25 mars 2017

Pensée latérale (exemple)

Considérons la question: Il a fallu deux heures à deux hommes pour creuser un trou de deux mètres de profondeur. Quelle profondeur aurait été atteinte si dix hommes avaient creusé pendant deux heures ? La réponse semble être 10 mètres de profondeur. Cette réponse suppose que la personne qui y a réfléchi a suivi un simple raisonnement mathématique suggéré par la description donnée, mais on peut générer des idées de pensée latérale sur ce qui affecte la taille du trou, ce qui peut mener à des réponses différentes :

-un trou peut avoir besoin d'être d'une certaine forme ou taille donc l'excavation peut s'arrêter tôt à la profondeur requise.
-plus un trou est profond, plus il faut d'effort pour le creuser, étant donné que la terre à évacuer doit être élevée plus haut pour atteindre le niveau du sol. Il y a une limite de profondeur pour qu'un trou puisse être creusé par des humains sans avoir besoin d'échelles ou de grues pour évacuer la terre, et 10 mètres est au-delà de cette limite.
-les couches de terre plus profondes peuvent être plus difficiles à creuser, on peut atteindre de la pierre ou une nappe phréatique.
-chaque personne qui creuse a besoin de place pour utiliser une pelle.
-il est possible qu'avec plus de gens travaillant sur un projet, chaque personne devienne moins efficace à cause de davantage de possibilités de distraction, la supposition qu'on peut se relacher, plus de personnes avec qui parler, de la gêne occasionnée par le manque d'espace, etc.
-plus d'hommes pourraient travailler en alternance pour creuser plus rapidement et plus longtemps.
-il y a plus d'hommes mais y a-t-il plus de pelles ?
-les deux heures creusées par dix hommes peuvent être sous des conditions climatiques différentes que les deux heures creusées par deux hommes. (pluie forte, soleil écrasant, neige, vent fort etc.).
-la pluie peut inonder le trou pour empêcher l'excavation. Le trou est-il protégé par un toit ?
-la température peut geler les hommes avant qu'ils ne finissent.
-préférerait-on avoir cinq trous de deux mètres chacun?
-les deux hommes peuvent être une équipe d'ingénierie avec des engins de terrassement.
-les huit hommes supplémentaires peuvent ne pas être assez forts pour creuser, ou bien plus forts que les deux premiers.
-Quand on emploie dix hommes sur une même tâche il faut en conserver deux pour l'encadrement et seulement huit, ou moins, creusent.
-Les dix hommes ont-il tous deux bras ? Sont-ils en bonne santé, suffisamment et uniformément musclés pour accomplir cette tâche ?
-Les huit hommes supplémentaires sont ils vivants ? Si non, c'est peut être pour cela que les deux premiers creusent un trou.

Pensée verticale - Pensée latérale

La pensée verticale, qui est la pensée classique, est caractérisée par la continuité entre les étapes et la validation pas à pas des hypothèses et de chaque résultat intermédiaire. En pensée verticale, une idée dont l'applicabilité n'est pas validée est rejetée et n'est plus considérée dans la suite du processus. L'invalidation d'une idée en pensée verticale se fait classiquement à travers les objections suivantes : si cela était vrai, c'est tellement simple qu'on l'aurait trouvé auparavant, ce n'est pas une nouvelle idée, ça ne peut pas marcher, ce n'est pas comme ça, c'est trop cher, c'est irréaliste, c'est stupide.

Au contraire, la pensée latérale consiste à approcher les problèmes sous plusieurs angles au lieu de se concentrer sur une approche unique. Elle aide l'innovation en considérant que l'imagination d'une solution impossible ou irréaliste peut servir d'étape à la découverte d'une solution possible éventuellement innovante. Les étapes potentiellement illogiques servent alors de tremplin vers d'autres idées, elles-mêmes réalisables ou non, jusqu'à l'obtention d'une solution valide. La base de la pensée latérale consiste ainsi à réaliser des sauts discontinus, éventuellement dans le domaine de l'impossible, souvent illogiques, mais toujours dans une optique de changement. La solution apportée apparaissant a posteriori incontestablement logique.

Ces discontinuités peuvent être provoquées de plusieurs manières, par exemple en inversant ou en exagérant le problème, en considérant des solutions pratiques ou des analogies avec des problèmes provenant d'un domaine très différent, ou encore en utilisant des mots aléatoires comme stimuli. Ces techniques de pensée sont donc d'une grande utilité dans les processus créatifs et dans la résolution des problèmes. Certaines de ces techniques, d'apparence illogique, permettent à l'être humain de réussir là où les corbeaux les plus intelligents échouent. Ces derniers trouvent uniquement les solutions découlant à première vue des lois de la physique.

Techniques de pensée latérale
Ces méthodes se distinguent par l'aide qu'elles apportent à sortir des schémas de pensée que notre cerveau a construit au fil de nos expériences. Ce phénomène est celui qui intervient dans l'humour, qui implique le débranchement d'une structure vers une autre, a priori non liée, mais a posteriori justifiée. Ce débranchement se perçoit par exemple dans les jeux de mots ; le double sens étant le mécanisme qui provoque ce changement de structure (contexte).

Avant toute utilisation d'une de ces méthodes, il peut être utile de mentionner le caractère irréaliste des idées intermédiaires qui seront suggérées. Edward de Bono suggère une "opération de provocation" qui peut se faire des façons suivantes :
-exagération du problème.
-inversion des objets considérés (les avions devraient pouvoir atterrir sur le dos).
-opposition du problème (les usines devraient puiser l'eau en aval des rivières dans lesquelles elles puisent).
-distorsion des faits.
-détournement de l'usage (les voitures devraient avoir des roues carrées).
-l'utopie.
-technique de l'échappée, qui consiste à s'échapper volontairement de la piste principale.
-le tirage aléatoire d'un mot du dictionnaire, servant de stimuli pour rebondir vers une autre voie de réflexion.

