19 février 2018

La peur de l'abîme (2) - Extraits

"J’ai écrit ce livre pour un type particulier de personnes, que je vois souvent dans ma pratique privée. Ces personnes — que j’appelle des « personnalités PCH » — ont des problèmes de perfectionnisme, de contrôle, et de honte, mais aussi des difficultés à prendre des décisions, pensent en termes rigides de tout-noir-ou-tout-blanc, vivent dans la crainte de la critique (surtout de l’autocritique), et ont une mauvaise estime de soi, entre autres caractéristiques. J’aime à me représenter les problèmes individuels de cette constellation PCH comme les rayons d’une roue. Le moyeu de la roue est ce que les personnalités PCH ressentent vraiment à l’intérieur, et qui conduit à tous ces problèmes. C’est le centre de cette roue qui doit guérir; alors toute la constellation de problèmes ou de symptômes peut disparaître."

"Ainsi, bien que la personnalité PCH puisse partager certains traits avec le trouble obsessionnel- compulsif, la plupart de mes patients viennent pour des dépressions, de l’anxiété ou des troubles panique. Parfois, ils ont déjà vu un autre thérapeute qui leur a dit que la thérapie cognitivo-comportementale était la plus adaptée pour leur anxiété ou leurs autres symptômes, laquelle enseigne des dispositifs d’adaptation pour atténuer et contrôler ces symptômes. Ils apprennent ces techniques mais ne sont pas satisfaits des résultats, parce qu’ils savent qu’à un certain niveau quelque chose génère les symptômes qu’ils continuent à affronter. Les symptômes traités ne sont que la manifestation de leurs sentiments sous-jacents, qui persistent même après avoir appris de nouvelles manières de « faire face ». Personne ne leur a jamais dit qu’ils pouvaient espérer réellement guérir, en atteignant le « moyeu » de leur personnalité, les dynamiques sous-jacentes qui les font souffrir. Ils n’ont jamais été invités à raconter leur « histoire », le récit de leur vie qui a conduit à des symptômes."

"J’ai constaté qu’à un niveau plus profond, les personnes souffrant d’une dynamique PCH ont ce que j’appelle une peur de l’abîme. Elles craignent qu’en abandonnant leur contrôle rigide, une très mauvaise personne, tapie dans leur côté sombre ou leur abîme, sera libérée et dominera leur personnalité. Ce qu’elles craignent souvent, c’est de devenir comme un parent ou une autre personne importante de leur enfance, dont ils abhorrent certaines habitudes, ou leur personnalité, et sentent qu’ils ont cela aussi en eux-mêmes. Pas étonnant que les personnes PCH ont une faible estime de soi. Personne ne peut se sentir bien en ayant l’impression d’avoir une sorte de monstre à l’intérieur — tout au contraire."

"Mes clients ayant des problèmes PCH ont toujours cet abîme, comme le bourreau de travail qui a peur d’être paresseux, ou celui qui doit s’en tenir à la vérité exacte, à tout moment, même au risque d’offenser les autres, parce qu’il craint d’être un menteur. Cette peur de l’Abîme s’enracine dans la croyance erronée que l’on doit cacher une partie de soi pour à tout prix garder le contrôle. C’est un gaspillage d’énergie que de passer sa vie à se défendre de ces sentiments douloureux et effrayants. Il est de loin préférable d’affronter les sentiments et de vivre pleinement."

"Pour vraiment modifier une personnalité, vous devez prendre conscience des pensées et des sentiments que vous ignoriez précédemment. Nous avons parlé, par exemple, du mode de pensée tout-noir-ou-tout-blanc et des associations rigides que font les personnes PCH. Rappelez-vous l’exemple de ceux qui se faisaient une idée précise d’une personne simplement parce qu’elle était en retard, ou qu’elle avait choisi de se teindre les cheveux. Vous vous souviendrez également de mes patients qui pensaient que le moindre mensonge était terrible et qu’ils devaient être brutalement honnêtes tout le temps. Mais pourquoi ces gens forment-ils ces associations spécifiques ? Je demande parfois à une personne PCH pourquoi elle a besoin d’être parfaite, et elle répondrait que du temps où elle était imparfaite, elle était soumise à des traitements humiliants ou cruels pour le fait de ne pas être parfaite. C’est une partie de la réponse, et c’est une bonne réponse d’un point de vue historique; cela explique comment le comportement ou sentiment s’est développé et a été renforcé dans le passé. Cependant, nous vivons dans le présent. Une réponse historique ne dit pas ce qu’il y a maintenant dans la tête et le cœur d’une personne."

"J’ai donné le nom d’abîme à la véritable peur sous-jacente des personnes PCH. Elle se manifeste sous différentes formes, à la manière d’un puits sans fond et obscur dans lequel on a toujours peur de chuter. L’abîme n’est pas l’image que vous voulez avoir de vous-même, mais c’est l’image que vous craignez et tenez à distance. Les rayons de la roue (les différentes manifestations de l’abîme) servent à rejeter de la conscience cette image de soi, de la nier, et de la diviser en de nombreux rayons ou problèmes dont nous avons parlé."

"L’abîme est alors l’image de soi, tant redoutée, qui va à l’encontre de l’image que l’on prétend avoir. Cette image de soi cachée est tellement crainte que l’on doit tomber dans l’excès contraire pour la nier. D’où vient l’abîme ? Bien sûr, il vient du passé; et il peut s’enraciner en particulier dans l’image qu’on a d’une autre personne. Nous entendons souvent les gens dire qu’ils ont peur d’être comme leur mère ou leur père. Au moment où ils disent cela, ils ont une certaine conscience de l’abîme, mais ils tombent alors dans l’extrême opposé, pour tenter de sur-compenser ces aspects redoutés de leur image de soi."

"L’abîme peut alors dissimuler un « autre » redoutable au sein de l’image de soi d’une personne. L’image de soi n’est pas forcément précise, mais elle a néanmoins une influence énorme sur la personnalité. L’image de soi qui représente « l’autre » redoutable est tenue à distance par les rayons de la roue, ce qui empêche la conscience de soi et la croissance émotionnelle."

"En plus d’être « l’autre » redoutable, l’abîme peut aussi être l’image de soi qu’a développé l’enfant, selon ce qu’il a entendu dire sur lui ou la façon dont il a été traité — c’est une vision déformée, cruelle, de soi-même. A l’âge adulte, certaines personnes se sentent toujours maladroites, stupides, ou inintéressantes, et font tout pour éviter de le savoir. Quand une personne a recours à un « rayon », la peur de l’abîme est activée, et elle réagit en prenant la forme d’un trait PCH. La personne qui fuit l’abîme crée sans le vouloir une prison qui devient émotionnellement étouffante. Pour de nombreuses personnes qui ont été maltraitées, l’abîme représente un de leurs parents. Elles pensent que si jamais elles sont en colère, elles vont devenir comme leur père ou mère violent(e). Elles savent, pas tout à fait consciemment, qu’elles sont déjà comme cette personne. Bien que vous puissiez ressentir de la colère, peut-être même de la rage — tout comme votre parent — vous avez aussi des valeurs, une maîtrise de soi et de nombreux traits positifs et rationnels. La voie de la guérison consiste à jeter une lumière sur votre abîme. Je veux dire par-là que ce n’est pas parce que vous affrontez des sentiments que vous allez agir sous leur emprise, et que reconnaître la rage et d’autres traits de l'abîme permet de les intégrer à de nombreux sentiments positifs."

La peur de l'abîme (1)

La plupart des livres de psychologie populaire ou de croissance personnelle aident les gens à mieux « faire face » à un problème spécifique qui les trouble. Bien que tout le monde ait besoin de ce genre d’aptitudes, ce sont des aides temporaires qui n’augmentent pas la compréhension et la conscience de soi, car ils ne traitent pas la cause à la racine du problème. En mettant l’accent sur un problème ou un trait spécifique, ils ne reconnaissent pas que ce trait fait partie d’une constellation plus large des problèmes interdépendants. Les livres de psychologie populaire davantage portés sur la spiritualité soulignent la « conscience », mais ne montrent pas aux gens comment aller au-delà de leurs défenses pour devenir vraiment conscient de soi. D’autres livres se concentrent sur une étiquette de diagnostic, tels que le « trouble panique » ou la « dépression », mais ne considèrent pas la nature des personnes avec ces étiquettes et leur cause.

Au travers de conseils spécifiques, la peur de l'abîme propose de soigner le noyau blessé de ceux pour qui le perfectionnisme et la honte sont des problèmes fondamentaux, quels que soient les problèmes ou diagnostics de surface. Ce livre les aide aussi à laisser tomber leur tendance à être « sur la défensive » ou inauthentique. De telles personnes redoutent des blessures émotionnelles, et forment des traits de personnalité pour s’en défendre. Le titre de l’ouvrage indique leur crainte la plus profonde — être la personne que l’on redoute, souvent un parent violent, ou ressembler au parent qui a agit de la sorte durant la petite enfance. Leurs craintes ont des répercussions intenses et multiples, dans la vie quotidienne et les relations. En suivant le chemin qui mène au noyau blessé, les lecteurs pourront développer une plus grande conscience de soi, remédiant à un large éventail de problèmes.

La peur de l'abîme simplifie des idées complexes et les rend accessible au profane. Des exercices guident progressivement et doucement le lecteur en profondeur et avec précision, au fur et à mesure de sa réceptivité. Des vignettes cliniques viennent illustrer les principaux points de chaque chapitre et témoignent du processus de guérison de différentes personnes.

(*) "La peur de l'abîme : guérir les blessures de la honte et du perfectionnisme" Aleta Edwards

13 février 2018

Alice Miller et "Le drame de l’enfant doué" (4)

Alice Miller a lutté pendant vingt-cinq ans contre les châtiments corporels – claques, fessées – infligés aux enfants. Les enfants humiliés et maltraités ne deviennent pas des monstres, mais tous les monstres ont été des enfants humiliés et maltraités. Devenu une évidence, ce constat n’allait pas de soi quand Alice Miller le formula au début des années 1980. Elle-même brimée par des parents meurtris par leur propre éducation, elle avait trouvé refuge dans la peinture et pris conscience de la charge d’angoisse imprimée dans son psychisme par son enfance. Après quelques années d’intense production créatrice, elle s'était mise à écrire pour partager les fruits de sa réflexion.

A l’origine de la violence que l’on s’inflige à soi-même ou que l’on fait subir à autrui, il y a toujours le meurtre de l’âme enfantine infligé aux petits par les adultes. C’est ce qu’Alice Miller appelle la « pédagogie noire », qui brise la volonté de l’enfant pour en faire un être docile et obéissant. La pierre angulaire de ce type d’éducation consiste à faire accepter à celui-ci qu’on « lui fait mal pour lui faire du bien ». Cette idée, développée par Alice Miller dans plusieurs de ses livres, dont Le Drame de l’enfant doué et C’est pour ton bien, met en relief le douloureux conflit intérieur que vit l’enfant : il souffre de la conduite de ses parents, mais l’accepte par amour pour eux.

