance et l'insatisfaction de nos besoins basiques sont une caractéristique positive car ces sensations créent une « agitation du sentiment de vie » et agissent comme un catalyseur de la vie ». Le malheur, la tension et la souffrance doivent être endurés avec persévération, interprété et méme exploité par l'âme pour cultiver force, inventivité et courage.

En écho, Dabrowski écrit : « Nous ne sommes humains que parce que nous expérimentons la disharmonie inhérente au processus de désintégration » et « Tout processus créatif authentique consiste à perdre, diviser, écraser la réalité précédente. Tout conflit mental est associé à la rupture et la douleur ; tout pas vers l'existence authentique se combine avec chocs, chaos, souffrance, peine et détresse ». Les manifestations physiques ont également une place majeure dans ce processus. Nietzsche en témoigne lorsqu'atteint de maladies longues et sérieuses tout au long de sa vie, il écrit : « Je suis reconnaissant reconnaissant aux maladies car elles nous débarrassent de certaines règles et de leurs préjudices ». Comme Dabrowski le considère pour la maladie mentale, pour Nietzsche, la santé physique n'est pas une absence de maladie mais devient riche dans la façon dont l'individu y fait face, en fait sens pour transformer la maladie en autonomie.

Ces approches diverses et convergentes rendent compte du processus complexe accompagné de phénomènes variés liés à ce que Dabrowski nomma la désintégration positive. Ils insistent tous sur le combat à mener dans l'affrontement au statu quo et l'anxiété, voire la peur même, qui en résultent. Chez Nietzsche comme chez Dabrowski, la création d'une échelle de valeurs personnelle à chacun ainsi qu'un idéal de soi sont nécessaires à cette évolution en devenant les guides de la croissance ; la désintégration devient l'élément central du développement humain. Même si les idées de Dabrowski peuvent paraitre - encore de nos jours - radicales aux yeux de la psychologie contemporaine, elles s'avèrent beaucoup plus utiles et moins radicales rapportées à la compréhension du développement psychologique, particulièrement dans le champ de la surdouance et de l'éducation des « intellectuellement précoces » comme le prouvent les travaux américains et canadiens récents. La TDP devient un nouveau paradigme pour la philosophie, la psychiatrie, la psychologie et l'éducation pour mieux comprendre le développement et la personnalité humaine.

La nécessité de la désintégration dans le processus de développement (1)

L'approche de John Hughlings Jackson (1884) sur la maladie mentale a été primordiale dans sa compréhension en établissant que les niveaux plus élevés de développement, par leur complexité, permettent une moindre organisation et seraient donc moins stables, plus fragiles et plus sensibles à la dépression, l'anxiété et un questionnement/remise en question continus. Pour Jackson, c'est la maladie mentale qui dissout ces niveaux les plus élevés pour laisser place à des niveaux inférieurs, plus simples et automatisés.

Dabrowski s'oppose à cette dernière idée en soutenant que les décompensations et dépressions des niveaux élevés (les dissolutions de Jackson) ont un rôle prépondérant dans l'évolution de l'individu : pour faire face à cela, l'individu doit faire preuve de capacités développementales nécessaires à la transformation et réorganisation de la composition psychique interne. Dabrowski pensait que l'individu doit se libérer de la pression de ses pairs et dépasser l'inertie créée par la socialisation : le développement psychologique nécessite, selon lui, une dissolution des intégrations antérieures et anciennes. Un véritable développement avancé ne peut se construire sur des fondations faites d'instincts biologiques ou de socialisation. Le développement avancé s'élabore à partir d'une inhibition consciente et délibérée des plus bas instincts ainsi que des pulsions d'autosatisfaction et des réactions sociales stéréotypées et automatiques. Il consiste en une expansion délibérée et consciente de caractéristiques autonomes qui s'expriment, par exemple, par l'émergence d'une hiérarchie de valeurs et la définition d'un idéal de personnalité.

Pour Dabrowski, l'intégration secondaire s'accompagne nécessairement de longues périodes de désintégration, de conflits, de crises et de souffrance et, chez les individus particuliérement créatifs, de disharmonie, de nervosité voire de certaines formes de névroses que Dabrowski nomme psychonévroses. Cette réorganisation ne serait pas d'abord cognitive ou intellectuelle mais belle et bien émotionnelle. La dénomination de « désintégration positive », qui peut paraitre au premier abord dissonante, présente l'avantage d'insister sur la direction positive du développement. Elle permet aussi de faire la distinction avec les désintégrations négatives de Jackson et de se démarquer des conceptualisations habituelles de la maladie mentales, ce qui en fait son originalité et son intérêt.

