Affichage des articles dont le libellé est Le génie des oiseaux. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Le génie des oiseaux. Afficher tous les articles

18 janvier 2018

Le génie des oiseaux (4) ...pyromanes

Des scientifiques australiens assurent que le rapace propage volontairement des incendies en transportant des branches incandescentes.

Le milan noir n’a jamais déchaîné la passion des ornithologues. Pas aussi majestueux que l’aigle ni aussi rapide que le faucon, présent un peu partout sur la planète, Amérique exceptée, ce rapace migrateur, bien que protégé en Europe, ne pointe pas sur la liste des espèces les plus menacées. Même son « noir » tiendrait plutôt du brun. Tout juste lui accorde t-on une capacité particulièrement développée à s’adapter à toute sorte de nourriture, des charognes de poissons aux déchets alimentaires, des rongeurs aux petits oiseaux. Avec une spécialité : profiter des incendies pour attraper les gros insectes.

Dans le Journal of Ethnobiology, une équipe australienne annonce que trois espèces de rapaces ont appris à maîtriser le feu, ou plus précisément à le déplacer pour s’en servir. Les scientifiques ont rassemblé quelque vingt observations, provenant de divers lieux d’un vaste territoire de 2 500 km sur 1 000 km au nord de l’Australie. Et ils sont formels : comme son cousin le milan siffleur et son plus lointain parent le faucon brun, le milan noir se saisit de branches incandescentes pour allumer des incendies à distance et s’ouvrir une nouvelle zone de chasse.

Comme aiment à le souligner les auteurs, cette découverte… n’en est pas tout à fait une. Depuis des siècles, les mythes aborigènes donnaient ce pouvoir au rapace. « Les rangers aborigènes qui font face aux feux de brousse prenaient déjà en compte le risque causé par les rapaces », insiste l’article. En 2016, Bob Gosford, ornithologue au Central Land Council d’Alice Spring, s’était, du reste, appuyé sur leurs témoignages pour lancer une première fois son annonce. Mais de nombreux biologistes étaient restés sceptiques, notamment sur le caractère intentionnel de l’opération.

Cette fois, les observations rassemblées « ne laissent aucun doute », assurent les auteurs. Elles s’étendent non seulement dans le temps (de 1963 à 2016), mais aussi dans l’espace (Territoires du Nord et Queensland). Surtout, elles proviennent de sources variées. L’équipe livre ainsi de nombreux récits originaux. Deux des signataires de l’article, Dick Eussen et Nathan Fergusson, pompier pour l’un, ancien soldat du feu devenu écrivain spécialisé dans l’environnement pour l’autre, livrent même leurs propres expériences, concordantes et répétées. On y voit les oiseaux saisir des branchages partiellement enflammés dans leurs serres ou dans leur bec et les transporter sur parfois plusieurs centaines de mètres afin d’aider le feu à franchir une route, une rivière ou même un col.

« Le caractère intentionnel me semble acquis, estime Jérome Fuchs, maître de conférence au Museum national d’histoire naturelle. On ne voit pas pourquoi l’oiseau prendrait le risque de se brûler s’il n’y avait pas une intention derrière. C’est remarquable mais finalement pas étonnant. On a bien vu des hérons utiliser des morceaux de pain comme appâts pour pêcher des poissons. Or les oiseaux vivent avec le feu depuis bien plus longtemps qu’avec le pain. » Le chercheur insiste aussi sur la présence de trois espèces. Deux ont donc très vraisemblablement appris en observant la troisième.

Trois et peut-être plus. L’équipe de Bob Gosford entend poursuivre son travail en Australie. Des caméras devraient être distribuées aux rangers afin d’obtenir un premier enregistrement filmé. D’autres rapaces pourraient s’inviter dans la danse. Et les auteurs espèrent voir les chercheurs étrangers suivre des protocoles similaires. S’ils ne s’interrogent pas sur la façon dont les oiseaux auraient acquis cette compétence, les scientifiques rappellent que, selon la légende aborigène, ce sont eux qui auraient offert le feu aux hommes. Nos ancêtres ont-ils compris l’usage du feu en observant les rapaces ? « De telles croyances doivent être prises en considération », écrivent les chercheurs.

2 août 2017

Le génie des oiseaux (3)

"Un oiseau nommé Blue a un problème. À côté de lui, sur une table, dans sa volière, il y a un tube en plastique avec un morceau de viande à l'intérieur, hors de portée de son bec. Blue est un corbeau de Nouvelle-Calédonie, un oiseau connu pour son merveilleux savoir-faire pour fabriquer des outils et son talent pour résoudre les problèmes. Blue examine la situation, saute autour du tube et regarde à l'intérieur,. Il se pose au sol de la volière et donne des coups de bec à différents objets dispersés…des feuilles, des branches minuscules, un morceau de plastique, mais apparemment il ne trouve pas ce qu'il cherche. Puis, il vole vers un bouquet de petites branches dans un pot posé sur la table et il se perche, en tournant la tête vers la droite puis vers la gauche, il examine ses options. Il choisit une brindille, la détache de la branche à laquelle elle est attachée, et enlève tous les petits bourgeons. Maintenant, il a un joli bâton droit, un parfait outil pour travailler. Il enfile alors le bâton dans le tube et harponne la viande, puis la mange...".