S’appuyant sur les parcours de Dostoïevski, Virginia Woolf ou Arthur Rimbaud, frappés d’épilepsie, de dépression ou de cancer, Alice Miller défend l’idée qu’il existe une relation irréfutable entre le manque de « nourriture affective » et les maux dont notre corps souffre à l’âge adulte. Avec le temps, les émotions réprimées dans l’enfance (par peur des punitions) se transforment en maladies et dépendances diverses. Pour rompre ce cycle malheureux, la thérapeute préconise de briser les interdits, et en particulier de nous autoriser à ne pas aimer nos parents. Tout comme les victimes doivent cesser de trouver des circonstances atténuantes à leur bourreau, les enfants ont le droit de rompre avec le commandement biblique : « Tu honoreras ton père et ta mère. » Le thérapeute, un « témoin éclairé » « Nous bâtissons de hautes murailles pour nous protéger de la douloureuse histoire de notre propre enfance. Il nous faut abattre ce mur du silence, en nous-même et dans le monde qui nous entoure, retrouver l’enfant méprisé, abandonné, trahi que nous étions jadis. Nous devons apprendre d’où viennent nos souffrances, et que l’on peut en guérir. » Pour ouvrir les yeux sur ce que nous avons vécu enfant, nous avons besoin d’un « témoin éclairé », un thérapeute conscient des répercussions des carences affectives précoces. Ce principe d’empathie est à la base de la pratique thérapeutique d’Alice Miller. En nous aidant à ouvrir les yeux, ce témoin éclairé vient à bout de notre « cécité émotionnelle ».

Revenant sur sa propre histoire, Alice Miller montre combien on peut souffrir en essayant en vain de combler les attentes de ses parents. "Je ne dois aucune reconnaissance à mes parents pour m’avoir donné la vie, car je n’étais pas désirée. Leur union avait été le choix de leurs propres parents. Je fus conçue sans amour par deux enfants sages qui devaient obéissance à leurs parents et souhaitaient engendrer un garçon, afin de donner un petit-fils aux grands-pères. Il leur naquit une fille, qui essaya, pendant des décennies, de mettre en œuvre toutes ses facultés pour les rendre heureux, entreprise en réalité sans espoir. Mais cette enfant voulait survivre, et je n’eus d’autre choix que de multiplier les efforts. J’avais, dès le départ, reçu implicitement la mission d’apporter à mes parents la considération, les attentions et l’amour que leurs propres parents leur avaient refusés. Mais pour persister dans cette tentative, je dus renoncer à ma vérité, à mes véritables sentiments. J’avais beau m’évertuer à accomplir cette mission impossible, je fus longtemps rongée par de profonds sentiments de culpabilité. Par ailleurs, j’avais aussi une dette envers moi-même : ma propre vérité – en fait, j’ai commencé à m’en rendre compte en écrivant Le Drame de l’enfant doué, où tant de lecteurs se sont reconnus.

Néanmoins, même devenue adulte, j’ai continué des décennies durant à essayer de remplir auprès de mes compagnons, mes amis ou mes enfants la tâche que m’avaient fixée mes parents. Le sentiment de culpabilité m’étouffait presque quand je tentais de me dérober à l’exigence de devoir aider les autres et les sauver de leur désarroi. Je n’y ai réussi que très tard dans ma vie. Rompre avec la gratitude et le sentiment de culpabilité constitua, pour moi, un pas très important vers la libération de ma dépendance à l’égard des parents intériorisés.

Mais il en reste d’autres à franchir : celui, surtout, de l’abandon des attentes, du renoncement à l’espoir de connaître un jour ces échanges affectifs sincères, l’authentique communication, dont j’avais tellement manqué auprès de mes parents. Je les ai finalement connus auprès d’autres personnes, mais seulement après avoir déchiffré l’entière vérité sur mon enfance, avoir saisi qu’il m’était impossible de communiquer avec mes parents et mesuré combien j’en avais souffert. C’est alors seulement que j’ai trouvé des êtres capables de me comprendre et auprès desquels il m’était permis de m’exprimer librement et à cœur ouvert. Mes parents sont morts depuis longtemps, mais j’imagine aisément que le chemin est sensiblement plus difficile pour des gens dont les parents sont encore de ce monde.

« Les attentes datant de l’enfance peuvent être si fortes que l’on renonce à tout ce qui nous ferait du bien pour être enfin tel que le souhaitent les parents, car on ne veut surtout pas perdre l’illusion de l’amour. » 

10 février 2018

C'est comme ca que l'on s'est aimé

Pause musicale. Chanson kitsch, mais j'adore. Je me suis marié à une américaine, alors elle me parle. Claude François a chanté cette chanson avec sa dernière petite américaine Kathleen Jones.


Alice Miller et "Le drame de l’enfant doué" (3)

Dans son livre, Alice Miller se demande pourquoi tant d’'adultes, qui réussissent dans la vie, souffrent-ils de se sentir étrangers à eux-mêmes, intérieurement vides ? Les réponses de l'auteur à cette question ont aidé de nombreux lecteurs à trouver un accès à leur propre histoire et à découvrir que la partie précieuse de leur Soi leur était restée cachée jusqu'’alors (leur « drame »). Ses lecteurs sont encouragés à chercher les raisons de leur souffrance actuelle dans leur histoire, l'’histoire du petit enfant qui ne devait vivre que pour les besoins de ses parents en ignorant ou niant ses propres besoins. Au lieu de payer plus tard avec des dépressions et de nombreuses maladies corporelles pour cette auto-mutilation, l'’adulte peut s’'en libérer en trouvant l’'empathie pour l’'enfant qu'’il a été et pour sa souffrance muette. Aussitôt qu'’il assume sa vérité, bloquée si longtemps dans son corps, il peut commencer à regagner, pas à pas, sa vitalité, la vie authentique qu'’il n’'avait pas osé vivre. 

Personnellement, ce livre m'a été conseillé par une amie Suisse. Je n'ai pas envie de détailler ici les relations que j'entretiens avec mes parents, et notamment avec ma mère, mais je dois dire que ce livre m'a aidé à comprendre une chose inconcevable et inimaginable pour moi: mes parents ne sont pas foncièrement les meilleurs alliés dans mon dévelopement personnel.

Il y a sûrement une partie inconciente de leur part, qui leur vient de leur propre enfance. Mais les parents veulent notre "bien" en nous modelant à ce que la société veut de nous. L'idée, c'est qu'en étant modéré, poli, flexible, commun, on a plus de chance d'avoir une vie normale. En faisant ça, ils (les parents) construisent le masque que l'on doit porté toute sa vie, le faux soi qui nous...détruit à petit feu.

Voilà, je n'irais pas plus loin...car le sujet est toujours sensible pour moi, tant il a remué mes croyances et mes espérances. Lisez ce livre, il vous apportera quelques clés nécessaires à la découverte de votre vrai soi.

Alice Miller et "Le drame de l’enfant doué" (2)

Dans son livre "Le drame de l’enfant doué", sous-titré "La recherche du vrai Soi", Alice Miller écrit:

"Parce que la grandeur est la contrepartie de la dépression dans le trouble narcissique, la réalisation de la liberté des deux formes de perturbation est difficilement possible sans un profond deuil sur la situation de l'enfant (qui fût). Cette capacité de s'affliger, c'est-à-dire d'abandonner l'illusion de son enfance «heureuse», de ressentir et de reconnaître toute la souffrance qu'il a endurée, peut restaurer la vitalité et la créativité du dépressif et libérer la personne grandiose des efforts et de la dépendance à sa tâche de Sisyphe.

Si une personne est capable, au cours de ce long processus, de faire l'expérience du fait qu'il n'a jamais été aimé comme un enfant pour ce qu'il était mais était plutôt nécessaire et exploité pour ses accomplissements, succès et bonnes qualités - et qu'il a sacrifié son enfance pour cette forme d'amour - il sera très profondément ébranlé, mais un jour il ressentira le désir de mettre fin à ces efforts. Il découvrira en lui-même le besoin de vivre selon son vrai moi et ne sera plus forcé de gagner «l'amour» qui le laissera toujours les mains vides, puisqu'il est donné à son faux soi qu'il a commencé à identifier et à abandonner.

Le véritable opposé de la dépression n'est ni la gaieté ni l'absence de douleur, mais la vitalité - la liberté de ressentir des sentiments spontanés. Cela fait partie du kaléidoscope de la vie que ces sentiments ne sont pas seulement heureux, beaux ou bons, mais peuvent refléter toute la gamme de l'expérience humaine, y compris l'envie, la jalousie, la rage, le dégoût, l'avidité et le chagrin. Mais cette liberté ne peut être atteinte si ses racines d'enfance sont coupées. Notre accès au vrai soi n'est possible que lorsque nous n'avons plus à craindre le monde émotionnel intense de la petite enfance.

Une fois que nous avons expérimenté et sommes familiarisé avec ce monde, il n'est plus étrange et menaçant. Nous n'avons plus besoin de le cacher derrière les murs de l'illusion. Nous savons maintenant qui et quoi a causé notre douleur, et c'est précisément cette connaissance qui nous libère enfin de l'ancienne douleur."

Alice Miller et "Le drame de l’enfant doué" (1)

Alice Miller (1923-2010) est une doctoresse suisse en philosophie, psychologie, psychanalyste et chercheuse sur l'enfance. Ses ouvrages et ses thèses sur la violence cachée, qui selon elle caractérisent souvent les relations entre parents et enfants, l'ont rendue célèbre. À partir de 1980, sa réflexion sur ce sujet l'amène à une nouvelle approche de la thérapie à laquelle elle intègre, entre autres, le dessin. Figure influente et controversée, elle est souvent citée par des organisations internationales, pour son engagement contre les violences dites « ordinaires » faites aux enfants. Elle publie son premier livre "Le drame de l’enfant doué" en 1979.

Le drame de l’enfant doué, de l’enfant sensible et éveillé, consiste dans le fait qu’il ressent très tôt le besoin et les troubles de ses parents et s’y adapte. Il apprend alors à dissimuler ses sentiments les plus intenses, que ses parents supportent mal. Quoique ces sentiments, comme par exemple la colère, l’indignation, le désespoir, la jalousie ou la peur, puissent resurgir au cours de la vie future, ils ne seront pas intégrés à la personnalité. C’est ainsi que la partie la plus vitale de l’individu, la source du vrai Soi, ne sera pas vécue. Cette répression des sentiments mène, même chez des personnes très intelligentes et pleines de talent, à une insécurité sur le plan émotionnel s’exprimant soit dans la dépression (perte du Soi), soit dans la grandiosité – qui est en fait une défense contre la dépression. Les exemples décrit par l’auteur sensibilisent le lecteur à la souffrance inarticulée de ceux qui, comme enfant, n’ont pas eu la chance d’apprendre à vivre et à exprimer leurs vrais sentiments.

Miller a défini et élaboré les manifestations de la personnalité du traumatisme de l'enfance. Elle a abordé les deux réactions à la perte de l'amour dans l'enfance, la dépression et la grandeur; la prison intérieure, le cercle vicieux du mépris, les souvenirs refoulés, l'étiologie de la dépression, et comment le traumatisme de l'enfance se manifeste chez l'adulte.

Miller écrit:
"Très souvent, j'ai été confronté à des patients qui ont été loués et admirés pour leurs talents et leurs accomplissements. Selon les attitudes générales qui prévalent, ces personnes - la fierté de leurs parents - auraient dû avoir un fort sentiment d'assurance. Mais, c'est exactement le contraire qui se passait. Dans mon travail avec ces gens, j'ai trouvé que chacun d'entre eux a une enfance qui me semble significative:

-Il y avait une mère qui, au fond, était insécure sur le plan émotionnel, et qui reposait son équilibre narcissique sur le comportement de son enfant. Cette mère était capable de cacher son insécurité à l'enfant et à tout le monde derrière une façade dure, autoritaire et même totalitaire.

-Cet enfant avait une capacité étonnante à percevoir et à répondre intuitivement, c'est-à-dire, inconsciemment, aux besoin de sa mère ou des deux parents, en assume le rôle qui lui avait été inconsciemment assigné.