Pensée convergente - Pensée divergente

La pensée convergente exprime la capacité à donner la réponse correcte à des questions standardisées qui ne requiert pas de créativité particulière. C'est une pensée qui utilise les connaissances et les capacités de raisonnement d'une personne pour obtenir une série de solutions à un problème donné et pour en sélectionner la seule correcte. La pensée convergente est un terme inventé en opposition à la pensée divergente.

La pensée divergente est une méthode de pensée utilisée pour produire des idées créatives en envisageant de nombreuses solutions possibles. La pensée divergente se produit dans un cadre spontané et non dirigé, de façon que de nombreuses idées soient générées d'une façon aléatoire et non organisée. Plusieurs solutions possibles sont envisagées dans un court laps de temps, et des possibilités inattendues se dessinent. Lorsque le processus de pensée divergente est achevé, les idées et l'information sont organisées et structurées en utilisant la pensée convergente. La pensée divergente se présente chez les personnes qui présentent des aptitudes à l'anticonformisme, à la curiosité, à la prise de risques et à la persévérance. Les activités qui favorisent la pensée divergente comprennent la création de listes de questions, la planification d'instants de réflexion, les remue-méninges, les plans de solutions, la tenue d'un journal, les arts créatifs, les jeux de rôles sur table et l'écriture automatique. Dans le cas de l'écriture automatique, le sujet se concentrera sur un sujet particulier et écrira sans arrêt durant un court laps de temps, suivant le fil de sa pensée.

19 mars 2017

Être la meilleure version de soi

L'une des principales clés de la libération personnelle, c'est la maîtrise de soi. Il faut garder à l'esprit que c'est un processus et pas un évènement, car les critiques intériorisées prennent du temps à s'effacer et un certain effort de conscience est nécessaire. Récupérer la pleine mesure de ses capacités n'est jamais le résultat d'un simple vœu de liberté ou d'épanouissement. Cependant, savoir que l'on n'est pas un grimpeur isolé sur un éperon rocheux peut aider. En commençant à reconnaitre d'autres adultes surdoués, petit à petit, on entend de plus en plus sa vraie voix, comme un écho, et finalement on se surprend à croire en elle. En libérant la fréquence de son âme, on va invariablement découvrir d'autres personnes qui fonctionnent au même rythme de vie. 

Il est essentiel de se rappeler de travailler avec, et non autour de sa propre particularité. Il ne s'agit pas d'être spectateur, mais de prendre possession de ses capacités. Elles sont uniques et doivent être préservées et délivrées, c'est-à-dire partagées avec les autres. Ses dons ne se trouvent chez aucune autre personne avec leurs particularités et dans cette unicité. Tandis que la tache collective des surdoués est le progrès de la civilisation, notre défi individuel est de devenir l'individu le plus complet possible dans une vie entière, ce qui est, bien sûr, le signe de la réalisation de notre douance.

Maîtriser son énergie

Imaginez un tuyau d'arrosage posé dans l'herbe qui diffuse de l'eau en grande quantité. Vous vous approchez et attrapez alors ce tuyau à un mètre de son embout. Le tuyau commence alors à tournoyer en arrosant tout ce qui se trouve dans un large périmètre. Comme un serpent hystérique ou une hélice d'hélicoptère, le tuyau se dresse, se tourne, se tord et arrose le jardin. Et vous avec.

Imaginez que cette eau soit votre énergie, votre intelligence, votre créativité, votre personnalité. Elle est incontrôlée et incontrôlable. Elle n'arrose même pas le jardin. Elle asperge tout de la plus mauvaise façon. Et peut même se retourner contre vous, en vous trempant de la tête aux pieds. Cette énergie, comme l'eau de ce tuyau, se diffuse en vain.

Imaginez maintenant que vous attrapiez le tuyau par l'embout. Ainsi, vous pouvez diriger cette eau vers les plantes, les arbres et les légumes en contrôlant le temps d'arrosage, le débit de l'eau et son volume. On n'arrose pas un rosier de la même façon qu'un fraisier. Cette eau est votre énergie créatrice. Vous devez la diffuser où il faut et comme il faut. Il y a alors aucune raison que ce jardin ne devienne pas votre oasis et votre petit paradis sur terre.

Intense, complexe et motivé

Quand le surdoué prend conscience de ses différences, il n'a qu'une vague connaissance des racines de ses problèmes, qui sont plus profonds que des symptômes superficiels. Il sait qu'il est intense, complexe et motivé, mais il a appris que sa forte personnalité est perçue comme excessive, trop différente de la norme et par conséquent problématique. Face à cette pression familiale et/ou sociale, le surdoué  se retourne contre lui-même comme source de son malaise. Il se pose des questions en permanence comme: Pourquoi ne suis-je pas comme les autres ? Ne devrais-je pas dépasser cette crise d'identité en grandissant ? 

Pourquoi je n'arrive pas à me défaire de cette urgence tenace ? Est-ce que je serais un jour enfin satisfait ? Qu'est-ce qui ne va pas avec moi ? A ce stade, le surdoué est dans une situation désespérée et désespérante où il a besoin de réponses et d'informations sur qui il est. La plupart du temps, les traits qui définissent le surdoué sont exactement ceux que la société lui demande de rectifier. Le surdoué doit apprendre à faire fructifier ses points forts, ses dons, pour exprimer pleinement les qualités qui sont la fondation de sa personnalité.

Le feu sacré

Au cours de notre vie, personne ne sait exactement quand les opportunités et les expériences vont se présenter à nous. La douance est comme un feu sacré : il peut refroidir et sa chaleur faiblir, mais son cœur attend l'étincelle qui le rendra incandescent. Quand ils ne sont pas identifiés jeunes, les surdoués passent la première partie de leur vie à essayer d'être qu'ils y sont et à essuyer la désapprobation de leur entourage. 

La seconde partie de leur vie est passée à jouer un jeu de rôle dans le but de s'intégrer à la société bon an mal an. Et s'ils sont déterminés et chanceux, ils peuvent passer la troisième partie de leur vie à révéler leur vraie personnalité et à s'approcher au plus près de l'être authentique qu'ils étaient destinés à devenir.