La Théorie de la Désintégration Positive (TDP) définit trois phases de désintégration : une désintégration dite « primaire » et deux désintégrations dites « stratifiées », la 1ère dite spontanée et la 2ème dite organisée. La désintégration est nommée primaire car il existe peu de conscience ou de conscience de soi dans les décisions qui y sont prises ; les conflits y sont dits « horizontaux » c'est-à-dire mettant en scène des conflits entre des pulsions, des caractéristiques et états émotionnels de même niveau. Ces conflits ne produisent pas de développement car ils ne permettent aucune « sortie par le haut » et souvent qu'une faible transformation; ils n'aboutissent souvent qu'à une réintégration au niveau initial et, si ce n'est pas le cas, peuvent déboucher sur des crises sans issue conduisant à des passages à l'acte suicidaires ou à la psychose.

Pour Dabrowski, le véritable développement passe par une forme de conflit qu'il nomme « vertical » entre les fonctions les plus basses et les plus élevées: c'est, selon lui, la « marque de fabrique » du développement. De façon ultime et de façon idéale, le développement culmine dans la mise en place d'une intégration qu'il nomme secondaire, basée sur l'auto-détermination. Dans « Ainsi parlait Zarathoustra », Nietzche emprunte la métaphore du funambule pour nous dire que nous sommes le fil de celui-ci, le pont qui relie la condition animale à celle du Sur-homme. Pour aller plus loin, nous devons emprunter cette corde, au risque de tomber dans le vide en dessous, pour tenter d'échapper à la condition animale. La foule rassemblée autour du funambule n'écoute pas Zarathoustra mais il nous alerte: «Toi, Sur-homme, apprends ceci de moi: personne ici ne croit en ce Sur-homme. Alors si tu veux t'adresser à eux, vas-y ! Mais la foule ferme les yeux et dit : « Nous sommes tous égaux ». Nietzche nous montre que les individus de cette foule ont accepté leur condition ainsi que leurs définitions collectives transmis par leur milieu culturel et social ; pour la foule, il n'existe pas de Sur-homme; tous sont égaux devant Dieu. C'est pourquoi Nietzche a déclaré que Dieu est mort, permettant ainsi la résurrection et la libération du Sur-homme, en lui permettant d'exercer son autonomie et de laisser s'exprimer son désir d'expression de ses potentiels les plus élevés: « Dieu est mort; maintenant nous pouvons faire preuve de désir - et le Sur-homme ainsi d'émerger ». Malheureusement la foule autour de Zarathoustra réagit comme les prisonniers de la caverne de Platon avec le prisonnier « illuminé ». Il est considéré comme aliéné: « Je veux enseigner aux gens le sens de leur existence qui est ce Sur-homme, l'éclair jaillissant de cet homme des ténébres. Mais je suis toujours loin d'eux et ce que je veux leur dire n'atteint pas leur esprit ».

Les prisonniers de Platon comme la foule entourant Zarathoustra acceptent sans sens critique les idéaux de bien et de mal provenant des conventions culturelles et religieuses. Nietzche nous demande de résister à cette soumission à la morale de l'esclave et de réfléchir par nous-mêmes. Au travers de Zarathoustra, il nous dit que le Sur-homme doit dépasser son soi acculturé pour exercer son pouvoir dans une créativité spontanée et construire ainsi un véritable soi autonome. Les Sur-hommes dépassent ainsi le bien et le mal dans une réflexion profonde sur leurs instincts de base; ils continuent en permanence à développer leurs propres valeurs de vie que l'on peut rapprocher de la hiérarchie de valeurs de Dabrowski. Il répond alors ceux qui lui demandent le chemin ... qu'il n'y a pas de chemin. 

8 mars 2018

Désintégration ? - Dabrowski -

Désintégration est un mot difficile à appréhender, tant il est absolu. La désintégration, c'est littéralement une destruction complète. L'adjectif "positif" qui lui est associé dans l'appelation "Théorie de la désintégration positive" (Kazimierz Dabrowski) est déroutant et apparemment contradictoire.