-Ce rôle assurait "l'amour" pour l'enfant, c'est-à-dire l'exploitation de ses parents. Il pouvait sentir qu'il était nécessaire, et ce besoin lui garantissait une mesure de sécurité existentielle.

Cette capacité est ensuite étendue et perfectionnée. Plus tard, ces enfants deviennent non seulement des mères (confidents, conseillers, sympathisants) de leurs propres mères, mais prennent également la responsabilité de leurs frères et sœurs et finissent par développer une sensibilité particulière aux signaux inconscients manifestant les besoins des autres."

18 janvier 2018

Le génie des oiseaux (4) ...pyromanes

Des scientifiques australiens assurent que le rapace propage volontairement des incendies en transportant des branches incandescentes.

Le milan noir n’a jamais déchaîné la passion des ornithologues. Pas aussi majestueux que l’aigle ni aussi rapide que le faucon, présent un peu partout sur la planète, Amérique exceptée, ce rapace migrateur, bien que protégé en Europe, ne pointe pas sur la liste des espèces les plus menacées. Même son « noir » tiendrait plutôt du brun. Tout juste lui accorde t-on une capacité particulièrement développée à s’adapter à toute sorte de nourriture, des charognes de poissons aux déchets alimentaires, des rongeurs aux petits oiseaux. Avec une spécialité : profiter des incendies pour attraper les gros insectes.

Dans le Journal of Ethnobiology, une équipe australienne annonce que trois espèces de rapaces ont appris à maîtriser le feu, ou plus précisément à le déplacer pour s’en servir. Les scientifiques ont rassemblé quelque vingt observations, provenant de divers lieux d’un vaste territoire de 2 500 km sur 1 000 km au nord de l’Australie. Et ils sont formels : comme son cousin le milan siffleur et son plus lointain parent le faucon brun, le milan noir se saisit de branches incandescentes pour allumer des incendies à distance et s’ouvrir une nouvelle zone de chasse.

Comme aiment à le souligner les auteurs, cette découverte… n’en est pas tout à fait une. Depuis des siècles, les mythes aborigènes donnaient ce pouvoir au rapace. « Les rangers aborigènes qui font face aux feux de brousse prenaient déjà en compte le risque causé par les rapaces », insiste l’article. En 2016, Bob Gosford, ornithologue au Central Land Council d’Alice Spring, s’était, du reste, appuyé sur leurs témoignages pour lancer une première fois son annonce. Mais de nombreux biologistes étaient restés sceptiques, notamment sur le caractère intentionnel de l’opération.

Cette fois, les observations rassemblées « ne laissent aucun doute », assurent les auteurs. Elles s’étendent non seulement dans le temps (de 1963 à 2016), mais aussi dans l’espace (Territoires du Nord et Queensland). Surtout, elles proviennent de sources variées. L’équipe livre ainsi de nombreux récits originaux. Deux des signataires de l’article, Dick Eussen et Nathan Fergusson, pompier pour l’un, ancien soldat du feu devenu écrivain spécialisé dans l’environnement pour l’autre, livrent même leurs propres expériences, concordantes et répétées. On y voit les oiseaux saisir des branchages partiellement enflammés dans leurs serres ou dans leur bec et les transporter sur parfois plusieurs centaines de mètres afin d’aider le feu à franchir une route, une rivière ou même un col.

« Le caractère intentionnel me semble acquis, estime Jérome Fuchs, maître de conférence au Museum national d’histoire naturelle. On ne voit pas pourquoi l’oiseau prendrait le risque de se brûler s’il n’y avait pas une intention derrière. C’est remarquable mais finalement pas étonnant. On a bien vu des hérons utiliser des morceaux de pain comme appâts pour pêcher des poissons. Or les oiseaux vivent avec le feu depuis bien plus longtemps qu’avec le pain. » Le chercheur insiste aussi sur la présence de trois espèces. Deux ont donc très vraisemblablement appris en observant la troisième.

Trois et peut-être plus. L’équipe de Bob Gosford entend poursuivre son travail en Australie. Des caméras devraient être distribuées aux rangers afin d’obtenir un premier enregistrement filmé. D’autres rapaces pourraient s’inviter dans la danse. Et les auteurs espèrent voir les chercheurs étrangers suivre des protocoles similaires. S’ils ne s’interrogent pas sur la façon dont les oiseaux auraient acquis cette compétence, les scientifiques rappellent que, selon la légende aborigène, ce sont eux qui auraient offert le feu aux hommes. Nos ancêtres ont-ils compris l’usage du feu en observant les rapaces ? « De telles croyances doivent être prises en considération », écrivent les chercheurs.

14 janvier 2018

Feels

Pause musicale. Le morceau de musique "Feels" de Calvin Harris a plusieurs interprètes : Pharrell Williams, Katy Perry et Big Sean. Il s'agit de ressentir les choses pleinement, "d'attraper des sensations".


Don't be afraid to catch feels
Ride drop top and chase thrills
I know you ain't afraid to pop pills
Baby, I know you ain't scared to catch feels
Feels with me

La désintégration positive de Dabrowski (niveau V) - Dabrowski -

La seule similitude avec le niveau I se situe au niveau V de la structure psychique. À ces 2 niveaux, elle est relativement stable. Les personnes au niveau V sont à l'opposé des personnes de niveau I. Leurs valeurs sont avant tout universelles. Elles pensent avant tout aux autres et au monde. Elles ont développé un système de valeurs autonome et authentique, choisit consciemment. Elles n'ont plus vraiment à s'occuper d'elles, car elles vivent au quotidien leur idéal de vie. Elles n'ont plus d'attentes personnelles. Leur vie est dédiée à améliorer les choses, à combattre l'injustice et à rendre le monde meilleur. Elles ne subissent plus de conflits internes (comme au niveau I d'ailleurs).

La désintégration positive de Dabrowski (niveau IV) - Dabrowski -

Le niveau IV, la désintégration à niveaux multiples dirigée. Si vous avez réussi à traverser la tempête du niveau III, alors vos actes commencent à prendre une certaine direction.  Vous avez clairement pris conscience de la valeur des choses, vous avez mis en perspective votre ancienne vie et commencez à voir se dessiner ce que vous voulez être et ce que vous voulez faire. Vous avez très certainement commencer à faire  le ménage dans votre vie (amis, mauvaise habitudes,etc.). Vos valeurs commencent à évoluer, les notions classiques telle que pouvoir, possession, reconnaissance disparaissent progressivement. 

Dabrowski explique que le point de mire du développement est l'idéal de soi. L'atteindre, c'est alors ne plus vivre de conflits internes, vous vivez au quotidien la vie telle que vous la concevez dans le respect de tout et de tous. Votre développement devient à présent plus actif. C'est ce qu'il décrit à travers la notion de 3ème facteur. Vous commencez à faire des choix en accord à cette nouvelle vision du monde que vous développez et la place que doit être la vôtre en fonction. Mais plutôt que d'idéal de soi, je préfère parler d'indépendance. Le processus de désintégration est pour moi, avant tout, l'abolition de toutes formes d’influences, qu’elles soient externes (famille, amis, société, etc.) ou internes (influences biologiques primaires,etc.). À ce stade, on comprend bien que moins on sera influencé et donc dépendant, et plus on sera à même de prendre les meilleures décisions. L'altruisme et l'empathie commencent à l'emporter sur le reste. Si vous vivez en harmonie avec vous-même, il est facile de comprendre que vous n'avez plus besoin de vous occuper de vous et que vous souhaitez dédier votre vie aux autres.

L'autoéducation est un dynamisme très important qui apparait à ce stade. Commençant à avoir une idée de plus en plus claire de la manière dont vous devez vivre votre vie et de ce qui a de l'importance pour vous. Il peut prendre diverses formes, des plus « futiles » aux plus profondes. Si on prend l'exemple de la musique comme passion, avant désintégration vous adoriez les musiques électroniques et la Pop, et seuls ces styles vous faisaient vibrer. Mais après votre développement, vous allez écouter autre chose : la musique classique, le piano, les musiques du monde, le jazz...etc. Vous avez besoin de vous éduquer pour pouvoir évaluer et comprendre.

La perception du monde change aussi. Vivre une désintégration, c'est voir le monde différemment. Avant il se bornait à ce qui avait du sens pour vous et non de manière universelle. Par exemple, ce n'était pas très grave de tuer cette araignée qui vous effrayait pourvu que vous vous sentiez mieux. Mais une fois le sens de vos actes perdu, votre perception 2D étant devenue 3D, vous comprenez que malgré votre phobie, vous n'avez pas le droit de la tuer, de lui prendre sa vie égoïstement. La valeur même des choses est alors perçue totalement décorrélée de vous-même. Autre exemple, avant, vous travailliez pour une marque de fast food. Cet emploi avait du sens pour vous, car il vous permettait de vivre, de partir en vacances, et puis vous adoriez le goût de ces hamburgers.  Mais post désintégration, votre acte prend un tout autre sens ou non-sens, vous vous apercevez que travailler seulement pour gagner de l'argent n'a plus de valeur pour vous, que le fait de contribuer à promouvoir la malbouffe, de favoriser l'élevage intensif et irrespectueux des animaux n'est pas admissible. En résumé, tous vos actes et vos choix deviennent de moins en moins égocentriques et de plus en plus universels, ce qui est bien pour vous doit l'être avant tout pour les autres et pour le monde.

Au niveau IV, deux types de parcours se présentent. Le premier concerne ceux qui vont s'arrêter là, ce qui est déjà exceptionnel. C'est-à-dire qu'ils ont développé une connaissance du monde d'une richesse incroyable, qu'ils ont redéfini leur vie en fonction de leurs valeurs dans le respect des autres et du monde. Mais, ils restent encore attachés à ce qu'ils sont. Parfois malgré eux, par obligation (enfants à charge, crédit à rembourser,etc.). Qui ils sont a encore de l'importance et il y a peu de chances qu'ils atteignent un jour le niveau V. Ce sont des gens formidables, qui oeuvrent pour le bien des autres et dans le respect total de leurs valeurs. En résumé, leur être définit leurs actes.

Le second parcours est celui de ceux qui se dirigent vers le niveau V. Ils ont suivi le même développement que ceux du premier parcours, mais ils sont dans l'abandon de soi total. C'est-à-dire que, qui ils sont n'a plus d'importance. Leurs actes dirigent leur être . Ils sont porteurs d'une mission comme Mère Thérésa a pu l'être et c'est elle qui les guide.

Note : au dires des experts, le nombre de personnes atteignant le niveau IV est faible. Cela concerne très peu de personnes, la plupart d'entre eux disent pouvoir compter sur les doigts d'une main ceux qu'ils avaient rencontrés. Je crois pouvoir dire que j'ai atteint ce stade, mais uniquement parce que les circonstances de ma vie m'ont permis de le faire, sans notamment l'influence toxique de l'entourage qui ne permet pas d'arriver à ce stade. Voir mes billets et livres pour comprendre. Par ailleurs, je communique avec des surdoués de monde entier, et je dois dire que j'en connais qui ont atteint ce stade. Je crois qu'à ce niveau le surdoué n'a plus besoin d'un thérapiste, il est son propre guide et conseiller. S'il est vrai que peu de gens atteignent ce stade dans la société (quelques %), il sont tout de meme plus nombreux qu'on le pense (que les experts pensent) car ils passent en-dessous des radars (en gros, ils ne consultent pas - ou plus-).

La désintégration positive de Dabrowski (niveau III) - Dabrowski -

Le niveau 3, c'est la désintégration à niveaux multiples spontanée.

