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24 juin 2019

Que de chemin parcouru


Voilà 4 ans que j'ai commencé mon développement personnel. Je dirais cinq ans pour être plus juste. J'ai pris conscience de qui j'étais (ou de qui je pouvais être sous le masque) en mars 2014. Par hasard, en écoutant une émission à la radio sur les enfants surdoués. Puis, j'ai beaucoup lu.  Je suis tombé sur des livres fascinants. Encore au hasard (vraiment ?).  En août 2015, je suis allé voir une psychothérapeute. Un déclic ! Et un beau jour, c'était plus fort que moi, je me suis mis en route vers le sommet de la  montagne qui se dressait là devant moi. J'ai quitté la zone de confort qui se trouve au pied de cette montagne. Cette zone que 80% (voire plus) des gens ne quittent jamais de leur vie.

Jusqu'au premier col, la route est rude et on a peur de se perdre. Arrivé au col, beaucoup rebroussent chemin et vont se reposer au pied de la montagne en continuant leur routine dévorante. Moi, j'ai continué, bon an mal an, malgré des conflits intérieurs dérangeants. J'étais poussé par une force qui me dépassait et qui balayait mes appréhensions. Après le col, la pente est plus rude. Dans cette deuxième étape, c'est une aventure sans guide, nombreux sont ceux qui se perdent ou s'arrêtent, car leur boussole se dérègle. Puis les choses s'organisent. On s’habitue à l'effort de grimper et on apprend à s'orienter tout seul, sans boussole, sans GPS, pour enfin arriver au sommet. Une fois au sommet, la tentation de redescendre est là. Il faut s'habituer. On a vaincu nos démons. Plus on monte vers le sommet, plus on va vers soi. Le sommet ce n'est pas être champion du monde ou millionnaire, c'est être entièrement soi et mettre en accord ses actions avec ses pensées.

Je n'y suis pas encore, à vrai dire. J'ai appris à m'orienter seul et je persévère vers le sommet. Je suis proche. Je suis actif et conscient, capable de constater et de rechercher activement la solution à mes conflits de valeurs et de concepts. Je me lance des défis constamment. Je suis de plus en plus capable de concilier mes idéaux avec ma vie en opérant des choix courageux. Je vais atteindre mes objectifs personnels quoiqu'il en soit. Je me libère des conventions sociales. La responsabilité de moi-même prend de plus en plus de place. Je m'assume entièrement. Je suis entièrement responsable de mes actions et des résultats qui en découlent. Personne d'autre. Je n'attends rien des autres à priori.

S'acheminer vers le sommet de la montagne conduit vers la réalisation de soi et l'auto-détermination de sa propre personnalité. Parvenir au sommet de la montagne n'est pourtant pas une fin en soi : la croissance interne ne s'arrête pas là, elle va continuer vers un univers de plus grande conscience. À ce stade, je m'éduque et corrige mes propres erreurs. Je deviens de plus en plus conscient de ce que je dois apprendre et je cherche par moi-même les sources d'information. J'ai intègré la hiérarchie de mes propres valeurs qui dirigent mes actions et mes comportements quotidiens.

Voilà où j'en suis en ce mois de Juin 2019. Que de chemin parcouru ! J'ai pleinement intégré mes particularités. Je suis différent des autres, mais je fais parti des autres. Je ne veux pas faire parti d'un club élitiste comme le Rotary et regarder les "normaux pensants" comme des créatures étranges. Je fais partie du monde. Je veux apporter ma contribution à ce monde. C'est tout ! 

Pour conclure, je voudrais citer Edmund Hillary qui fut le premier à gravir l'Everest : "Ce n'est pas la montagne que nous conquérons, c'est nous-mêmes." La seule chose qui nous empêche de vivre et de nous épanouir est cachée en nous. C'est en nous découvrant, en nous acceptant et en nous corrigeant que nous pouvons atteindre des sommets dans la vie.


10 juin 2018

Poème de Dabrowski

Kazimierz Dabrowski était un psychologue, psychiatre, médecin, écrivain et poète. Il laisse ce poème sur la névrose. A lire attentivement !