La chance joue un rôle clef. Personnellement, je me sentais perdu. Je cherchais mon chemin. Je me sentais comme un navigateur, sans boussole, au milieu de l'océan, la mer à perte de vue, de tous les côtés, ne sachant dans quelle direction aller. Un jour de Mars 2014, par hasard, j'ai écouté une émission de radio qui parlait des enfants surdoués. Un déclic. J'ai commencé à me renseigner et à lire beaucoup. C'était tellement bizarre pour moi. Je suis très curieux, alors j'ai avancé tranquillement, mais sûrement. J'ai fait un burnout au boulot. Je m'ennuyais sérieusement. J'ai consulté immédiatement une psy spécialisée dans la douance, elle-même surdouée. Là, je suis passé à la vitesse supérieure. Depuis trois ans, j'ai changé ma vie, surtout dans ma tête. En effet, au début le travail d'auto-analyse est surtout fait -par définition- d'égocentrisme et de réajustement personnel. Ensuite, on se tourne vers le monde extérieur.

La découverte de soi


Notre expérience de vie est inévitablement faîte de routes hasardeuses et imprévisibles, quelque part entre le déni de soi et la prise de risque inconsidérée. Nous pouvons sérieusement nous demander "quelle est la route qui mène les surdoués vers l'accomplissement de soi sans s'enfermer complètement dans la solitude ? La réponse est dans la découverte et la compréhension de soi.


Une bénédiction ou une malédiction

La douance peut être à la fois une bénédiction et une malédiction, une force positive et une force négative dans la vie. Pourtant, elle est sans aucun doute une force réelle, consciente et inconsciente. Bien plus qu'un ensemble de qualités distinctes, la douance est un état d'être, une existence à part entière. Nier ces capacités, c'est nier la part existentielle de notre être, c'est sentir que l'on n'existe pas pleinement. Le surdoué non identifié trouve souvent ses traits dérangeants et inadaptés, car ils lui causent plus d'inconfort que de satisfaction. Il a l'impression de voir les choses à l'envers, tant son approche des choses est différente. Une étrange impression d'être comme un jouet monté à l'envers. Une volonté profonde de transformer des points négatifs en points positifs le pousse à éliminer les obstacles qui nuisent à sa vision des choses et qui empêchent l'émancipation de ses dons. La confiance est l'élément clé. Une confiance ravivée dans la vie et dans ses opportunités permet d'éviter de devenir une victime du cynisme. Ainsi, le surdoué qui se découvre doit suivre certaines règles:

-Découvrir qui il est et qui il n'est pas.
-Faire la paix avec sa nature propre, passé et présente.
-Trouver de nouvelles façons de laisser ses dons être des atouts, et non pas des défauts.
-Éviter les forces mortifères de l'auto-sabotage et de l'oppression venant des autres.
-Changer sa façon d'utiliser ses dons.
-Apprendre à faire confiance et coopérer avec sa boussole intérieure.
-Clarifier et mettre en œuvre sa mission de vie, ce qu'il veut faire dans la vie.

L'expérience de vie d'un surdoué est la plupart du temps une expérience douce-amère. Pourtant, cette amertume n'est pas nécessaire. Elle est faite de décalage, d'incompréhension, de stéréotype, qui polluent la vie quotidienne et à la longue, la vie entière. Le chemin vers la lumière pour un surdoué est solitaire. Comme tout travail d'introspection d'ailleurs. 

9 mars 2017

Paradoxal Système

Pause musicale. Laurent Voulzy est un poète. Il joue avec les mots. Superbe chanson: "Paradoxal Système":


Car
Parce que je pars
Il y a de l'eau dans ton regard
Mais les pleurs que tu pleures sont inutiles
Car tous les départs
Resserrent les coeurs qui se séparent
Je serai bien que loin de toi
Tout contre toi

Dans la nuit les trains voyagent
Vers des villes et des visages
Creusant dans nos coeurs
Un écart lourd
Tellement lourd

Plus je m'éloigne et plus je t'aime
C'est le Paradoxal Système

Car
Tous les départs
Resserrent les coeurs qui se séparent
Et les pleurs que tu pleures
Sont inutiles
Car en tous sens
Attisés par la longue distance
Je serai bien que loin de toi
Tout contre toi

Plus je monte vers le nord
Plus notre amour devient fort
Rêveur absent
Je serai comme ça
A cause de toi,
De toi

Plus je m'éloigne et plus je t'aime
C'est le Paradoxal Système

Car
Parce que je pars
Il y a de l'eau dans ton regard
Mais les pleurs que tu pleures sont inutiles
Car tous les départs
Resserrent les coeurs qui se séparent
Bien que loin je suis contre toi.

Niveau 5 de la théorie - Dabrowski -

Au-delà de la réalisation du moi, il y a même un niveau d’existence plus avancé, un niveau qui n’a été atteint que par quelques élus. Dabrowski l’a appelé "intégration secondaire" et c’est la réalisation de l’idéal de personnalité. Pour la plupart d’entre nous, ceci demeure une vision de la perfection plutôt qu’une potentialité dans cette vie. Au niveau V, on transcende l’égo et atteint une unité harmonieuse avec l’univers. Il n’y a pas d’écart entre "ce qui est" et "ce qui devrait être"; l’individu est une manifestation vivante de "ce qui devrait être". Parmi les individus ayant atteint le niveau V, on compte Dag Hammarskjold, Peace Pilgrim et Mère Thérésa de Calcutta.

Bien que la réalisation complète du niveau V ne se produit que rarement, le fait que la théorie de Dabrowski l’inclue comme possibilité de développement, est significatif. Cette théorie donne une crédibilité psychologique au plus élevé de l’expérience humaine. Reconnaître un idéal, c’est le premier pas vers sa réalisation. Comme nous comprenons plus de choses au sujet des facteurs psychologiques impliqués dans un développement avancé, nous pouvons être capables de nourrir ce développement et devenir une race d’êtres de compassion.

Il est important que le thérapeute reconnaisse la différence entre un jeu de "devrait" imposé par la société et une vision intérieure d’un idéal de personnalité en évaluant le niveau de développement d’un patient. Les "devrait" sont un phénomène de niveau II ; les idéaux choisis en autonomie sont des phénomènes de niveau III. Ils sont très différents.