La différence est ici majeure avec le niveau précédent (niveau II). L'origine de cette désintégration est soit un choc émotionnel très intense (perte d'un proche, maladie, accident,etc.) soit une accumulation de chocs moins intenses. C'est ce que recouvre le terme « spontané ». Il faut alors imaginer que c'est une grande partie voir toute la structure psychique qui se désintègre, c'est à dire que l'ensemble des choses qui vous constituaient est remise en question : emploi, famille, amis, valeurs, rapport au monde, au vivant, à la spiritualité.. Il faut imaginer une onde de choc dans la psyché. Au niveau II, seul la une petite partie était touchée,sans grande influence sur le reste. 

Mais au niveau III, le choc initial se propage et désintègre toute la structure. C'est comme si momentanément, plus rien n'avait de sens. Et quand je dis momentané, je parle plus en termes de mois et d'année que de jour. Ce processus au départ, est passif. On ne choisit pas d'être en désintégration, on le subit. Concernant le terme « niveaux multiples », il faut le comprendre comme un passage de la 2D à la 3D. Par exemple, au niveau II, la source de son mal-être pouvait se situer dans le choix de telle ou telle carrière, cela restait donc à niveau unique, car les choix étaient de même valeur. Au niveau III, ce n'est plus simplement tel ou tel choix de carrière qui est questionné, mais son parcours tout entier, la notion même de carrière, le but de vos actions et leurs conséquences, etc.. La dépression et l'anxiété vous envahissent, dues à ce décalage entre qui vous étiez avant, la direction que vous preniez et cet immense vide qui apparait. Vous ne savez plus qui vous êtes et il va vous falloir du temps pour vous redécouvrir. 

Or ce qu'il ne faut pas oublier c'est qu’à ce moment-là, vous êtes toujours le même au sens social du terme. Vous êtes l'ami, le fils de, l'employé de. Je dis toujours que le plus difficile dans la désintégration positive, ce n'est pas de se créer une nouvelle hiérarchie de valeurs, mais bel et bien de changer cet être social, en somme, changer de vie. Car il est rare de pouvoir tout quitter du jour au lendemain, la vie continue - du moins pour les autres - et vous ne pouvez pas tous arrêter simplement par ce que « ça n'a plus de sens ».  Au fur et à mesure du parcours, les dynamismes décrits par Dabrowski apparaissent. Il les voit comme des agents du changement, ce qui est vrai, mais disons que le changement est encore une fois passif. Parce que vous ressentez de la honte ou de la colère, conséquences du jugement et de la perception que vous avez de votre ancien « vous », vous allez vous transformer. En bref, le niveau III est une période de remise en question de tout ce qui vous constitue et de deuil de votre ancienne vie.

La désintégration positive de Dabrowski (niveau II) - Dabrowski -

Le niveau 2 consite en une désintégration à niveau unique. La majorité des gens en font l'expérience au cours de leur vie. Ceux sont ces périodes où l'on ne se reconnait plus, où l'on a plus foi en ce qu'on fait, où l'on réfléchit au sens de sa vie. Après une période de plus où moins agitée, la personne retrouve généralement sa sérénité et se réintègre. Les choix qui se présentent à elle se trouvent être de même nature, d'importance équivalente, mais sa structure psychique reste relativement inchangée. Cela ne signifie pas qu'elle se rendort ou qu'elle redevient passive face aux évènements et dans sa vie, mais simplement qu'elle retrouve un équilibre. Les hauts potentiels vivent souvent ces périodes, car leur potentiel de développement est relativement élevé.


La désintégration positive de Dabrowski (niveau I) - Dabrowski -

Le niveau I concerne la majorité des personnes. On y retrouve des personnes qui ne remettent pas en cause ce qu'elles sont ni comment elles vivent. 

Au cours du développement "classique", l'enfant puis l'adulte, évolue dans un environnement d'influences. Les influences externes ( famille, entourage, société) nous fixent des limites, tendent à contraindre le développement dans un cadre déterminé de valeurs et d'idées. C'est d'ailleurs nécessaire à la vie en société. L'enfant remettra difficilement en cause ces influences, car il n'a tout simplement pas de points de comparaison ni d'options alternatives possibles. À force d'y être soumis, il va les intégrer. On retrouvera alors dans son système de valeurs celles de la majorité des gens d'une culture donnée et des groupes auxquels il appartient. Ce mode de pensée devient au fur et à mesure automatique. Les influences internes entrent aussi en jeu. Elles sont biologiques et peuvent être vues de deux façons. La première est qu'elles vont participer à l'établissement des valeurs et du comportement. Le fait d'être impulsif, sensible ou soumis à des pulsions instinctives ( agressivité, besoin sexuel) va modeler la personnalité. Le deuxième point de vue est qu'elles vont définir la manière dont l'individu va évoluer dans son environnement d'influences externes. 

Ainsi, les contraintes auxquelles on est soumis pourraient définir un couloir dans lequel on évolue et les influences internes nous dicteraient comment on va réagir dans ce couloir. En bref, les personnes au niveau I vivront d'une manière automatique, intègreront un système de valeurs externes qui centrera l'individu sur lui-même avant tout. Leur comportement est comparable à l'animal en ce sens que leur survie et leur bien-être seront une priorité absolue. Les conséquences de leurs actes pour les autres et le monde n'auront pas vraiment d'importance. Les notions de pouvoir, confort, possession dominent. Dabrowski inclut dans ce niveau les psychopathes. Ce sont des personnes présentant des surexcitabilités intellectuelle, psychomotrice et imaginationelle fortes. Elles sont, certes, moins influençables mais leur comportement ressemblent à celui décrit précédemment. Elles ne vivent que pour elles, et tous les moyens sont bons pour arriver à leur fin. Elles sont donc très dangereuses pour les autres, car capables du pire, au détriment des autres et du monde.

Atteindre l’excellence - Robert Greene

Robert Greene (*) est un exemple de surdoué qui a mis du temps à trouver sa voie. Il a fait 80 boulots dans le monde entier avant de découvrir sa vocation: l'écriture. Dans "Atteindre l’excellence" (Mastery en anglais), il définit les étapes nécessaires à cette excellence.

+ Trouver sa passion.
Pour maîtriser un métier ou un art, il faut passer par un long apprentissage de 10 000 heures. Et parce qu’il faut y consacrer autant de temps, chaque personne doit trouver sa vocation, car si nous ne sommes pas complètement investi à notre tâche, nous abandonnerons en cours de route.

+ Apprendre à travers l'apprentissage.
Quel que soit le domaine envisagé, il y a une phase d’apprentissage qui se découpe en trois étapes: A. L’observation. B. L’acquisition des connaissances. C. L’expérimentation.

+ Faire appel à un mentor.
Les mentors permettent d’acquérir plus rapidement un savoir, car le mentor bénéficie lui-même d’années de pratique. Il vous fera gagner un temps précieux en vous inculquant tout de suite les bons gestes ou les erreurs à éviter.

+ Développer une intelligence relationnelle.
Dans le monde du travail notamment, tout le monde lutte pour sa propre survie et pas forcément pour faire avancer un projet. Pour éviter de tomber dans le piège des calculs, des manipulations ou des guéguerres internes, Greene suggère de développer une intelligence relationnelle. C'est, à mon avis, la partie la plus compliquée pour un surdoué.

+ Devenir un créatif.
L'auteur explique les mécanismes de la créativité. Il distingue l'esprit originel (de notre enfance, en prises directes avec le monde, sans filtre), l'esprit conventionnel (celui construit par les attentes de nos parents et la société), et enfin l'esprit multi-dimensionnel, qui est actif, transformant tout en quelque chose de nouveau, de personnel et d'original. Cet esprit crée au lieu de consommer.

+ Fusionner l’intuitif et le rationnel.
À force de se consacrer à un domaine, on acquiert une telle connaissance qu’on en vient à comprendre tous les éléments et leurs imbrications les uns avec les autres. Les maîtres deviennent alors capable d’anticiper, ou plutôt de se fier à une intuition aiguisée. Cette intuition guide souvent les grands maîtres à prendre à un moment de leur vie des directions différentes : ils décident de tracer leur route en dehors des sentiers battus, ce qui suggère une certaine confiance en soi, une grande maîtrise et une vision d’ensemble.


La théorie de la désintégration positive (niveaux IV et V) - Dabrowski -

Au-delà du niveau III, il y a deux niveaux de développement plus élevés. Ces deux niveaux sont rares mais ils ont été atteints par de nombreux membres de notre société et ainsi, ils demeurent parmi les possibles. Le niveau IV est le niveau de la réalisation du moi. L’individu est autonome, responsable et contrôle sa vie. Toutes les caractéristiques identifiées par Abraham Maslow chez les personnes qui se réalisent eux-mêmes, s’appliquent à ce groupe :

    1. Une perception de la réalité claire, plus efficace.
    2. Une acceptation des autres, de soi, et de la nature.
    3. Une spontanéité, une simplicité, et un naturel.
    4. Centré sur des problèmes plutôt que centré sur l’égo.
    5. Une qualité de détachement, un besoin de solitude.
    6. Une autonomie, une indépendance de culture et d'environnement.
    7. Des expériences mystiques et de plénitude.
    8. Un sens profond d’identification, de sympathie et d'affection pour l’humanité.
    9. Des relations interpersonnelles plus profondes et plus intenses.
    10. Une structure de caractère démocratique.
    11. Un discernement entre les moyens et les fins, entre le bien et le mal.
    12. Un sens de l’humour philosophique, pas hostile.
    13. De la créativité.
    14. Une résistance à l’inculturation, une transcendance de toute culture particulière.

Les individus sont capables de réaliser ces valeurs supérieures dont ils ont pris conscience au niveau III. Ils peuvent s’engager dans le service, mais pas aux frais de leur moi. Leur développement dépend de leur compassion pour les autres. L’intérêt pour soi et celui pour les autres ne sont plus polarisés, ils sont synchronisés. Comme dit Maslow, ils sont « synergétiques ».

La honte et la culpabilité du niveau III sont remplacées par une plus grande acceptation de soi, et les « efforts » vers une évolution de niveau supérieur sont remplacés par le savoir que le développement est en train de se produire. Conflits intérieurs, peur de l’échec et résistance, tous diminuent, et cette sécurité intérieure est acquise. Ceux du niveau IV n’ont pas à forcer le changement intérieur ; ils sont capables d’utiliser leurs compétences d’orientation afin de permettre à l’évolution de se produire naturellement. Souvent, ceux du niveau IV sont plus préoccupés par la transformation sociale et le travail dans le monde – une perspective à laquelle ils ajustent leur travail intérieur en cours et leur autonomie qui s’approfondit toujours plus.

Cette sérénité s’infiltre dans la perception des autres aussi. Les personnes du niveau IV apprécient réellement les autres, aimant leurs limites tout autant que leurs forces. Ils ont une grande compassion pour la douleur des autres qui les motive à dévouer leur vie au service comme résultat naturel de leur préoccupation. Un détachement compatissant leur permet d’affronter une grande part de souffrance et d’aider les autres sans être perdu dans cette souffrance. Ceci est une condition fort souhaitable chez les thérapeutes.

Au-delà de la réalisation du moi, il y a même un niveau d’existence plus avancé, un niveau qui n’a été atteint que par quelques élus. Dabrowski l’a appelé « intégration secondaire » et c’est la réalisation de l’idéal de personnalité. Pour la plupart d’entre nous, ceci demeure une vision de la perfection plutôt qu’une potentialité dans cette vie. Au niveau V, on transcende l’égo et atteint une unité harmonieuse avec l’univers. Il n’y a pas d’écart entre « ce qui est » et « ce qui devrait être » ; l’individu est une manifestation vivante de « ce qui devrait être ». Parmi les individus ayant atteint le niveau V, on compte Dag Hammarskjold, Peace Pilgrim et Mère Thérésa de Calcutta. Une partie des icônes de la société actuelle, comme Bill Gates.