Pour une meilleure compréhension, le terme "conflit" peut remplacé avantageusement le mot désintégration et donner l'expression "conflits positifs". L'idée est que les conflits créent une dynamique positive qui va amener à une annhilation des schémas mentaux de l'individu pour favoriser/enclencher l'émergence d'une personnalité unique et autonome, reflet parfait et harmonieux de la personne. La désintégration est positive quand elle engendre une personnalité. Elle est dite "négative" quand elle n'aboutit pas à une expression complète de la personne, et l'enferme dans des comportements anciens.

Les conflits/désordres/troubles sont abordés de front, non pas évités, pour amener des solutions/des alternatives personnelles et libérer l'individu de ce qui le freine/l'entrave dans son développement et son épanouissement personnels.

24 février 2018

Niveaux de développement (L)

Niveaux de développement
-Deux niveaux d'intégration : primaire (niveau 1) et secondaire (niveau 5)
-Trois niveaux de désintégration : unilatérale (niveau 2), stratifiée spontanée (niveau 3) et stratifiée
organisée (niveau 4).

Intégration
Incorporation de différentes fonctions dans une structure coordonnée, créant un équilibre dynamique,
contrepoids des réponses névrotiques. Correspond à un état et/ ou un fonctionnement stable et cohérent, sans trop de questionnement ni d'inconfort.

Développement unilatéral
Développement limité à un talent ou compétence, à une gamme limitée de capacités et fonctions mentales. A ce stade, on remarque l'absence d'instinct créatif et d'empathie. Tombant sous le contrôle d'un centre de contrôle primitif, peut conduire å la psychopathie et la paranoia.

Désintégration
Désorganisation, dissolution ou perte des fonctions et structures mentales. Processus pouvant permettre à certains individus de passer de l'intégration primaire à l'intégration secondaire. Peu atteignent néanmoins ce dernier. L'atteinte de l'intégration secondaire niveau correspond à la pleine réalisation de I'ldéal du soi.

13 février 2017

Dasein

Dans la vie de tous les jours, une stratégie d'adaptation appropriée est de vivre le moment présent. Elle maintien un équilibre personnel qui augmente les chances de gérer au mieux les crises existentielles et les désintégrations. Le philosophe Martin Heidegger a souligné l’importance de la phénoménologie, le phénomène d’être conscient de sa propre conscience de l’instant. Il le nomme le "dasein", le fait d'être là, de vivre l’instant présent en se sachant le vivre et en veillant à ressentir pleinement la façon dont on le perçoit. 

Vivre le moment présent signifie être conscient de ce qui est en train de nous arriver, de ce que nous sommes en train de faire, de ce que nous sommes en train de ressentir et de penser. On regarde les situations telles qu’elles sont, sans les colorer des expériences passées, sans être influencés par les peurs, ni la colère, ni les désirs, ni par aucun attachement. Vivre de cette façon rend plus facile de gérer ce qu’on est en train de faire dans l’instant présent. Les gens qui sont en phase de désintégration se focalisent souvent avant tout sur le passé ou sur le futur, qui leur semble si maussade ou sinistre, plutôt que de vivre dans l’instant présent.


8 février 2017

Délier son âme

Je reviens ici sur le texte d'introduction de ce blog et sur l'expression "délier son âme". 
Le monde du surdoué est fait d'imagination, de rêves, de découvertes, d'émerveillement et de créativité. Il veut savourer la vie et enchanter le monde. Le plus dur dans son existence sera de savoir délier son âme et de comprendre enfin qu'il peut aussi contribuer à rendre le monde meilleur.

Le verbe "délier" signifie "dégager de ce qui lie" comme on délie un fagot. Par extension, il signifie "dénouer" quand on délie des cordons ou des rubans. Au sens figuré, "délier" veut dire "dégager d’une obligation, d'un serment". Appliqué à la religion, le verbe "délier" signifie "dégager des fautes, des péchés". Quand j'écris "savoir délier son âme", je veux dire qu'il faut s'accepter comme surdoués, ne plus se poser des questions en boucle, mettre nos idées au clair, "dénouer" les noeuds que l'on a fait dans sa tête au fil des années, être en harmonie avec soi. Cela peut prendre des années. Mais, une fois que l'on est parfaitement aligné avec soi-même, il faut avancer, créer, comme dit cette expression anglaise, que j'ai trouvé au fil de mes lectures, qui dit "dès que l'on connait la partition que l'on doit jouer, il faut la jouer".