Un autre facteur important de cette théorie est qu’elle voit le développement sous un angle très large, d’un point de vue de ce qui est possible pour la totalité de l’humanité, et non seulement pour un individu donné. Ceci signifie que l’évolution d’une personne du niveau I jusqu’au niveau V est impossible. Une personne peut rester dans un seul niveau une vie entière, évoluant à l’intérieur de ce niveau, mais sans subir la transformation agonisante vers un niveau supérieur. Bien souvent, une personne va fonctionner simultanément à deux niveaux et à trois niveaux au plus, mais la structure d’un niveau sera toujours dominante.

En arrière-plan de cette théorie, on peut voir la valeur positive de traits supposés névrotiques qui peuvent faire surface pendant la crise du milieu de vie. Le dessous sombre de la crise, ces sentiments souvent surprenants de faux, de culpabilité sans raison, de dépression accablante et de désespoir insensé prennent une nouvelle signification. Ils peuvent être le signe d’une évolution, évolution qui éloigne de l’adaptation aux normes sociétales vers les débuts de valeurs intériorisées, enracinées dans le moi, et de pas timides vers l’autonomie.

Quel est alors le rôle du thérapeute, dans cette situation ? Avant tout, voir le conflit et l’anxiété comme signes positifs d’évolution et de santé a un effet améliorant en soi. La vision à long terme devient prometteuse, quand bien même le processus immédiat reste douloureux. Le thérapeute peut soutenir les patients pendant le processus de transformation, aider à recadrer les éléments de la situation dans une lumière positive. L’idée centrale de la théorie de Dabrowski de l’évolution émotionnelle peut suggérer de valider ces sentiments sincères, permettre le processus de transformation mais en notant des indicateurs d’évolution nouvelle dans des domaines telles que s’approprier ses expériences, examiner ses valeurs, affirmer ses droits et convictions. La sensibilité et le caractère réfléchi émergeants sont à célébrer. Savoir que le supplice est une part nécessaire de l’évolution vers une intégration plus élevée, peut aider et le patient et le thérapeute à gérer avec plus de sagesse et à continuer – chacun d’eux – cette longue route vers la réalisation du moi authentique.

Niveau 4 de la théorie - Dabrowski -

Au-delà du niveau III, il y a deux niveaux de développement plus élevés. Ces deux niveaux sont rares mais ils ont été atteints par de nombreux membres de notre société et ainsi, ils demeurent parmi les possibles. Le niveau IV est le niveau de la réalisation du moi. L’individu est autonome, responsable et contrôle sa vie. Toutes les caractéristiques identifiées par Abraham Maslow chez les personnes qui se réalisent eux-mêmes, s’appliquent à ce groupe :

-une perception de la réalité claire, plus efficace.
-une acceptation des autres, de soi de la nature.
-une spontanéité, simplicité, naturel.
-centré sur des problèmes plutôt que centré sur l’égo.
-une qualité de détachement, besoin de solitude.
-une autonomie, indépendance de culture et environnement.
-des expériences mystiques et de sommet.
-un sens profond d’identification, sympathie et affection pour l’humanité.
-des relations interpersonnelles plus profondes et plus intenses.
-une structure de caractère démocratique.
-un discernement entre moyens et fins, entre bien et mal.
-un sens de l’humour philosophique, pas hostile.
-une créativité.
-une résistance à l’inculturation, transcendance de toute culture particulière.

Les individus sont capables de réaliser ces valeurs supérieures dont ils ont pris conscience au niveau III. Ils peuvent s’engager dans le service, mais pas aux frais de leur moi. Leur développement dépend de leur compassion pour les autres. L’intérêt pour soi et celui pour les autres ne sont plus polarisés, ils sont synchronisés. Comme dit Abraham Maslow, ils sont synergétiques.

La honte et la culpabilité du niveau III sont remplacées par une plus grande acceptation de soi, et les efforts vers une évolution de niveau supérieur sont remplacés par le savoir que le développement est en train de se produire. Conflits intérieurs, peur de l’échec et résistance, tous diminuent, et cette sécurité intérieure est acquise. Ceux du niveau IV n’ont pas à forcer le changement intérieur ; ils sont capables d’utiliser leurs compétences d’orientation afin de permettre à l’évolution de se produire naturellement. Souvent, ceux du niveau IV sont plus préoccupés par la transformation sociale et le travail dans le monde – une perspective à laquelle ils ajustent leur travail intérieur en cours et leur autonomie qui s’approfondit toujours plus.

Cette sérénité s’infiltre dans la perception des autres aussi. Les personnes du niveau IV apprécient réellement les autres, aimant leurs limites tout autant que leurs forces. Ils ont une grande compassion pour la douleur des autres qui les motive à dévouer leur vie au service comme résultat naturel de leur préoccupation. Un détachement compatissant leur permet d’affronter une grande part de souffrance et d’aider les autres sans être perdu dans cette souffrance. Ceci est une condition fort souhaitable chez les thérapeutes.

Niveau 3 de la théorie - Dabrowski -

L’élément critique de la structure de personnalité du niveau III est la conscience d’un idéal à l’intérieur d’eux-mêmes vers lequel ils doivent s’efforcer d’aller. Ils ont un sentiment de "ce qui devrait être" qui est auto-défini et ils sont mécontents de "ce qui est". A partir de cet éveil, découle le début d’une guidance intérieure, un sens d’autonomie personnelle et une hiérarchie intérieure de valeurs. Envisager ce moi idéal a un effet transformant. Il n’y a plus de contentement avec soi-même, avec ses amis, avec ses valeurs ou avec sa vie. Il y a le savoir que la vie réserve quelque chose de plus, et ceci alimente le processus de développement intérieur.

Beaucoup de ceux qui font la transition vers une forme plus élevée de l’existence, ne choisissent pas cette voie consciemment. Ils sont plutôt jetés dans leurs destins par des circonstances qui semblent échapper à leur contrôle. Ce processus désintégrant leur arrive spontanément, plutôt à travers des événements extérieurs, comme la perte d’un être aimé, un divorce, une perte d’emploi ou d’avoir frôlé la mort – qui nécessitent tous une réévaluation de soi – ou par un processus de développement interne, inconscient, qui ne semble pas avoir de cause externe. Subitement ou graduellement, tout ce que la personne est, tout ce qui donnait un sens à sa vie, semble insignifiant. Il y a une vague conscience que quelque chose manque mais il est difficile de découvrir la nature de cette chose.