Bien que la réalisation complète du niveau V ne se produit que rarement, le fait que la théorie de Dabrowski l’inclue comme possibilité de développement, est significatif. Cette théorie donne une crédibilité psychologique au plus élevé de l’expérience humaine. Reconnaître un idéal, c’est le premier pas vers sa réalisation. Comme nous comprenons plus de choses au sujet des facteurs psychologiques impliqués dans un développement avancé, nous pouvons être capables de nourrir ce développement et devenir une race d’êtres de compassion.

Il est important que le thérapeute reconnaisse la différence entre un jeu de « devrait » imposé par la société et une vision intérieure d’un idéal de personnalité en évaluant le niveau de développement d’un patient. Les « devrait » sont un phénomène de niveau II ; les idéaux choisis en autonomie sont des phénomènes de niveau III. Ils sont très différents.

Un autre facteur important de cette théorie est qu’elle voit le développement sous un angle très large, d’un point de vue de ce qui est possible pour la totalité de l’humanité, et non seulement pour un individu donné. Ceci signifie que l’évolution d’une personne du niveau I jusqu’au niveau V est impossible. Une personne peut rester dans un seul niveau une vie entière, évoluant à l’intérieur de ce niveau, mais sans subir la transformation agonisante vers un niveau supérieur. Bien souvent, une personne va fonctionner simultanément à deux niveaux et à trois niveaux au plus, mais la structure d’un niveau sera toujours dominante.

En arrière-plan de cette théorie, on peut voir la valeur positive de traits supposés névrotiques qui peuvent faire surface pendant la crise du milieu de vie. Le dessous sombre de la crise, ces sentiments souvent surprenants de « faux », de culpabilité sans raison, de dépression accablante et de désespoir insensé prennent une nouvelle signification. Ils peuvent être le signe d’une évolution, évolution qui éloigne de l’adaptation aux normes sociétales vers les débuts de valeurs intériorisées, enracinées dans le moi, et de pas timides vers l’autonomie.

Quel est alors le rôle du thérapeute, dans cette situation ? Avant tout, voir le conflit et l’anxiété comme signes positifs d’évolution et de santé a un effet améliorant en soi. La vision à long terme devient prometteuse, quand bien même le processus immédiat reste douloureux. Le thérapeute peut soutenir les patients pendant le processus de transformation, aider à recadrer les éléments de la situation dans une lumière positive. L’idée centrale de la théorie de Dabrowski de l’évolution émotionnelle peut suggérer de valider ces sentiments sincères, permettre le processus de transformation mais en notant des indicateurs d’évolution nouvelle dans des domaines telles que s’approprier ses expériences, examiner ses valeurs, affirmer ses droits et convictions. La sensibilité et le caractère réfléchi émergeants sont à célébrer. Savoir que le supplice est une part nécessaire de l’évolution vers une intégration plus élevée, peut aider et le patient et le thérapeute à gérer avec plus de sagesse et à continuer – chacun d’eux – cette longue route vers la réalisation du moi authentique.

La théorie de la désintégration positive (niveau III) - Dabrowski -

L’élément critique de la structure de personnalité du niveau III est la conscience d’un idéal à l’intérieur d’eux-mêmes vers lequel ils doivent s’efforcer d’aller. Ils ont un sentiment de « ce qui devrait être » qui est auto-défini et ils sont mécontents de « ce qui est ». A partir de cet éveil, découle le début d’une guidance intérieure, un sens d’autonomie personnelle et une hiérarchie intérieure de valeurs. Envisager ce moi idéal a un effet transformant. Il n’y a plus de contentement avec soi-même, avec ses amis, avec ses valeurs ou avec sa vie. Il y a le savoir que la vie réserve quelque chose de plus, et ceci alimente le processus de développement intérieur.

Beaucoup de ceux qui font la transition vers une forme plus élevée de l’existence, ne choisissent pas cette voie consciemment. Ils sont plutôt « jetés dans leurs destins » par des circonstances qui semblent échapper à leur contrôle. Ce processus désintégrant leur arrive spontanément, plutôt à travers des événements extérieurs, comme la perte d’un être aimé, un divorce, une perte d’emploi ou d’avoir frôlé la mort – qui nécessitent tous une réévaluation de soi – ou par un processus de développement interne, inconscient, qui ne semble pas avoir de cause externe. Subitement ou graduellement, tout ce que la personne est, tout ce qui donnait un sens à sa vie, semble insignifiant. Il y a une vague conscience que quelque chose manque mais il est difficile de découvrir la nature de cette chose.

Que ce choix soit conscient ou inconscient, ce sont les individus de ce niveau qui ont le plus besoin d’une thérapie, et qui sont le plus prêts pour cela. Ils sont insatisfaits de ce qui est et prêts pour le pas suivant de leur développement. Ils sont très différents des patients qui souhaitent seulement être rafistolés afin de pouvoir d’adapter plus efficacement à leurs mondes, ou de ceux qui voudraient se plaindre à quel point le monde est terrible mais qui ne semblent avoir que peu de motivation à changer eux-mêmes. Ceci est un vrai tournant dans leur vie, et le combat dans lequel ils sont engagés est extrêmement douloureux. Ils doivent lâcher leur besoin d’approbation, lâcher leurs insécurités et apprendre à croire en eux-mêmes, faire confiance à leur propre jugement, risquer d’être différent et même risquer de blesser tous ceux qui dépendent d’eux afin de rester la personne qu’ils sont. Certains arrivent à faire cette transition entière vers l’autonomie, d’autres en sont incapables. Il faut un courage énorme pour commencer ce voyage vers le moi.

Certains patients ont fait référence à cette période de leur vie comme « le puits ». D’autres l’appellent « le désert ». Il y a le désir pressant de devenir autre chose que ce que l’on est, mais tout ce que l’on peut voir est noirceur, néant. Il peut y avoir une peur de devenir psychotique. Bien que Dabrowski affirmait, «  Des expériences psychonévrotiques, en combinaison avec une transformation intérieure consciente…créent des dynamismes immunologiques de fond autant contre la dissolution psychotique que contre la régression négative », des personnes au niveau III se sentent comme s’ils étaient en train de se dissoudre. Dépression, désespoir, découragement accompagnent ce voyage solitaire. Parfois, il semble que personne ne peut aider. Les individus laissent derrière eux tout ce en quoi ils croyaient avant pour chercher un avenir incertain. D’énormes émotions montent à la surface et sont affrontées : sentiments de culpabilité et de honte de ce que l’on n’est pas, étonnement de soi-même, colère face à l’injustice du monde et la souffrance et le manque de valeurs chez les autres, des sentiments d’infériorité envers ses propres idéaux. Toutes ces réactions émotionnelles servent au développement futur ; ce sont les outils intérieurs pour l’évolution. Un conflit intérieur fait rage entre la structure la moins développée, en recherche d’approbation, et la structure plus évoluée, autonome.

Dans des situations traditionnelles de thérapie, la personne se verra souvent conseillée d’éradiquer ces symptômes « névrotiques ». La désintégration n’a pas été estimée comme un grand pas dans le développement. Dans l’approche développementale de Dabrowski, l’individu est applaudi pour ces mêmes symptômes et encouragé à poursuivre ce voyage. Le thérapeute sert à supporter la présence de conflits intérieurs, plutôt que de tenter de guérir les symptômes ou de résoudre les problèmes. Il est toutefois important que le thérapeute soit capable de distinguer entre deux types de désintégration possibles : positif et négatif. S’il n’y a pas d’hiérarchie naissante de valeurs, pas d’aspiration vers ce qui est vu comme « plus haut », pas d’émotionalité profonde et d’intensité, il peut y avoir, en effet, un glissement vers le bas, dans la psychose. Là, où il y a de l’intensité, de la préoccupation autour de l’amélioration de soi, de la conscience et même des rudiments de réflexion et de la capacité à s’observer soi-même, il y a une grande probabilité que le processus désintégratif sera positif. Le thérapeute conscient agit comme un guide en tenant une lumière au bout du tunnel pour le patient qui lutte. Bien évidemment, les thérapeutes qui ont eu le courage de descendre dans leur propre puits et qui ont émergé de l’autre côté, sont dans une meilleure position pour aider leur patient dans ce processus. Ils sont passés par là, et ils ont un sens intuitif de ce qui est nécessaire : quand rester assis discrètement, quand entrer et quand être disponible alors que la crise est à son comble.

Il y a de la lumière de l’autre côté. Les individus en transformation développent un sens du moi qui ne ressemble à rien de ce dont ils ont pu faire l’expérience auparavant. Ils ne sont plus à la merci du monde qui les entoure. Ils comment à créer leurs propres vies. Leur estime de soi passe de négatif à positif. Leurs relations avec les autres deviennent plus riches émotionnellement, plus signifiants, plus satisfaisants, plus égalitaires. Ils n’utilisent pas les relations comme moyen de se prouver à eux-mêmes, mais ont un riche sens du moi qui est disponible au partage avec les autres. Comme ils comblent leur propre besoin d’estime, il leur reste plus d’énergie pour voir une autre personne comme un individu unique. Leur capacité à aimer grandit comme ils ne manipulent pas les émotions des autres afin de s’en servir pour eux-mêmes, ils s’intéressent vraiment aux autres.

Un paradoxe difficile à comprendre apparaît dans le domaine de l’empathie. Si une personne – souvent une femme, mais la même vérité se tient aussi pour un homme – s’est identifiée comme un « aidant » altruiste, quelqu’un qui nourrit les autres, il va y avoir une peur d’évoluer. Il y aura un fort sentiment que le développement va emporter la personne loin de ceux qu’elle aime. Il y aura la peur que de se concentrer sur son propre développement, reviendra à devenir égoïste. Il y aura une peur de séparation. Une personne se souvient que, pendant sa propre thérapie, la thérapeute ne cessait de répéter : « Vous serez capable de faire tout ce que vous faites maintenant, seulement, votre attitude vis à vis de tout cela sera différente. » La thérapeute avait raison, bien sûr, mais cela a pris des années à comprendre ce qu’elle voulait dire.

L’empathie au niveau II – un attachement exagéré aux autres, vivre par les autres, un besoin d’être nécessaire pour avoir une identification de soi – laisse la place à une empathie d’une forme différente. L’empathie de niveau supérieur implique un certain degré de détachement et une plus grande perspective. Les individus de niveau III ont fait face à leur propre souffrance, en ont compris la signification à un degré plus élevé et sont capables de réconforter d’autres dans leur douleur plutôt que de souhaiter simplement que la douleur parte pour leur propre confort. Bien que des personnes qui agissent au niveau III peuvent avoir l’air pour eux-mêmes et pour les autres, de s’éloigner de l’intérêt pour les autres, au fond, ils sont en train de passer par un processus qui leur apportera un contact plus profond, plus riche avec ceux qu’ils aiment que tout ce qu’ils n’ont jamais pu imaginer.

Une autre conséquence indirecte de ce processus de transformation est le développement de la créativité. Probablement, la créativité a été là depuis toujours, cachée sous la surface, attendant la capacité d’un moi plus autonome d’exprimer son originalité naturelle. Maintenant, son énergie est mûre à s’exprimer. Les individus de niveau III ont tendance à être hautement créatifs et ils peuvent utiliser leur créativité pour faire avancer leur propre évolution. Avec leur énergie plus abondante, ils peuvent contribuer à la société, en faisant avancer la cause de la justice avec éloquence dans leur écriture, art, danse, pièces de théâtre, inventions et interactions avec les autres.