Cette expression "délier son âme" me vient de Charles Baudelaire. Son ami Gérard de Nerval, un grand mélancolique, venait de se pendre dans une obscure ruelle de Paris et Baudelaire écrivit pour expliquer cet acte désespéré qu'il avait fait ça pour "délier son âme dans la rue la plus noire qu’il pût trouver". J'ai repris modestement cette expression dans un sens positif bien sûr, mettre les choses en ordre dans sa tête et faire la paix avec soi et les autres pour avancer dans la vie.


29 janvier 2017

Plan du livre


Introduction
1. S'identifier
Avant de connaitre ma douance.
Quand ai-je commencé ma transformation, ma désintégration ?
Quel est le problème avec moi ?
La prise de conscience et la reconnaissance.
La transformation. Le changement. Le développement de personnalité.
2. Se comprendre
Appréciation et l'acceptation.
Méthode pour aller mieux.
Perception.
Se reconnecter.
Manque de confiance en soi (tout ou rien).
3. Se révéler et se soigner
Faux-self, le masque.
S'adapter.
Mal être du surdoué.
Décalage avec les autres.
Au travail. Relations avec les gens.
Mes parents
La solitude et l’amour
Les substances. Médicaments.
Méditation. Croyances.
Conclusion

Mon expérience


En voici l'introduction:
Mars 2014. Je viens d'avoir quarante-quatre ans. Je découvre que je suis surdoué en écoutant la radio. Des murs s'affaissent autour de moi. Un horizon apparait. Il est proche et accueillant. Une nouvelle vie m'appelle. On dit que nous avons deux vies, et que la seconde vie commence lorsque l'on réalise que l'on en a qu'une. Donc voilà, ma seconde vie a commencé le jour de cette révélation. Elle était sûrement en gestation dans ma tête depuis des années. En effet, la découverte de soi, le travail de construction, de reconstruction, de recomposition, ou de désintégration comme certains l'appellent, a commencé depuis des années, voire des décennies. Je n'en ai pas été conscient. 

Ce travail sur soi avait commencé et s'était même peut-être arrêté plusieurs fois. Au gré des tourments et des vagues à l'âme. Enfin le plus important c'est d'avoir pris conscience de ma douance et de commencer ce voyage intérieur vers mon moi profond. Celui que je suis à l'état brut, sans masque ni artifice. Ma vraie personne. Je l'ai commencé il y a longtemps cette quête, sans le savoir, à mon corps défendant probablement, mais ce divorce et la crise de la quarantaine m'ont forcé à plonger vers une des plus belles aventures humaines, vers les abysses intérieurs. Mon être profond. Et c'est cette histoire que je voudrais vous raconter sans prétention aucune. Je compare ça à l'escalade d'une montagne par sa paroi la plus abrupte la plus hostile. Le plus dur est de commencer l'ascension, de trouver ses marques, d'assurer ses prises et de continuer la montée en évitant de dévisser, d'être bloquer sur une voie impraticable, et de se surpasser pour arriver au sommet et pourvoir enfin apprécier le chemin accompli et admirer la vue dans un moment de plénitude salvatrice. 

Ce livre est le témoignage d'un surdoué qui s'est découvert surdoué, qui en a pris conscience et qui utilise ces dons autrefois cachés pour s'épanouir, se découvrir et faire tomber le masque. Ce livre s'adresse aux personnes douées ou potentiellement douées qui se découvrent. Il constitue alors une première approche à la douance. C'est un témoignage. Un cas d'école pour les psychothérapeutes. C'est mon expérience personnelle. J'étais vraiment bloquer dans ma vie. Les portes se sont ouvertes pour moi. Cela demande un travail sur soi important, mais passionnant. Une auto-analyse, une auto-évaluation demandant une discipline permanente. J'ai décidé cette écriture de moi, ou plutôt cette recherche de moi, comme un moyen de me soigner et de me trouver. Ce livre est par essence incomplet. Je ne développe pas ici une méthode ou une théorie. Je partage avant tout une expérience brute. 