Que ce choix soit conscient ou inconscient, ce sont les individus de ce niveau qui ont le plus besoin d’une thérapie, et qui sont le plus prêts pour cela. Ils sont insatisfaits de ce qui est et prêts pour le pas suivant de leur développement. Ils sont très différents des patients qui souhaitent seulement être rafistolés afin de pouvoir d’adapter plus efficacement à leurs mondes, ou de ceux qui voudraient se plaindre à quel point le monde est terrible mais qui ne semblent avoir que peu de motivation à changer eux-mêmes. Ceci est un vrai tournant dans leur vie, et le combat dans lequel ils sont engagés est extrêmement douloureux. Ils doivent lâcher leur besoin d’approbation, lâcher leurs insécurités et apprendre à croire en eux-mêmes, faire confiance à leur propre jugement, risquer d’être différent et même risquer de blesser tous ceux qui dépendent d’eux afin de rester la personne qu’ils sont. Certains arrivent à faire cette transition entière vers l’autonomie, d’autres en sont incapables. Il faut un courage énorme pour commencer ce voyage vers le moi.

Certains patients ont fait référence à cette période de leur vie comme "le puits". D’autres l’appellent "le désert". Il y a le désir pressant de devenir autre chose que ce que l’on est, mais tout ce que l’on peut voir est noirceur, néant. Il peut y avoir une peur de devenir psychotique. Bien que Dabrowski affirmait, "Des expériences psychonévrotiques, en combinaison avec une transformation intérieure consciente…créent des dynamismes immunologiques de fond autant contre la dissolution psychotique que contre la régression négative", des personnes au niveau III se sentent comme s’ils étaient en train de se dissoudre. Dépression, désespoir, découragement accompagnent ce voyage solitaire. Parfois, il semble que personne ne peut aider. Les individus laissent derrière eux tout ce en quoi ils croyaient avant pour chercher un avenir incertain. D’énormes émotions montent à la surface et sont affrontées : sentiments de culpabilité et de honte de ce que l’on n’est pas, étonnement de soi-même, colère face à l’injustice du monde et la souffrance et le manque de valeurs chez les autres, des sentiments d’infériorité envers ses propres idéaux. Toutes ces réactions émotionnelles servent au développement futur ; ce sont les outils intérieurs pour l’évolution. Un conflit intérieur fait rage entre la structure la moins développée, en recherche d’approbation, et la structure plus évoluée, autonome.

Dans des situations traditionnelles de thérapie, la personne se verra souvent conseillée d’éradiquer ces symptômes névrotiques. La désintégration n’a pas été estimée comme un grand pas dans le développement. Dans l’approche développementale de Dabrowski, l’individu est applaudi pour ces mêmes symptômes et encouragé à poursuivre ce voyage. Le thérapeute sert à supporter la présence de conflits intérieurs, plutôt que de tenter de guérir les symptômes ou de résoudre les problèmes. Il est toutefois important que le thérapeute soit capable de distinguer entre deux types de désintégration possibles : positif et négatif. S’il n’y a pas d’hiérarchie naissante de valeurs, pas d’aspiration vers ce qui est vu comme "plus haut", pas d’émotionalité profonde et d’intensité, il peut y avoir, en effet, un glissement vers le bas, dans la psychose. Là, où il y a de l’intensité, de la préoccupation autour de l’amélioration de soi, de la conscience et même des rudiments de réflexion et de la capacité à s’observer soi-même, il y a une grande probabilité que le processus désintégratif sera positif. Le thérapeute conscient agit comme un guide en tenant une lumière au bout du tunnel pour le patient qui lutte. Bien évidemment, les thérapeutes qui ont eu le courage de descendre dans leur propre puits et qui ont émergé de l’autre côté, sont dans une meilleure position pour aider leur patient dans ce processus. Ils sont passés par là, et ils ont un sens intuitif de ce qui est nécessaire : quand rester assis discrètement, quand entrer et quand être disponible alors que la crise est à son comble.

Il y a de la lumière de l’autre côté. Les individus en transformation développent un sens du moi qui ne ressemble à rien de ce dont ils ont pu faire l’expérience auparavant. Ils ne sont plus à la merci du monde qui les entoure. Ils comment à créer leurs propres vies. Leur estime de soi passe de négatif à positif. Leurs relations avec les autres deviennent plus riches émotionnellement, plus signifiants, plus satisfaisants, plus égalitaires. Ils n’utilisent pas les relations comme moyen de se prouver à eux-mêmes, mais ont un riche sens du moi qui est disponible au partage avec les autres. Comme ils comblent leur propre besoin d’estime, il leur reste plus d’énergie pour voir une autre personne comme un individu unique. Leur capacité à aimer grandit comme ils ne manipulent pas les émotions des autres afin de s’en servir pour eux-mêmes, ils s’intéressent vraiment aux autres.

Un paradoxe difficile à comprendre apparaît dans le domaine de l’empathie. Si une personne s’est identifiée comme un "aidant" altruiste, quelqu’un qui nourrit les autres, il va y avoir une peur d’évoluer. Il y aura un fort sentiment que le développement va emporter la personne loin de ceux qu’elle aime. Il y aura la peur que de se concentrer sur son propre développement, reviendra à devenir égoïste. Il y aura une peur de séparation. L’empathie au niveau II – un attachement exagéré aux autres, vivre par les autres, un besoin d’être nécessaire pour avoir une identification de soi – laisse la place à une empathie d’une forme différente. L’empathie de niveau supérieur implique un certain degré de détachement et une plus grande perspective. Les individus de niveau III ont fait face à leur propre souffrance, en ont compris la signification à un degré plus élevé et sont capables de réconforter d’autres dans leur douleur plutôt que de souhaiter simplement que la douleur parte pour leur propre confort. Bien que des personnes qui agissent au niveau III peuvent avoir l’air pour eux-mêmes et pour les autres, de s’éloigner de l’intérêt pour les autres, au fond, ils sont en train de passer par un processus qui leur apportera un contact plus profond, plus riche avec ceux qu’ils aiment que tout ce qu’ils n’ont jamais pu imaginer.