"...Regarder Blue fabriquer le parfait petit outil à partir d'une brindille est une merveille. Dans la nature, ces corbeaux fabriquent des outils élaborés à partir de bâtons, de feuilles et autres matériaux, qu'ils utilisent pour attraper les larves et les insectes qui se cachent dans les trous et les cavités. Les corbeaux voyagent avec leurs outils, suggérant qu'ils les valorisent. Ils reconnaissent un bon outil quand ils en voient un et le gardent pour le réutiliser. Beaucoup d'animaux utilisent des outils. Mais peu font des outils élaborés. En fait, seulement quatre groupes d’animaux sur la planète créent leurs propres outils complexes: les humains, les chimpanzés, les orang-outans et les corbeaux de Nouvelle-Calédonie. Et encore moins font des outils qu'ils gardent et réutilisent...".

"...Ainsi, les corbeaux de Nouvelle-Calédonie se distinguent. La premiere fois que j'ai vu l'intelligence du corbeau de Nouvelle Calédonie en action c'était le long d'une route dans le sud de la Nouvelle Calédonie. Quatre ou cinq familles de corbeaux étaient regroupés dans les arbres, passant de branche en branche. Ils étaient bruyants. Quelqu'un avait abandonné des ordures au bord de la route, et les oiseaux volaient autour, marchaient parmi les détritus et triaient les déchets. Mais soudain, nous avons entendu un bruit sec sur le trottoir derrière nous. Nous nous sommes retournés et avons remarqué plusieurs corbeaux dans les arbres au-dessus de la route. Un corbeau perché sur une branche fourchue surplombant le trottoir, relâcha une noix de son bec qui se brisa bruyamment sur le sol, puis il plonga pour récupérer le contenu de la coquille cassée. Non seulement les corbeaux brisent les noix de cette façon, mais les plus gourmands font la même chose pour casser la coquille des escargots sur le lit rocailleux des ruisseaux assèchés de la forêt tropicale. La corneille noire, elle, utilise les voitures qui passent pour écraser les noix les plus dures...".

"...Un autre exemple sidérant. Au Japon, des corbeaux utilisent les voitures, le passage piétons et les feux rouges et les feux verts pour obtenir ce qu’ils veulent : déguster des noix sans effort..." https://www.youtube.com/watch?v=BGPGknpq3e0

(*) The Genius of Birds – Jennifer Ackerman 

11 juillet 2017

Les colibris

Fascinants par leur taille minuscule, les colibris, qui passent de fleur en fleur pour trouver le nectar qui constitue l'essentiel de leur alimentation, sont capables d'un vol extrêmement performant et rapide. Battant des ailes plusieurs dizaines de fois par seconde, les « oiseaux-mouches », comme ils sont surnommés, sont les seuls oiseaux à savoir voler en marche arrière.


9 juillet 2017

Le génie des oiseaux (2)

"La mésange (chickadee en anglais) est plus qu’un oiseau bavard et agile. Elle est aussi acrobatique dans ses aptitudes, curieuse, intelligente et opportuniste, avec une mémoire remarquable : c’est un chef-d'œuvre d'oiseau. Elle se tient en haut du tableau avec le pivert (woodpecker). Dernièrement, les scientifiques ont recensé les différents sifflets et les appels complexes des mésanges et en ont conclu qu'ils représentent l'un des systèmes de communication les plus sophistiqués et exigeants de tous les animaux terrestres.  Les mésanges utilisent leurs appels comme un langage avec une syntaxe qui peut générer un nombre illimité d'appels uniques. Ils utilisent certains appels pour transmettre leur emplacement à un autre oiseau ou pour signaler de nouveaux emplacements de nourriture. D'autres signaux servent à signaler la présence de prédateurs - à la fois le type de bête, sa localisation (dans les airs ou perchée) et l'ampleur de la menace. L’intensité croissante des appels identifie un prédateur plus petit et plus dangereux. Cela peut sembler contre-intuitif, mais les prédateurs petits et agiles qui peuvent se déplacer rapidement et furtivement  sont une plus grande menace. Les expressions vocales des mésanges sont si fiables que d'autres espèces tiennent compte de leurs avertissements." (*) Pour en savoir plus: https://www.youtube.com/watch?v=LfMsUuU9KtQ

(*) The Genius of Birds – Jennifer Ackerman

29 juin 2017

Le génie des oiseaux (1)

« Plus de vingt-cinq espèces d'oiseaux trempent les aliments dans la nature pour différentes raisons : pour laver de la nourriture souillée ou toxique, pour ramollir des aliments ou les humidifier, pour lisser la fourrure ou le plumage d’une proie dure à avaler (comme le corbeau de Cortes, vu en train de tremper un moineau mort). C'est un comportement proto-outil, une sorte de transformation alimentaire. » (*) 

Hier, j’ai aperçu par la fenêtre d’une boutique un corbeau qui s’était posé sur un rocher noir d’ornement. Sur le haut du rocher, un jet d’eau jaillissait légèrement et s’écoulait le long de la masse sombre. Le corbeau était là, buvant de l’eau et trempant délicatement, et un après l’autre, des petits morceaux de pop-corn dans l’eau stagnante. Quel joli spectacle qui a illuminé ma journée ! 

 (*) The Genius of Birds – Jennifer Ackerman