La théorie de la désintégration positive (niveaux I et II) - Dabrowski -

La théorie postule cinq niveaux d’évolution dont chacun représente une structure psychologique distincte et crée une vision du monde unique. Au niveau I, les individus sont égocentriques au fond et il n’y a que peu d’égard authentique pour les autres, sauf dans le sens de veiller à ses possessions : ma famille, mon affaire, mon équipe de bowling, mon voisinage. Les individus du niveau I se servent des autres pour satisfaire leurs propres besoins de façon automatique ; c’est une obligation naturelle et même morale – prendre soin du numéro un (et des biens du numéro un). Il n’y a pas de réflexion sur soi, pas d’acceptation de culpabilité, pas d’observation rigoureuse consciente quant aux effets de leurs actions sur les autres, pas de sensibilité émotionnelle. Il n’y a pas de conflit intérieur. Tout conflit est externalisé, en opposition à tout ce qui gêne l’accomplissement des désirs. Comme il n’y a pas de vie intérieure à s’interposer entre de telles personnes et leurs ambitions, ils peuvent très bien acquérir du pouvoir par des moyens impitoyables. Au pire, la personnalité du niveau I est un psychopathe, sans aucune indication de potentiel de maturité. Au mieux, au bout le plus haut du niveau I, on trouve une grande partie de l’humanité : des personnes convenables, qui travaillent dur, respectent la loi, qui sont affectueux envers famille et amis, qui ont des croyances fortes mais non remis en question et qui, en général, maintiennent le tissu social. Acculturés et accommodants, ils soutiennent des éthiques et valeurs établies.

Les individus du niveau II ont moins de confiance en eux. Ils ont un sentiment de manquer de quelque chose d’indéfinissable qui les ronge et ils cherchent l’accomplissement et l’approbation auprès d’autres personnes, dans des mouvements de groupe et en aidant et secourant autrui. Ils sont très préoccupés par la question, « Que vont penser les autres de moi ? ». A ces personnes, il manque l’ingrédient essentiel du développement du soi, une hiérarchie interne de valeurs qui distingue entre véritables convictions et accommodations aux autres. Comme ils n’ont pas été pourvus d’un moyen de diriger leur comportement de l’intérieur, ils s’appuient sur les autres pour approuver ou désapprouver ce qu’ils font. Ils se sentent désorientés, impuissants, incertains à tous les égards et inférieurs aux autres. Ils se conforment aux normes des groupes par besoin de sécurité, plutôt que par un véritable engagement envers ces normes, mais ils peuvent passer d’un groupe à l’autre ou d’un amant à l’autre à la recherche d’une plus grande approbation.

Un grand groupe de personnes opère au niveau II. Ils ont des sentiments ambivalents et un comportement incohérent qui reflètent leur vie intérieure confuse. Souvent, ils sont attirés par des projets de développement personnel, mais ils ont du mal à progresser car ils ont tendance à sauter d’une technique à une autre, avide d’essayer tout ce qui est vendu comme le dernier cri et « le meilleur ». Quelques-uns deviennent relativistes quand ils développent une conscience sophistiquée de comment les valeurs varient d’une culture à l’autre, ils peuvent tolérer une large gamme de climats moraux sans prendre au sérieux un quelconque système de valeurs.

Certaines personnes restent au niveau II toute leur vie et certaines personnes avec un plus grand potentiel intérieur avancent. Ceux qui restent au niveau II sont appelés « conserveurs » et ceux qui vont plus loin « transformeurs ». Les conserveurs s’occupent à défendre l’homéostasie (l'équilibre) de l’organisation actuelle de leurs vies. Les transformeurs avancent plus volontiers vers le processus de désintégration.

Il y a beaucoup de distinctions importantes entre conserveurs et transformeurs qui ont un rapport avec les hommes et femmes en milieu de vie. Les conserveurs ont tendance à manquer d’assurance et ont besoin de l’approbation de leur monde. Leur besoin d’estime de soi consomme une grande partie de leur énergie. Ils cherchent continuellement à soutenir leur faible opinion d’eux-mêmes en obtenant l’approbation des autres ou en se convaincant eux-mêmes d’être quelqu’un de bien – des personnes ayant le sens du sacrifice, qui savent donner, prendre soin et qui sont responsables. En effet, ils peuvent être chaleureux, sensibles, facilement émus, motivés à travailler pour le bien-être des autres et être extrêmement préoccupés par la recherche de relations personnelles idéales. Ils peuvent se focaliser sur les besoins des autres au point d’être assez empathiques mais souvent, leur empathie prend la forme d’une sur-identification aux autres et ils se perdent ainsi eux-mêmes dans le drame de la vie des autres. L’empathie peut vite tourner au mépris quand ils ne se sentent pas appréciés pour leur bienveillance. Leur affectivité peut prendre la forme d’une dépendance aux autres, de jalousie ou de dénigrement de soi. Ils ressentent beaucoup de culpabilité à peut-être ne pas vivre à la hauteur des attentes des autres et ils sont aussi tout à fait capables d’utiliser la culpabilité pour manipuler les autres.

Bien que dans les normes de la société, le niveau II soit considéré comme « normal », il y a des implications cliniques frappantes dans cette population. Les individus au niveau II sont plus sujets aux troubles psychosomatiques, à l’alcoolisme, à la dépendance aux drogues, aux phobies et même à la schizophrénie. Leur affectivité peut ne pas être bien dirigée mais le simple fait qu’elle existe au moins, fait que le niveau II soit une avance du développement par rapport à l’assurance insensible du niveau I. Leur désorientation est leur premier pas dans le processus désintégrant d’évolution plus avancée. Beaucoup de personnes demeurent dans cet état confus leur vie entière, se cramponnant à leur faible sens du moi et en se protégeant de futures désintégrations. Mais quelques-uns avancent, risquant tout ce qu’ils croyaient être pour trouver une plus grande vérité ; cette minorité compose les transformeurs qui avancent vers le niveau III.

Le conflit intérieur comme voie vers un développement avancé - Dabrowski -

La crise du milieu de vie est ressentie comme la désintégration du moi, une perte de la définition de soi-même. C’est comme si le terrain pour de futures suppositions se dissipait ; ce qui était important avant, perd son intérêt. Cette expérience peut souvent être terrifiante car l’individu peut croire que rien ne subsistera quand le moi est enlevé. « Sous toutes mes façades, je vais me révéler comme une non-personne. » Qu’est-ce qui cause tout ce chamboulement ?

Un facteur peut être une perte. Un conjoint décède ou part suite à un divorce. Des parents décèdent. Un enfant rebelle quitte la maison. La jeunesse passe dans une culture qui chérit la jeunesse. Comme les enfants deviennent indépendants ou les partenaires sont absorbés par des carrières toujours plus exigeantes, le fait que quelqu’un ait besoin de nous, le rôle du nourricier altruiste ou de l’épaule forte qui est toujours là pour réconforter diminuent.

Il y a aussi le stress. Tout en vivant une perte, des femmes peuvent jongler entre travail et tâches ménagères, gérer leur progéniture adolescente, s’occuper de parents souffrants et probablement regarder leur mari s’angoisser au cours de sa propre crise de la quarantaine. Des hommes peuvent également être tendus entre la gestion des agitations des adolescents et les besoins pressants de parents vieillissants faisant face à leur propre déclin ; les responsabilités augmentent et l’énergie diminue. Autant les hommes que les femmes peuvent aussi se rendre compte nettement que beaucoup, sinon la plupart de leurs rêves et de leurs attentes à ce que la vie allait leur apporter, ne sont plus susceptibles de se réaliser maintenant – une perspective triste.

Mais il y a souvent une autre composante, plus énigmatique – ce sentiment intérieur, indéfinissable de malaise, cette sensation d’abattement ou même de désespoir sans raison particulière, de quelque chose de faux que l’on n’arrive pas à pointer. Tout en ayant fait, et bien fait, les choses qu’il fallait, une terrible sensation tenaillante de malaise et de confusion fait surface maintenant. Les personnes touchées par cela demandent « Qu’est-ce que j’ai mal fait ? Pourquoi je me sens ainsi ? » La dépression assombrit tout. Toutes les personnes et les activités qui donnaient une signification à la vie autrefois ont perdu leur pouvoir. Il y a une profonde sensation de vide que rien ne semble combler.

Par le passé, on conseillait souvent aux personnes avec de tels sentiments, particulièrement aux femmes, de détendre la situation en commençant quelque chose de nouveau, un loisir, du travail bénévole, pour une cause – quelque chose pour détourner son esprit de soi-même. On les voyait comme temporairement désorientées par un manque de but précis, comme des névrosés en train de couver qui ont besoin de revenir vers la normalité. C’était comme si leurs sentiments n’avaient pas de validité. On s’attendait à ce que les personnes traversant une telle anomie aient besoin de revenir à la raison et de « se secouer ».

La théorie de Dabrowski parle à ses sentiments d’une nouvelle façon. La théorie décrit un processus de transformation, une voie vers un développement à un niveau supérieur qui nécessite la désintégration d’une structure psychologique contraignante afin de laisser se produire un mouvement en direction d’une nouvelle intégration à un niveau supérieur, où le moi se réalise. Elle diffère des théories plus familières décrivant des états, elle affirme que la structure du niveau supérieur et celle du niveau inférieur existent côte à côte ; la structure supérieure ne s’élève pas à partir de l’inférieure, mais agit en opposition à cette dernière. Ceci crée un conflit intérieur entre deux conceptions différentes de la réalité. Quand la structure du niveau plus haut est en expansion, la structure de niveau plus bas diminue, mais non sans lutter pour sa survie.

La crise du milieu de vie réexaminée - Dabrowski -

Des aspects apparemment négatifs de la crise de la quarantaine vont être réexaminés à la lumière de la théorie de la désintégration positive de Dabrowski (*), une théorie de l’évolution émotionnelle. Cinq larges niveaux d’évolution vont être passés en revue afin de montrer la « normalité » restrictive dont de telles crises peuvent éloigner et l’élargissement de l’autonomie et de l’authenticité vers lequel elles peuvent conduire. Le rôle du thérapeute est vu alors comme un soutien au patient pendant ce processus de transformation. 

La crise est vue comme « un tournant ». Plutôt qu’une épreuve qui nous est imposée, la crise de la quarantaine peut être une invitation à un développement avancé et un indicateur que, de l’intérieur profond, une maturité lutte pour apparaître. 

La série de billets qui va suivre réexamine de telles crises du point de vue d’une théorie d’évolution émotionnelle qui voit le conflit intérieur dans une lumière positive. Cette théorie, appelée « la théorie de la désintégration positive » par son créateur, Kazimierz Dabrowski (1902 – 1980), était le résultat de ses propres observations angoissées des meilleures et des pires possibilités humaines en période de guerre et elle est la base d’une nouvelle façon de voir ce qui facilite la maturité.

Comme une passerelle

"Les gens doués sont une passerelle vers tout ce qui dépasse un peu l'homme, les entraîne, les fait sortir de la grisaille. Plus on est doué, plus l'image de la perfection apparaît avec netteté. Le bonheur de contempler la beauté est plus intense, la déception de ne pouvoir l'atteindre plus cruelle. Les personnes douées sont excessives, c'est une exigence qui ne laisse personne au repos. Mais quand elle aboutit, elle donne un chef-d'oeuvre sans prix."

Arielle Adda
https://fr.wikipedia.org/wiki/Arielle_Adda

Les sept qualités du vrai Moi

Notre vrai moi (vrai-self) , la personne que nous sommes vraiment, sans artifice, ni masque, est définie par sept qualités intrinsèques: la spontanéité, la réflexion, la créativité, le libre arbitre, la spiritualité, le discernement, et l'amour.