Ce manuscrit est constitué de notes personnelles prises au fil de ma vie. Pour le moment, je ne parle que de mon ressenti, de mes impressions. De ce voyage au cœur de ma pensée. Bien sûr je me suis énormément documenté durant mon introspection dans l'unique but de me découvrir encore plus et de m'auto-analyser tout seul dans mon coin. Avec bien sûr le coup de pouce d'une psy en cours de route. J'ai découvert une littérature abondante essentiellement en anglais, j'ai aussi étudié dans les détails des méthodes développés par des psys mais je n'en parlerai pas ici. J'y ferai allusion. Mais je ne les développerai pas systématiquement. Aucune bibliographie ne viendra conclure ce texte. Juste une écriture sincère et spontanée.  Une mise à jour sera probablement à prévoir pour ajouter des impressions et pour détailler certains points. 

J'espère que cette expérience aidera les lecteurs francophones du monde entier à découvrir leur douance et surtout à s'épanouir dans un monde inadapté pour eux. Ils ont tant de talent et d’idées à partager. La douance est un état qui est en nous et qui durera toute notre vie. Que nous ayons été identifiés ou non. Lorsque nous le sommes il pourra être un cadeau pour la vie, une source de richesse intérieure et d’épanouissement. Ou un poison qui nous rongera. A chacun d'en faire sa force ou son talon d’Achille. En espérant que ce témoignage, apportera quelques indices, posera des jalons et ouvrira quelques portes à des surdoués qui s’ignorent.

26 décembre 2016

Influences et comparaisons - Dabrowski -

La plupart des théories sur le développement de la personnalité reposent sur un développement en niveaux successifs, chaque nouveau niveau de développement s'appuyant sur les niveaux précédemment acquis. Dans le processus de désintégration positive, la désintégration partielle ou totale d'un niveau de développement inférieur est nécessaire pour permettre d'atteindre le niveau de développement suivant.

Les écrits et travaux de Dabrowski ont été comparés avec ceux de...
Platon et son Allégorie de la caverne de Platon
https://fr.wikipedia.org/wiki/All%C3%A9gorie_de_la_caverne
Jean Piaget
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Piaget
Søren Kierkegaard
https://fr.wikipedia.org/wiki/S%C3%B8ren_Kierkegaard
Friedrich Nietzsche
https://fr.wikipedia.org/wiki/Friedrich_Nietzsche
John Hughlings Jackson
https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Hughlings_Jackson
Abraham Maslow et sa pyramide des besoins
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins

Il a été suggéré qu'une personne pouvait avoir plusieurs ensembles de schémas de comportement, de croyances et de fausses obligations, par exemple vis-à-vis de sa famille, puis d'une religion ou d'une idéologie, puis de lui-même, de sa raison d'être et de ce qui constitue le bien et le mal. Chacune de ces visions du monde et de ces systèmes de valeurs peuvent faire l'objet d'un processus de désintégration positive séparé, et l'individu peut ainsi traverser plusieurs crises existentielles le menant à chaque fois à un nouveau niveau d'intégration personnelle.

Il semble que l'analogie soit possible avec l'effondrement d'une culture, d'un système politique ou religieux, lorsqu'il apparaît par exemple que ce système n'est pas constitutif de "l'avenir radieux de l'humanité". La remise en cause des fondements de la société et du système de valeurs correspondant pourrait être compris comme un processus de désintégration positive au niveau sociétal.

L'expérience de Stanley Milgram (https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Milgram) a montré qu'un individu avait tendance à obéir à une personne incarnant l'autorité, même quand les demandes émanant de cette autorité étaient contraires aux valeurs de l'individu et à ses ressentis émotionnels. Une explication possible est que pendant son enfance, l'individu a été contraint de/conditionné à obéir à l'autorité, et a été éduqué, y compris scolairement, à considérer que l'autorité avait un plus grand savoir/une plus grande sagesse. En grandissant jusqu'à l'âge adulte, l'individu garde cette croyance dans la nécessaire soumission à une autorité, y compris à l'autorité collective de la société, qui dicte les moeurs et valeurs sociales en vigueur. Ce n'est qu'en sortant de cette fausse croyance dans l'autorité et la sagesse morale de la société que l'individu peut devenir sa propre autorité morale, et atteindre le niveau 4 de la théorie de la Désintégration positive.