Une autre conséquence indirecte de ce processus de transformation est le développement de la créativité. Probablement, la créativité a été là depuis toujours, cachée sous la surface, attendant la capacité d’un moi plus autonome d’exprimer son originalité naturelle. Maintenant, son énergie est mûre à s’exprimer. Les individus de niveau III ont tendance à être hautement créatifs et ils peuvent utiliser leur créativité pour faire avancer leur propre évolution. Avec leur énergie plus abondante, ils peuvent contribuer à la société, en faisant avancer la cause de la justice avec éloquence dans leur écriture, art, danse, pièces de théâtre, inventions et interactions avec les autres.

Niveaux 1 et 2 de la théorie - Dabrowski -

La théorie postule cinq niveaux d’évolution dont chacun représente une structure psychologique distincte et crée une vision du monde unique. Au niveau I, les individus sont égocentriques au fond et il n’y a que peu d’égard authentique pour les autres, sauf dans le sens de veiller à ses possessions : ma famille, mon affaire, mon équipe de bowling, mon voisinage. Les individus du niveau I se servent des autres pour satisfaire leurs propres besoins de façon automatique ; c’est une obligation naturelle et même morale – prendre soin du numéro un (et des biens du numéro un). Il n’y a pas de réflexion sur soi, pas d’acceptation de culpabilité, pas d’observation rigoureuse consciente quant aux effets de leurs actions sur les autres, pas de sensibilité émotionnelle. Il n’y a pas de conflit intérieur. Tout conflit est externalisé, en opposition à tout ce qui gêne l’accomplissement des désirs. Comme il n’y a pas de vie intérieure à s’interposer entre de telles personnes et leurs ambitions, ils peuvent très bien acquérir du pouvoir par des moyens impitoyables. Au pire, la personnalité du niveau I est un psychopathe, sans aucune indication de potentiel de maturation. Au mieux, au bout le plus haut du niveau I, on trouve une grande partie de l’humanité : des personnes convenables, qui travaillent dur, respectent la loi, qui sont affectueux envers famille et amis, qui ont des croyances fortes mais non remis en question et qui, en général, maintiennent le tissu social. Acculturés et accommodants, ils soutiennent des éthiques et valeurs établies.

Les individus du niveau II ont moins de confiance en eux. Ils ont un sentiment de manquer de quelque chose d’indéfinissable qui les ronge et ils cherchent l’accomplissement et l’approbation auprès d’autres personnes, dans des mouvements de groupe et en aidant et secourant autrui. Ils sont très préoccupés par la question,  "Que vont penser les autres de moi ?". A ces personnes, il manque l’ingrédient essentiel du développement du soi, une hiérarchie interne de valeurs qui distingue entre véritables convictions et accommodations aux autres. Comme ils n’ont pas été pourvus d’un moyen de diriger leur comportement de l’intérieur, ils s’appuient sur les autres pour approuver ou désapprouver ce qu’ils font. Ils se sentent désorientés, impuissants, incertains à tous les égards et inférieurs aux autres. Ils se conforment aux normes des groupes par besoin de sécurité, plutôt que par un véritable engagement envers ces normes, mais ils peuvent passer d’un groupe à l’autre ou d’un amant à l’autre à la recherche d’une plus grande approbation.

Un grand groupe de personnes opère au niveau II. Ils ont des sentiments ambivalents et un comportement incohérent qui reflètent leur vie intérieure confuse. Souvent, ils sont attirés par des projets de développement personnel, mais ils ont du mal à progresser car ils ont tendance à sauter d’une technique à une autre, avide d’essayer tout ce qui est vendu comme le dernier cri et le meilleur. Quelques-uns deviennent relativistes quand ils développent une conscience sophistiquée de comment les valeurs varient d’une culture à l’autre, ils peuvent tolérer une large gamme de climats moraux sans prendre au sérieux un quelconque système de valeurs.

Certaines personnes restent au niveau II toute leur vie et certaines personnes avec un plus grand potentiel intérieur avancent. Ceux qui restent au niveau II sont appelés "conserveurs" et ceux qui vont plus loin "transformeurs". Les conserveurs s’occupent à défendre l’homéostasie (équilibre) de l’organisation actuelle de leurs vies. Les transformeurs avancent plus volontiers vers le processus de désintégration.

Il y a beaucoup de distinctions importantes entre conserveurs et transformeurs qui ont un rapport avec les hommes et femmes en milieu de vie. Les conserveurs ont tendance à manquer d’assurance et ont besoin de l’approbation de leur monde. Leur besoin d’estime de soi consomme une grande partie de leur énergie. Ils cherchent continuellement à soutenir leur faible opinion d’eux-mêmes en obtenant l’approbation des autres ou en se convaincant eux-mêmes d’être quelqu’un de bien – des personnes ayant le sens du sacrifice, qui savent donner, prendre soin et qui sont responsables. En effet, ils peuvent être chaleureux, sensibles, facilement émus, motivés à travailler pour le bien-être des autres et être extrêmement préoccupés par la recherche de relations personnelles idéales. Ils peuvent se focaliser sur les besoins des autres au point d’être assez empathiques mais souvent, leur empathie prend la forme d’une sur-identification aux autres et ils se perdent ainsi eux-mêmes dans le drame de la vie des autres. L’empathie peut vite tourner au mépris quand ils ne se sentent pas appréciés pour leur bienveillance. Leur affectivité peut prendre la forme d’une dépendance aux autres, de jalousie ou de dénigrement de soi. Ils ressentent beaucoup de culpabilité à peut-être ne pas vivre à la hauteur des attentes des autres et ils sont aussi tout à fait capables d’utiliser la culpabilité pour manipuler les autres.