La spontanéité.
C'est la capacité à nous exprimer sans restriction, librement. Un peu comme des enfants. Elle permet de rester en contact avec ses émotions et d'exprimer pleinement sa vitalité.

La réflexion.
C'est voir la vie comme une source de développement permanent. Réfléchir, comprendre et participer à la vie de multiples façons.

La créativité.
Nous avons le pouvoir de produire et de changer les choses, de convertir nos idées concrètement, de réaliser nos rêves. La créativité est l'unique expression de notre propre expérience et de nos réussites.

Le libre arbitre.
C'est nos capacité à choisir. Quand on ne choisit pas, on abandonne une partie de nous-mêmes.

La spiritualité.
C'est répondre à quelque chose de plus grand que nous, que notre esprit et notre connaissance.

Le discernement.
C'est nos principes qui nous guident dans la vie quand nous distinguons le bien du mal.

L'amour.
"Un mot nous libère de tout le poids et de la douleur du monde: ce mot c'est Amour". (Sophocle)

Les dilemmes du surdoué

Les principes sous-jacents sur lesquels reposent une vie épanouissante pour un surdoué (passionnée, active, créative, où tous ses talents s’exprimeront pleinement) dépend des choix qu'il fait parmi des dilemmes qui tourmentent sa vie quotidienne. Chaque surdoué doit choisir entre une option libératrice qui va le révéler à lui-même et lui permettre de devenir la meilleure version de lui-même, et une option qui va le maintenir dans une situation frustrante et déprimante.

-Soit définir, accepter et développer ses talents de surdoué - soit les nier en satisfaisant les souhaits des autres.
-Soit honorer son besoin d'indépendance et trouver d’authentiques pairs - soit tolérer l’incompréhension ou la solitude.
-Soit prendre des risques raisonnables et éviter ceux qui mettent en danger sa mission - soit la jouer tranquille, sans prise de risques, en risquant uniquement d’avoir plus tard des regrets.
-Soit gérer ses relations avec les autres de manière perspicace (en définissant, par exemple, des limites à ne pas dépasser) - soit dire adieu à son intimité.
-Soit écouter son guide intérieur et activer la vraie nature de son âme - soit refuser d'entendre sa voix intérieure et enterrer son esprit créatif dans une réalité unidimensionnelle.
-Soit utiliser ses talents exceptionnels pour en faire bénéficier l'humanité - soit se faire plaisir en s'auto-gratifiant, ce qui finit par dévorer son esprit.
-Soit valoriser les différents traits et capacités des autres - soit demeurer intolérants et immatures face aux autres, chroniquement impatient et perpétuellement déçu.
-Soit transformer sa frustration et son sentiment de rejet en énergie créative - soit s'accrocher à ses ressentiments et abandonner ses rêves.
-Soit planifier des stratégies pour son équilibre personnel - soit attendre une intervention extérieure pour lui dicter sa conduite et contrôler sa vie.

Je vous conseille de garder à l'esprit ces options qui s'offrent à vous en les lisant régulièrement, comme une piqure de rappel. Cela vous aidera à vraiment progresser. Lentement, mais sûrement. Pour ma part, j'ai résolu la plupart d'entre eux. Je continue quand même à batailler avec le deuxième, et c'est un gros morceau. 

1 octobre 2017

Le noble chemin

Le but du développement personnel c'est de devenir son propre dieu, son propre gourou. Ce n'est pas de la mégalomanie. Un gourou désigne communément en Occident un maître à penser. En Inde, le gourou (du sanskrit गुरु guru) est un enseignant, un précepteur, un maître. Être son propre gourou, pour moi, c'est vivre selon ces valeurs profondes, en accord avec sa personnalité. Je parle ici de valeurs humanistes bien sûr.

Un esprit libre est en quelque sorte son propre maître à penser. Dans notre société, la religion apaise l'esprit, mais éloigne souvent de ce que nous sommes vraiment. La religion agit alors comme le fond les drogues, elle nous éloigne de nous. On est pratiquant en suivant des règles établies, mais finalement on est de moins en moins spitiruel. Nous répondons alors à des règles extérieures. Le pratiquant se met au service de son gourou. Parfois, des esprits profonds arrivent à raccorder cette croyance avec la personnalité qui se niche au fond d'eux. Cependant, la plupart des gens trouvent surtout du réconfort dans une communauté, en mettant entre parenthèse ou aux oubliettes, ce qui devrait être la vraie quête de la vie: Qui sommes-nous vraiment ? Quelle est notre vraie personnalité ?

Je crois qu'il est important d'être conscient de l'emprise que peut avoir la religion, les idées politiques, les courants de pensées sur nous. Ceci dit, on peut piocher avec parcimonie des inspirations fulgurantes et rafraîchissantes qui nous permettent d'avancer dans notre quête de vie.

Le Bouddhisme est définitivement une religion (*) qui apporte des clés pour le développement de soi. Le Bouddha Siddhartha Gautama a défini le "noble chemin" (ou "sentier octuple") comme le moyen d'atteindre l'illumination. On le surnomme également le chemin du milieu car il évite les deux extrêmes de l'ascétisme et de l'indulgence hédonistique. Voici donc les qualités qu'une personne éclairée doit mettre en pratique:

-la vision juste:
-la pensée juste:
-la parole juste;
-l'action juste;
-la profession juste;
-l'effort juste;
-la pleine conscience;
-la concentration.

Sans être bouddhiste, je dois avouer que ces qualités sont ceux sur lesquelles je travaille constamment. À chaque instant de ma vie. Et ce n'est pas facile ! (*) Ceci n'est pas du prosélytisme bien sûr.

23 août 2017

Lullaby

Pause musicale. Une berceuse (lullaby) signée The cure. Une merveille de créativité et de rêverie.


I spy with my little eye
Something beginning with S
On candy stripe legs the spiderman comes
Softly through the shadow of the evening sun
Stealing past the windows of the blissfully dead
Looking for the victim shivering in bed
Searching out fear in the gathering gloom and suddenly!
A movement in the corner of the room!
And there is nothing I can do
When I realize with fright
That the spiderman is having me for dinner tonight!

20 août 2017

Douance et haut potentiel

D'aucuns comparent le surdoué à un zèbre (Vous avez dit zèbres ?), d'autres à une forêt humide (Rainforest Mind). Pour ma part, j'aime bien le mot douance et l'expression haut potentiel.

La douance.
Ce terme vient du Canada et sert à désigner les enfants ou les adultes dont les capacités intellectuelles dépassent la norme établie. J'utilise beaucoup ce mot car il est neutre. Il veut rien dire a priori. Les initiés le comprennent, les autres cherchent encore. On dirait un terme immobilier, entre une location et un viager. On pourrait penser à une maladie orpheline. Un mal chronique et rare. Enfin, il me plait car il ne sous-entend rien d'extraordinaire comme "précoce", "doué" ou "surdoué". Je m'approprie ce mot sans culpabilité, ni supériorité vis-à-vis des autres.

Le haut potentiel.
Du latin potentialis (« de puissance »). Qui est en puissance (par opposition à effectif ou factuel. Capacité à faire, supposée mais pas encore réalisée. Ces deux mots associés sont intéressants. Le potentiel, c'est quelque chose en gestation, en sommeil, qui peut se reveler, une possibilite ou non qu'une force se réalise. L'adjectif "haut" s'ajoute à cette probabilité et promet des sommets. L'aspect intéressant de l'appelation "haut potentiel" est que cela peut arriver et être magnifique, mais que cela peut aussi ne pas arriver et être alors tragique. Il faut révéler ce potentiel. Pour cela il faut travailler sur soi, rester motivé, quoiqu'il arrive et passer à l'action. Rien n'arrive automatiquement et systématiquement.

17 août 2017

L'homme-caméra

Stephen Wiltshire est un artiste anglais, né à Londres en 1974. Autiste doté d'une mémoire (mémoire photographique ou mémoire absolue), Stephen est capable de dessiner des paysages dans les moindres détails après les avoir visualisés pendant quelques minutes. Des capacités extraordinaires qui lui ont valu le surnom d'homme-caméra. Stephen a survolé la ville de New-York en hélicoptère pendant vingt minutes. C'est plus qu'il n'en faut pour ce génie qui, une fois redescendu sur terre, a réussi l'exploit de dessiner la ville au détail près, avec chaque bâtiment exquissé à l'échelle, uniquement grâce à sa mémoire. Stephen a également dessiné Rome, Hong-Kong, Madrid ou encore Londres de la même manière, en dessinant seulement de " tête ". Impressionnant !


La dysphasie

La dysphasie se définit comme une pathologie congénitale, durable et primaire, impliquant un trouble de l’apprentissage et du développement du langage : le dysphasique subit une altération de sa capacité à parler oralement ou par signes, et de ses capacités de compréhension de la langue parlée. L’enfant dysphasique éprouvera donc des difficultés à comprendre ce qu’on lui dit, mais aussi à s’exprimer alors même qu’il possède le vocabulaire pour le faire.

L’étymologie du terme dysphasie est grecque et accole le préfixe dys (« mauvais, erroné, difficile ») au radical grec phasis (« parole, langage »). « Dysphasie » signifie donc « mauvais langage » et/ou « parole difficile ». On considère qu’environ 2% de la population présente des troubles dysphasiques, en très grande majorité des garçons.

Il existe trois grandes catégories de symptômes dysphasiques.
La dysphasie expressive : Elle se traduit par une altération des capacités d’expression. Les symptômes seront alors concentrés sur l’élocution : paroles incompréhensibles, mots isolés sans connecteurs logiques, discours de type télégraphiques
La dysphasie réceptive : Elle se traduit par une altération des capacités de compréhension. La compréhension des messages oraux sera incomplète, on observera une grande difficulté à « trouver le mot juste », ou « à trouver le mot », certains discours seront incohérents (par exemple substitution de mots n’ayant pas la même définition). Enfin l’écriture sera très difficile.
La dysphasie syntaxique : Elle se traduit par une désorganisation de la syntaxe grammaticale de la phrase. Les phrases seront mal structurées et formulées en style télégraphique avec de potentiels manques de mots.

On distingue généralement cinq types principaux de dysphasie :
La dysphasie phonologico-syntaxique.
C’est la forme la plus fréquente de dysphasie : l’enfant comprend mieux qu’il ne s’exprime.
La dysphasie lexico-sémantique.
Sous cette forme, l’enfant aura des difficulté à trouver ses mots et éprouvera des difficultés particulières pour dénommer, raconter une histoire, commenter un texte ou un récit.
La dysphasie sémantico-pragmatique.
Cette forme de dysphasie se caractérise généralement des autres par le fait que l’enfant atteint présentera une excellente mémoire auditive, peu de troubles de l’élocution et un vocabulaire relativement riche. Néanmoins, le langage ne véhiculera que peu d’idée et semblera décorrélé du contexte et globalement assez peu compris (alors même qu’il est prononcé).
La dysphasie phonologique.
Dans ce type de dysphasie, on retrouvera principalement des difficultés d’élocution.
La dysphasie réceptive.
la dysphasie réceptive consiste principalement en une incapacité à reconnaître les sons du langage. A cela s’ajoute une parole très rare voir absente qui nécessite une communication par signes, gestes ou onomatopées.

Il ne faut pas cacher que c’est un trouble lourd. Après 5 ans, la rééducation est impérative et intensive.