Idées clés - Dabrowski -

La théorie de la Désintégration positive est basée sur de nombreuses idées clés :

-Nos bas instincts animaux (premier facteur) doivent être inhibés et transformés dans des forces de niveau plus élevé pour que nous soyons humains (cette capacité à transformer nos instincts est ce qui nous sépare des animaux).
-L'intégration de la personnalité initiale commune, fondée sur la socialisation (deuxième facteur), ne reflète pas la vraie personnalité.
-Au niveau initial de l'intégration, il y a peu de conflits internes dans la mesure où l'individu suit le groupe ; il y a peu de sensations de mauvais comportement. Les conflits externes sont souvent liés au blocage d'objectifs sociaux (par exemple une frustration par rapport à l'évolution professionnelle). Les moeurs et valeurs sociales l'emportent avec peu de questionnement ou d'examen conscient.
-La vraie personnalité doit être fondée sur un système de valeurs qui sont consciemment et volontairement choisies par la personne pour tenir compte de leur propre sens particulier de "comment la vie devrait être" et de leur "idéal de la personnalité" – la personne idéale qu'ils sentent qu'ils "doivent être".
-Les instincts animaux inférieurs et les forces de pression du groupe et de socialisation sont inférieures au moi autonome (la personnalité) construit par la personne consciente.

-Pour défaire l'intégration initiale, les crises et les désintégrations sont nécessaires, et sont généralement fournies par l'expérience de la vie.
-Ces désintégrations sont positives si la personne peut apporter des solutions positives et développementales à la situation.
-Les « crises mono-niveau » ne sont pas développementales parce que la personne peut seulement choisir entre des choix de même niveau.
-Un nouveau type de perception implique le multi-niveaux, une vision verticale de la vie qui compare des possibilités plus basses et plus hautes et permet maintenant à l'individu de choisir une issue de niveau plus élevé à une crise, par rapport à des solutions disponibles mais de niveau plus bas. C'est la solution développementale.

-La désintégration positive est un processus de développement vital.
-Dabrowski a développé le concept de potentiel de développement pour décrire les forces nécessaires pour réaliser le développement d'une personnalité autonome.
-Le potentiel de développement comprend plusieurs facteurs incluant les dons et talents innés, les hyperstimulabilités et le troisième facteur.
-L'hyperstimulabilité est une mesure du niveau de réponse nerveuse de l'individu. Dabrowski a trouvé que les personnes qu'il a étudiées présentaient toutes un système nerveux extrêmement sensible, ce qui les rendait aussi sujettes à l'angoisse, la dépression et l'anxiété (psycho-névrose dans les termes de Dabrowski), ce qui est un élément très positif et développemental.
-Le troisième facteur est une mesure de la motivation de l'individu vers l'autonomie.
-Lorsque le développement multi-niveaux et autonome est réalisé, une intégration secondaire est observée qui reflète l'état de la personnalité mature. L'individu n'a pas de conflits internes, il est en harmonie interne de par le fait que ses actions reflètent sa hiérarchie de valeurs profondément ressentie.

15 décembre 2016

Développement de la personnalité en cinq niveaux - Dabrowski -

Les premier et cinquième niveaux sont caractérisés par l'intégration psychologique, l'harmonie, et très peu de conflits internes. Il y a peu de conflits internes au niveau 1 par ce qu'à peu près chaque comportement est justifié : il est soit bon pour l'individu et par conséquent « juste », ou la société dont fait partie l'individu approuve ce comportement et il est par conséquent « juste ». Dans les deux cas, l'individu agit quasiment en toute confiance de la manière dont il pense que n'importe qui d'autre se comporterait, et fait ce que chacun « est supposé faire ». Au niveau 5 il n'y a pas de conflits internes parce que ce que la personne fait est toujours en accord avec son sens interne et personnel des valeurs. Bien sûr, il y a souvent des conflits externes aussi bien au niveau 1 qu'au niveau 5. Les niveaux 2, 3 et 4 décrivent divers degrés et types de désintégration et de malaise.