Bien que dans les normes de la société, le niveau II soit considéré comme normal, il y a des implications cliniques frappantes dans cette population. Les individus au niveau II sont plus sujets aux troubles psychosomatiques, à l’alcoolisme, à la dépendance aux drogues, aux phobies et même à la schizophrénie. Leur affectivité peut ne pas être bien dirigée mais le simple fait qu’elle existe au moins, fait que le niveau II soit une avance du développement par rapport à l’assurance insensible du niveau I. Leur désorientation est leur premier pas dans le processus désintégrant d’évolution plus avancée. Beaucoup de personnes demeurent dans cet état confus leur vie entière, se cramponnant à leur faible sens du moi et en se protégeant de futures désintégrations. Mais quelques-uns avancent, risquant tout ce qu’ils croyaient être pour trouver une plus grande vérité ; cette minorité compose les transformeurs qui avancent vers le niveau III.

Le conflit intérieur comme voie vers un développement avancé - Dabrowski -

Des aspects apparemment négatifs de la crise de la quarantaine sont réexaminés à la lumière de la théorie de la désintégration positive de Dabrowski, une théorie de l’évolution émotionnelle. Cinq larges niveaux d’évolution sont passés en revue afin de montrer la normalité restrictive dont de telles crises peuvent éloigner et l’élargissement de l’autonomie et de l’authenticité vers lequel elles peuvent conduire. Le rôle du thérapeute est vu comme un soutien au patient pendant ce processus de transformation.

Une signification parfois oubliée de la crise est un tournant. Plutôt qu’une épreuve qui nous est imposée, la crise de la quarantaine peut être une invitation à un développement avancé et un indicateur que, de l’intérieur profond, une maturité lutte pour apparaître. De telles crises sont réexaminées du point de vue d’une théorie d’évolution émotionnelle qui voit le conflit intérieur dans une lumière positive. Cette théorie, appelée "la théorie de la désintégration positive" par son créateur, Kazimierz Dabrowski (1902 – 1980), était le résultat de ses propres observations angoissées des meilleures et des pires possibilités humaines en période de guerre et elle est la base d’une nouvelle façon de voir ce qui facilite la maturation.

La crise du milieu de vie est ressentie comme la désintégration du moi, une perte de la définition de soi-même. C’est comme si le terrain pour de futures suppositions se dissipait ; ce qui était important avant, perd son intérêt. Cette expérience peut souvent être terrifiante car l’individu peut croire que rien ne subsistera quand le moi est enlevé. Qu’est-ce qui cause tout ce  remue-ménage ?

Un facteur peut être une perte. Un conjoint décède ou part suite à un divorce. Des parents décèdent. Un enfant rebelle quitte la maison. La jeunesse passe dans une culture qui chérit la jeunesse. Comme les enfants deviennent indépendants ou les partenaires sont absorbés par des carrières toujours plus exigeantes, le fait que quelqu’un ait besoin de nous, le rôle du nourricier altruiste ou de l’épaule forte qui est toujours là pour réconforter diminuent.

Il y a aussi le stress. Tout en vivant une perte, des femmes peuvent jongler entre travail et tâches ménagères, gérer leur progéniture adolescente, s’occuper de parents souffrants et probablement regarder leur mari s’angoisser au cours de sa propre crise de la quarantaine. Des hommes peuvent également être tendus entre la gestion des agitations des adolescents et les besoins pressants de parents vieillissants faisant face à leur propre déclin ; les responsabilités augmentent et l’énergie diminue. Autant les hommes que les femmes peuvent aussi se rendre compte nettement que beaucoup, sinon la plupart de leurs rêves et de leurs attentes à ce que la vie allait leur apporter, ne sont plus susceptibles de se réaliser maintenant – une perspective triste.

Mais il y a souvent une autre composante, plus énigmatique – ce sentiment intérieur, indéfinissable de malaise, cette sensation d’abattement ou même de désespoir sans raison particulière, de quelque chose de faux que l’on n’arrive pas à pointer. Tout en ayant fait, et bien fait, les choses qu’il fallait, une terrible sensation tenaillante de malaise et de confusion fait surface maintenant. Les personnes touchées par cela demandent "Qu’est-ce que j’ai mal fait ? Pourquoi je me sens ainsi ?". La dépression assombrit tout. Toutes les personnes et les activités qui donnaient une signification à la vie autrefois ont perdu leur pouvoir. Il y a une profonde sensation de vide que rien ne semble combler.

Par le passé, on conseillait souvent aux personnes avec de tels sentiments, particulièrement aux femmes, de détendre la situation en commençant quelque chose de nouveau, un loisir, du travail bénévole, pour une cause – quelque chose pour détourner son esprit de soi-même. On les voyait comme temporairement désorientées par un manque de but précis, comme des névroses en train de couver qui ont besoin de revenir vers la normalité. C’était comme si leurs sentiments n’avaient pas de validité. On s’attendait à ce que les personnes traversant une telle anomie aient besoin de revenir à la raison et de se secouer.

La théorie de Dabrowski parle à ses sentiments d’une nouvelle façon. La théorie décrit un processus de transformation, une voie vers un développement à un niveau supérieur qui nécessite la désintégration d’une structure psychologique contraignante afin de laisser se produire un mouvement en direction d’une nouvelle intégration à un niveau supérieur, où le moi se réalise. Elle diffère des théories plus familières décrivant des états, elle affirme que la structure du niveau supérieur et celle du niveau inférieur existent côte à côte ; la structure supérieure ne s’élève pas à partir de l’inférieure, mais agit en opposition à cette dernière. Ceci crée un conflit intérieur entre deux conceptions différentes de la réalité. Quand la structure du niveau plus haut est en expansion, la structure de niveau plus bas diminue, mais non sans lutter pour sa survie.

5 mars 2017

Personnages ayant su développer leur personnalité - Dabrowski -

Tout en travaillant principalement comme universitaire et psychiatre, Dabrowski a étudié un éventail de personnes qu'il a identifié comme montrant une avancement de personnalité et de développement de caractère. Il est important de s'inspirer de personnes qui ont vécu les memes tourments que soi, et ont su les outrepassés pour devenir la meilleure version d'eux-mêmes.