5 août 2017

Blow Out

J'ai regardé un superbe film hier : "Blow Out". C'est un thriller américain (Brian De Palma - 1981) avec John Travolta, Nancy Allen et John Lithgow. Il raconte comment un ingénieur du son, témoin d'un accident qui a coûté la vie à un candidat à l'élection présidentielle, cherche à prouver qu'il s'agit en fait d'un assassinat au moyen de l'enregistrement sonore qu'il a fait de l'accident.

Je le recommande vivement (*). Le personnage de John Travolta est passionnant. Une scène du début du film est vraiment intéressante car elle pointe un trait du surdoué qui est l'extrème sensibilité sensorielle. Cette faculté à entendre/prêter attention à plus de choses que la moyenne des gens. Comme si nos antennes étaient plus puissantes. Cela nous joue des tours en nous distrayant et en nous déconcentrant. Dans le film, Travolta fait des prises de sons extérieurs de nuit. Avec un micro hyper-puissant, il écoute là un couple sur le pont, puis un crapaud au bord de l'eau, et également un hibou perché sur une branche... https://www.youtube.com/watch?v=4p83Nn5pDCQ

Ce film est un petit bijou de réalisation. Un des fils conducteurs du film (la recherche d'un cri de terreur) révèle dans un twist émouvant et tragique la quête du créatif qui se sert de sa vie et de ses douleurs pour exprimer avec talent son art.

3 août 2017

Laisser le temps au temps

Après avoir pris conscience de sa douance, il faut laisser le temps au temps. Bien que la conscience de soi soit une grande étape vers la découverte et la reconstruction de soi, la pleine réalisation de soi prend du temps. Chaque personne a ses propres expériences de vie et ses propres bagages à porter. Le temps pour nettoyer et surpasser ses souffrances/ses déceptions peut être plus ou moins long.

Beaucoup trop de surdoués vivent dans leur tête. Ils réfléchissent, ils discutent, ils échangent, ils élaborent, mais oublient une chose importante: il faut passer à l'action. D'aucuns écrivent ou chantent, d'autres créent une association ou enseignent, quoiqu'ils fassent, ils font. Il faut faire. Ce n'est pas en vivant avec ses idées que l'on s'épanouit. Les gens ne vont pas nous aimer pour ce que nous sommes. Car nous sommes invivables à vrai dire. Ce n'est qu'en délivrant notre message, en accouchant de nos idées que nous seront aimés. Car nous sommes "le sel de la terre" (*).

(*) "La magnifique et lamentable famille des nerveux est le sel de la terre" -Marcel Proust-

2 août 2017

Le génie des oiseaux (3)

"Un oiseau nommé Blue a un problème. À côté de lui, sur une table, dans sa volière, il y a un tube en plastique avec un morceau de viande à l'intérieur, hors de portée de son bec. Blue est un corbeau de Nouvelle-Calédonie, un oiseau connu pour son merveilleux savoir-faire pour fabriquer des outils et son talent pour résoudre les problèmes. Blue examine la situation, saute autour du tube et regarde à l'intérieur,. Il se pose au sol de la volière et donne des coups de bec à différents objets dispersés…des feuilles, des branches minuscules, un morceau de plastique, mais apparemment il ne trouve pas ce qu'il cherche. Puis, il vole vers un bouquet de petites branches dans un pot posé sur la table et il se perche, en tournant la tête vers la droite puis vers la gauche, il examine ses options. Il choisit une brindille, la détache de la branche à laquelle elle est attachée, et enlève tous les petits bourgeons. Maintenant, il a un joli bâton droit, un parfait outil pour travailler. Il enfile alors le bâton dans le tube et harponne la viande, puis la mange...".

"...Regarder Blue fabriquer le parfait petit outil à partir d'une brindille est une merveille. Dans la nature, ces corbeaux fabriquent des outils élaborés à partir de bâtons, de feuilles et autres matériaux, qu'ils utilisent pour attraper les larves et les insectes qui se cachent dans les trous et les cavités. Les corbeaux voyagent avec leurs outils, suggérant qu'ils les valorisent. Ils reconnaissent un bon outil quand ils en voient un et le gardent pour le réutiliser. Beaucoup d'animaux utilisent des outils. Mais peu font des outils élaborés. En fait, seulement quatre groupes d’animaux sur la planète créent leurs propres outils complexes: les humains, les chimpanzés, les orang-outans et les corbeaux de Nouvelle-Calédonie. Et encore moins font des outils qu'ils gardent et réutilisent...".

"...Ainsi, les corbeaux de Nouvelle-Calédonie se distinguent. La premiere fois que j'ai vu l'intelligence du corbeau de Nouvelle Calédonie en action c'était le long d'une route dans le sud de la Nouvelle Calédonie. Quatre ou cinq familles de corbeaux étaient regroupés dans les arbres, passant de branche en branche. Ils étaient bruyants. Quelqu'un avait abandonné des ordures au bord de la route, et les oiseaux volaient autour, marchaient parmi les détritus et triaient les déchets. Mais soudain, nous avons entendu un bruit sec sur le trottoir derrière nous. Nous nous sommes retournés et avons remarqué plusieurs corbeaux dans les arbres au-dessus de la route. Un corbeau perché sur une branche fourchue surplombant le trottoir, relâcha une noix de son bec qui se brisa bruyamment sur le sol, puis il plonga pour récupérer le contenu de la coquille cassée. Non seulement les corbeaux brisent les noix de cette façon, mais les plus gourmands font la même chose pour casser la coquille des escargots sur le lit rocailleux des ruisseaux assèchés de la forêt tropicale. La corneille noire, elle, utilise les voitures qui passent pour écraser les noix les plus dures...".

"...Un autre exemple sidérant. Au Japon, des corbeaux utilisent les voitures, le passage piétons et les feux rouges et les feux verts pour obtenir ce qu’ils veulent : déguster des noix sans effort..." https://www.youtube.com/watch?v=BGPGknpq3e0

(*) The Genius of Birds – Jennifer Ackerman 

31 juillet 2017

Les fonds d'atelier

Découvrir le processus créatif d'un artiste est si enrichissant. On rentre dans son imaginaire et sa structure mental. Chaque personne ordonne les mots, ses idées d'une façon qui la rend unique et précieuse. Cela peut étonner, surprendre et dérouter mais pour le créatif, ces travaux préparatoires sont évidents et coulent de source. Ce sont les fonds d'atelier. Ceux de Picasso sont merveilleux. Ceux d'Yves Saint Laurent aussi. Voila ceux de Jacques Prévert.

À ses heures, Jacques Prévert était aussi un auteur de bandes dessinées. Avant de s’attaquer à la mise en forme d’un scénario, il composait une planche préparatoire à partir d’une grande feuille de papier. Un brouillon qu’il découpait en rubans horizontaux et déployait pour faire vivre ses personnages avant de se plier aux contraintes plus formelles de l’écriture pour le cinéma. Sur cette grande page, il laissait courir son imagination et jetait pêle-mêle définitions, dessins, graffitis, ébauches de croquis, amorces de dialogues. Un singulier document à tiroirs, plein de trouvailles et de facéties. Pour définir cette approche, l’historien du cinéma Bernard Chardère avance le joli terme de « synopsis enluminé ».

Pour en savoir plus : https://www.fykmag.com/montricher-jacques-prevert-images-a-la-fondation-jan-michalski

28 juillet 2017

Se découvrir

La découverte de soi et le développement personnel sont les plus belles aventures d'une existence. C'est un travail/un voyage intérieur qui nous fait sortir d'une zone de confort et nous entraîne dans de nouveaux territoires. Notre langage change, les mots sont plus précis et profonds, moins superficiels. Ils créent des malentendus/des malaises/des ruptures avec nos interlocuteurs. Notre visage change, nos expressions suivent nos tourments/nos révélations intérieures.

On suit sa destinée. Personnellement, j'ai l'impression de m'être arraché à moi-même. À une vie tracée d'avance. On sort du rail, on déraille, pour suivre notre chemin de vie. Au départ, on en est arrivé là, par accident (de la vie) - divorce, décès. Puis, on comprend petit à petit qu'il existe une autre voie, plus authentique, plus vraie, qui sonne plus juste avec notre moi intérieur, à l'unisson avec nous. 

Bien sûr, le développement personnel est une activité exigeante, il demande de l'attention et de la continuité, de l'endurance pour aller dans la bonne direction. Les forces en présence nous poussent vers la situation antérieure. Plus sûre et confortable, mais si dommageante pour notre psyché/notre bien-être. Il faut s'accrocher et continuer son développement. S'adapter, c'est accrocher nos rêves à une ancre. Alors, en avant !

Un homme, un projet

La Réserve animalière des monts d’Azur, c’est bien plus qu’un parc zoologique classique. Première Réserve d’animaux de ce type créée en Europe, elle propose autant de faire découvrir au public une faune diversifiée et sauvage que de permettre à cette diversité de s’exprimer dans 700 hectares de nature préservée. Bisons, chevaux de Przewalski, cerfs et autres ongulés mais également carnivores et oiseaux divers (comme les aigles et les vautours) se partagent le territoire sauvage que forme cette réserve d’animaux en France.

C'est le projet d'une vie, celui de Patrice Longour. Après dix ans d’un combat épuisant contre la bureaucratie, contre les sceptiques, après la vente de sa clientèle puis de sa villa, Patrice Longour, infatigable vétérinaire, a convaincu sa jeune femme de le suivre. Il a rameuté ses amis, il a séduit des investisseurs, il a bousculé l’administration, il a même intéressé un ministre de l’Ecologie. Son idée de réserve, il est allé la pêcher en Afrique, au Botswana exactement, où durant de longues années il a milité pour la protection du delta de l’Okavango.

La Réserve : https://www.youtube.com/watch?v=1tgWru0JRmQ

La statue intérieure

François Jacob (1920-2013) fut Prix Nobel de médecine en 1965 pour ses travaux sur le contrôle génétique des synthèses enzymatiques et virales, il avait combattu avec les Forces françaises libres pendant la seconde guerre mondiale. Auteur de nombreux livres, il fut l'un des rares scientifiques admis à l'Académie française. "Enfant, j'ai parfois rêvé d'être un autre", racontait-il dans "La statue intérieure", un ouvrage autobiographique.

"Je porte ainsi en moi, sculptée depuis l'enfance, une sorte de statue intérieure qui donne une continuité à ma vie, qui est la part la plus intime, le noyau le plus dur de mon caractère: Cette statue, je l'ai modelée toute ma vie. Je lui ai sans cesse apporté des retouches. Je l'ai affinée. Je l'ai polie. La gouge et le ciseau, ici, ce sont des rencontres et des combinaisons. Des rythmes qui se bousculent. Des feuillets égarés d'un chapitre qui se glissent dans un autre au calendrier des émotions. Des terreurs évoquées par ce qui est toute douceur. Un besoin d'infini surgi dans les éclats d'une musique. Tous les émois et les contraintes, les marques laissées par les uns et les autres, par la vie et le rêve."

"Faute d'être médecin, il me fallait un autre destin. Je ne savais que faire. Je voulais tout faire. Pas la moindre vocation. Une totale vacance d'esprit et de goût. Prêt à tout et à rien. Capable de tout et de rien". Jeune, il annonce ses intentions: "Si Dieu n'existait pas, il fallait s'en passer. Le ciel vidé, il y avait une terre à remplir et c'était à moi de la remplir. Un monde à construire et c'était à moi de le construire". Dans la statue intérieure, il laisse surtout ce message à ceux qui forment la longue chaîne de chercheurs: "C'est à nous de plaquer les accords, d'écrire la partition, de faire jaillir la symphonie, de donner aux sons une forme que, sans nous, ils n'ont pas".