Dabrowski a dit clairement que les niveaux qu'il présente sont un outil intellectuel (heuristique). Il notait parfois, dans ses diagnostics, des niveaux avec décimales, comme 2,5 pour indiquer un niveau intermédiaire entre les niveaux 2 et 3. Chaque dynamique de développement – empathie, amour, agression, authenticité, joie – a son niveau de développement. Les émotions se développent en émotions de plus haut niveau. Dans le processus de développement les structures de deux voire trois niveaux consécutifs peuvent coexister, bien qu'il doive être compris qu'elles existent en conflit. Le conflit est réglé quand une des structures est éliminée, ou au moins est complètement contrôlée par une autre structure.

13 décembre 2016

Origines de la théorie de la désintégration positive (2) - Dabrowski -

Un principe de base de la théorie de Dabrowski est que la plupart des gens font généralement l'expérience d'une intégration initiale primaire caractérisée par l'adoption des moeurs et normes sociales en vigueur. La personne moyenne accepte ces moeurs sociales externes et vit selon elles avec peu de doute ou de conflits. Stimulées par leur potentiel de développement, les personnes exemplaires entrent en conflit lorsque leurs perceptions et valeurs internes en cours de développement se trouvent être en opposition avec les vues extérieures et les moeurs qui leur avaient été inculquées. Ces personnes passent par des périodes que Dabrowski décrit comme la désintégration positive, qui défie et éventuellement désintègre l'intégration primaire et conduit à des périodes de profonde réflexion et d'introspection. La désintégration positive culmine dans l'émergence d'une hiérarchie de valeurs, de buts et d'objectifs générés en interne. En fin de compte un idéal de la personnalité particulier émerge, qui représente le type de personne que l'individu veut s'efforcer de devenir. Le développement avancé est décrit comme une intégration secondaire caractérisée par une adhésion à ses propres valeurs, objectifs et idéaux.

Un aspect clé du développement est l'émergence du milieu psychique interne et du sujet comme objet. Aux niveaux inférieurs de développement, un individu est guidé par des rôles et des forces sociales externes, et sa perception est de manière prédominante en tant que sujet. L'individu peut rarement voir au-delà de ses propres besoins et désirs. À mesure que le développement progresse, la vision de l'autre comme objet émerge, aboutissant à l'acceptation de la légitimité de l'autre, et éventuellement apparaît la capacité à inverser les rôles de sujet et d'objet. Il s'agit d'un aspect clé du développement parce que quand l'individu est capable de voir l'autre en tant que sujet il développe de l'empathie, à la fois pour l'autre personne et pour l'humanité en général. Cela désenfle l'ego individuel et favorise une identification authentique et altruiste avec l'humanité. Dans le même temps, l'individu apprend à se voir lui-même comme les autres le voient – comme objet, et cela permet de voir son propre comportement et ses priorités sous un éclairage nouveau. Le milieu psychique interne et le troisième facteur émergent également et deviennent des forces de premier plan. Le milieu psychique interne déplace l'attention vers la vie intérieure, les pensées de la personne, l'imagination et les émotions. Les évènements vécus ne sont plus vus comme la conséquence des forces extérieures, mais comme relevant de la responsabilité personnelle, interne. L'individu prend conscience de l'importance des émotions comme étant la base des valeurs individuelles et comme dirigeant son comportement. Cela permet à l'individu de façonner sa personnalité pour se conformer à son idéal de la personnalité, en inhibant les aspects qui sont plus éloignés de son moi idéalisé et en créant et augmentant les aspects qui sont plus proches de son moi idéalisé.

12 décembre 2016

Un cadeau tragique - Dabrowski -

Dabrowski appelait l'hyperstimulabilité « un cadeau tragique » pour refléter le fait que le parcours d'une personne avec un potentiel de développement élevé n'était ni confortable ni facile. Le potentiel permettant d'expérimenter des sommets est également un potentiel permettant d'expérimenter des gouffres. La douleur et la mort sont bien plus difficiles à affronter. Ceux qui sont émotionnellement hyperstimulables ressentent non seulement leur propre douleur plus profondément, mais ressentent aussi celle des autres avec la même intensité. De la même manière, la capacité à exprimer une grande créativité rend probable le fait d'expérimenter beaucoup de conflits personnels et de stress. Ce stress conduit le développement et est également le résultat de conflits développementaux, à la fois intrapsychiques et sociaux. Dans les phases aiguës de ce stress, le suicide est un risque significatif. L'isolement souvent ressenti par ces personnes augmente le risque que la personne se fasse délibérément du mal.