Clifford Beers
https://fr.wikipedia.org/wiki/Clifford_Whittingham_Beers
Yuri Gagarine
https://fr.wikipedia.org/wiki/Youri_Gagarine
Sir Edmund Hillary
https://fr.wikipedia.org/wiki/Edmund_Hillary
Antoine de Saint-Exupéry
https://fr.wikipedia.org/wiki/Antoine_de_Saint-Exup%C3%A9ry
Abraham Lincoln
https://fr.wikipedia.org/wiki/Abraham_Lincoln
Dag Hammarskjold
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dag_Hammarskj%C3%B6ld

Théorie originale de Dabrowski - Dabrowski -

Kazimierz Dąbrowski (1902-1980) a développé une théorie générale du développement de la personnalité dite "de la désintégration positive" pour tenir compte des différences qu'il a observées dans le comportement des gens. Durant la première guerre mondiale, Dabrowski a été exposé à la plus basse dépravation humaine et, par la suite, durant la Seconde Guerre mondiale, aux actes les plus héroïques imaginables. Il a ensuite expliqué qu'il a écrit sa théorie parce qu'il ne pouvait trouver aucune théorie de psychologie qui pourrait correctement expliquer ces paradoxes dans le comportement humain. Alors qu'il fréquentait le collège dans les années 20, Dabrowski fut profondément affecté par le suicide de son meilleur ami et décida de consacrer sa vie à la psychologie et à la psychiatrie. En 1929, il termine une thèse sur le suicide et publie en 1937 un manuscrit sur la mutilation de soi qui inclut déjà le concept d'hyperexcitabilité (ou surexcitabilité). Tout en travaillant principalement comme universitaire et psychiatre, Dabrowski a étudié un éventail de personnes qu'il a identifié comme montrant une avancement de personnalité et de développement de caractère. Par exemple, Clifford Beers, Yuri Gagarine, Sir Edmund Hillary, Antoine de Saint-Exupéry, Abraham Lincoln et Dag Hammarskjold. Finalement, Dabrowski a élaboré une théorie avec cinq niveaux détaillés, s'étendant des comportements observés les plus élementaires au plus élaborés et il a expliqué comment le développement personnel se produit par la désintégration positive.

Dans ses études de personnalité, Dabrowski a constaté que la plupart de ces individus avancés avaient une histoire de vie faite de niveaux élevés de conflit avec la société et de conflits internes qui ont conduit à de fortes psychonévroses - fortes angoisses, insécurités et dépressions. Ces personnalités ont également montré une forte volonté d' exprimer et de développer leur individualité (troisième facteur) ainsi que des hyperexcitabilités (ou surexcitabilités). Cette surexcitabilité s'exprimait comme une réponse accrue aux stimuli, résultant en des expériences intenses qui ont contribué aux psychonévroses. Dabrowski a ainsi identifié un certain nombre de facteurs qu'il a estimé nécessaire pour précipiter le développement avancé et il les a collectivement désignés comme potentiels de développement. Les expériences, issues du potentiel de développement, créent les conflits internes que Dabrowski a jugés nécessaires pour faire progresser le développement interne.

Un principe fondamental de la théorie de Dabrowski est que la plupart des gens vivent généralement une première intégration primaire caractérisée par l'adoption des normes sociales et des mœurs. La personne moyenne accepte et vit de ces mœurs sociales externes avec peu de questions ou de conflits. Stimulées par le potentiel de développement, des individus exemplaires entrent en conflit lorsque leurs valeurs et perceptions internes en développement entrent en conflit avec les vues et les mœurs extérieures qu'ils avaient précédemment apprises. Ces personnes passent par des périodes que Dabrowski décrit comme la désintégration positive qui défie et éventuellement désintégre l'intégration primaire et conduire à des périodes de réflexion profonde et de recherche de l'âme. La désintégration positive aboutit à l'émergence d'une hiérarchie de valeurs, de buts et d'objectifs générés en interne. En fin de compte un idéal de personnalité unique émerge, représentant le genre de personne que l'individu souhaite s'efforcer de devenir. Le développement avancé est décrit comme une intégration secondaire caractérisée par une adhésion confortable à ses propres valeurs, objectifs et idéaux.

Un aspect clé du développement est l'émergence du milieu psychique intérieur et du concept de sujet-objet. Aux niveaux inférieurs de développement, un individu est guidé par des forces et des rôles sociaux externes et sa perception est principalement dans l'état de sujet. L'individu peut rarement voir au-delà de ses propres besoins et désirs. Au fur et à mesure que le développement progresse, une appréciation de l'autre comme objet émerge, conduisant à l'acceptation de la légitimité de l'autre et finalement à la capacité d'inverser les rôles de sujet et d'objet. C'est un aspect clé du développement parce que lorsque l'individu est capable de voir l'autre comme sujet, il développe de l'empathie, tant pour l'autre individu que pour l'humanité en général. Cela porte atteinte à l'égo individuel et favorise une authentique identification alturistique avec l'humanité. En même temps, l'individu apprend à se voir comme les autres le voient, c'est-à-dire comme un objet, ce qui jette une lumière nouvelle sur son comportement et ses priorités.

Le milieu psychique intérieur et le troisième facteur émergent aussi et deviennent des forces éminentes. Le milieu psychique intérieur déplace son attention vers sa vie intérieure, ses pensées, son imagination et ses émotions. Le lieu du contrôle se déplace de l'extérieur vers l'intérieur. Un individu devient conscient de l'importance de l'émotion comme base des valeurs individuelles et dans la direction de son comportement. Cela permet à un individu de façonner sa personnalité pour se conformer à son idéal de personnalité, en inhibant les aspects qui sont moins semblables à son moi idéalisé et en élargissant et en créant des aspects qui ressemblent davantage à son moi idéalisé. Dans le cadre de son approche intégrée, Dabrowski a fait du diagnostic et de la thérapie une priorité et il a développé une approche qu'il a appelé l'autopsychothérapie, caractérisée par l'encouragement d'un individu à développer l'auto-perspicacité, à faire l'expérience, à apprendre de la dépression et des crises, et ainsi à prendre en charge son propre développement.