Dabrowski préconisait l'auto-psychothérapie, la formation de la personne aux hyperstimulabilités et au processus de désintégration pour lui donner un contexte dans lequel comprendre des ressentis et des besoins intenses. Dabrowski suggérait d'aider les gens dans leurs efforts pour trouver et développer leur propre expression personnelle. Les enfants et les adultes avec un potentiel de développement élevé doivent trouver et parcourir leur propre chemin, souvent au détriment de leur intégration avec leur environnement social et même avec leur famille. La conscience du fait que nul ne peut montrer à quelqu'un d'autre « le droit chemin » est au coeur de l'auto-psychothérapie. Chacun doit trouver sa propre voie pour lui-même.

11 décembre 2016

Kazimierz Dabrowski et la désintégration positive - Dabrowski -

Kazimierz Dabrowski (1er septembre 1902 à Klarowo - 26 novembre 1980 à Varsovie, en Pologne) était un psychologue, psychiatre, médecin, écrivain et poète. Il fut professeur au département de psychologie de l'université Laval et au département de psychologie de l'université de l'Alberta ainsi que membre de la société royale de médecine. Kazimierz Dabrowski a développé le concept de la désintégration positive, une approche nouvelle du développement de la personnalité. La théorie de la désintégration positive apparaît être très utilisée par les individus à haut potentiel (surdoués) pour comprendre leur développement intellectuel/mental.

À propos de la théorie et de sa compréhension. Certaines personnes vont être dépassées et même perdus en découvrant en quoi consiste la désintégration positive. C’est normal. Elles ne sont pas encore en position de comprendre pour différentes raisons. Elles n’ont pas encore vécu certaines cassures, drames (décès), évènements (divorce) dans leur vie qui sont à l’origine d’une dépression qui entraine une désintégration par la suite. Il faut avoir une grande conscience de sa vie intérieure, ce qu’Howard Gardner appelle l’intelligence intra-personnelle, l'intelligence de l'introspection, de la connaissance de soi. La désintégration est inconsciente au début, c'est à  la fin et surtout quand elle est finie ou qu’on approche de la fin que l'on comprend ce qui s'est passe. C’est mon expérience tout au moins. J’ai fait le plus gros. Apres un divorce, j’ai eu un gros passage à vide, et petit à petit j’ai découvert ma douance. J’ai beaucoup lu et j’ai finalement consulté une spécialiste qui m’a parlé de la désintégration. Depuis je continue à travailler sur moi, mais je suis, jour après jour, de plus en plus, près de ma vraie personnalité.  Un point important à retenir. La désintégration, c’est une évolution, une transformation de soi vers sa vraie personnalité. Pour cela, il faut passer à travers une période de trouble, une dépression. Le problème qui se pose chez beaucoup de  personnes dans cette situation c’est qu’elle essaie d’échapper à leur situation en prenant des antidépresseurs pour faire passer cette période dépressive, et retourner ainsi à leur situation initiale (ex: même travail, mêmes relations toxiques). Généralement on prend des médicaments, d’autres vont s’orienter (ou être orientés) vers l’alcool ou les drogues. Ils vont perdent ainsi contact avec leur personnalité, avec ce qu’ils sont vraiment. Rien n’est définitif bien sûr, mais il faut savoir que les substances compromettent la désintégration. Les croyances, les religions aussi car elles éloignent de soi. Bien sûr, on peut se réaliser par la croyance divine, mais c’est toujours sous les règles d’une divinité extérieures à notre moi profond.  Je reviendrai là-dessus plus tard.

Une petite précision : la théorie de la désintégration positive est la proposition originale d’un patricien, Kazimierz Dabrowski, sur des comportements qu’il a longuement observés. C’est son interprétation des choses. Personnellement je trouve qu’il a vu juste. Cette théorie doit être considérée comme un outil heuristique, un outil de découverte, pour se comprendre et trouver des solutions à ces blocages. Ce n’est pas un dogme. Petit rappel: la théorie de la désintégration positive est très utilisée par les individus à haut potentiel (surdoués) pour comprendre leur développement intellectuel.