Je vous salue névrosés !
Parce que vous êtes sensibles dans un monde insensible, n’avez aucune certitude dans un monde pétri de certitudes.
Parce que vous ressentez les autres comme si ils étaient vous-mêmes.
Parce que vous ressentez l’anxiété du monde et son étroitesse sans fond et sa suffisance.
Parce vous refusez de vous laver les mains de toutes les saletés du monde, parce que vous craignez d’être prisonniers des limites du monde pour votre peur de l’absurdité de l’existence.
Pour votre subtilité à ne pas dire aux autres ce que vous voyez en eux.
Pour votre difficulté à gérer les choses pratiques et pour votre pragmatisme à gérer l’inconnu,  pour votre réalisme transcendental et votre manque de réalisme au quotidien.
Pour votre sens de l’exclusivité et votre peur de perdre vos amis proches, pour votre créativité et votre capacité à vous extasier.
Pour votre inadaptation à « ce qui est » et votre capacité d’adaptation à « ce qui devrait être », pour toutes vos capacités inutilisées.
Pour la reconnaissance tardive de la vraie valeur de votre grandeur qui ne permettra jamais l’appréciation de la grandeur de ceux qui viendront après vous.
Parce que vous êtes humiliés alors que vous veillez à ne pas humilier les autres, parce que votre pouvoir immense est toujours mis à bas par une force brutale; et pour tout ce que vous êtes capable de deviner, tout ce que vous n’exprimez pas, et tout ce qui est infini en vous.
Pour la solitude et l’étrangeté de vos vies.
Soyez salués!

21 mai 2018

La souffrance mène à la croissance

Les Surhommes (selon la notion de Nietzsche) voient dans leur souffrance et leur destruction une nouvelle vie : la graine doit mourir pour que la plante puisse pousser. La capacité de vivre et de surpasser la souffrance et la solitude sont les caractéristiques du Surhomme. Nietzsche dit : "La souffrance et l'insatisfaction de nos instincts de base sont des particularités positives car ces impressions créent une agitation émotionnelle de la vie, et se manifestent comme un stimulus de vie... La discipline de la souffrance, ne savez-vous pas que c'est uniquement cette souffrance qui a crée toutes les améliorations de l'homme jusqu'à maintenant ?... Cette tension de l'âme dans la tristesse/le malheur cultive sa propre force, son inventivité et son courage à endurer, à persévérer, à interpréter, et à exploiter la souffrance..." Nietzsche devient même mystique parfois, tout en étant pertinent en disant que "le chemin vers notre propre paradis mène toujours à travers la volupté de notre propre enfer."

Kazimierz Dąbrowski s'est inspiré de Nietzsche en proposant sa théorie de la désintégration positive. C'est en vivant pleinement et en confrontant les difficultés que nous rencontrons dans la vie que nous arrivons à les dépasser. Nous apprenons à les vivre mieux en les relativisant par exemple, par la résilience, ou encore en changeant notre parcours de vie. Il faut rester conscient de notre état pour pouvoir agir sur notre destinée de la meilleure des façons. 

20 mai 2018

Le développement personnel selon Nietzsche

Friedrich Nietzsche relie le potentiel individuel pour se développer vers l'abondance et la complexité à son émotion, sa connaissance et sa volonté (volonté de pouvoir). Plus une personne a de potentiel, plus il est intérieurement complexe : "Le type (profil) le plus élevé représente une complexité incomparablement grande...sa désintégration est alors incomparablement grande... Les formes de vie et de gens les plus bas représentent le type troupeau. Ils sont aussi simples et par conséquent, les types les plus bas sont virtuellement indestructibles, montrant peu d'effets visibles des épreuves de la vie...et aucun signes de souffrance de surhomme." Nietzsche remarque ici ce que John Hughlings Jackson conclura un peu plus tard. 

Rappel:
Jackson (1835-1911) fût un neurologue britannique, un pionnier de la recherche sur le cerveau. Il est connu pour ses travaux sur l'épilepsie. Il établit également trois principes de l'évolution du sytème nerveux.

-La première hypothèse de Jackson est que l'évolution est le transfert d'un centre inférieur parfaitement organisé à un plus haut, mais pas aussi bien organisé. En d'autres termes, le développement consiste à passer d'un centre inférieur, relativement bien géré, à un centre supérieur plus complexe et, selon Jackson, moins bien organisé.

-Le deuxième principe est que l'évolution est une transition du plus simple au plus complexe, du plus bas au plus haut. Il n'y a pas de contradiction à considérer les centres les plus complexes comme étant les moins organisés, puisque Jackson utilise le mot organisé pour désigner des personnes bien connectées.

-Le troisième des principes de l'évolution de Jackson est que l'évolution est une transition d'un centre plus automatique à un centre plus volontaire. Il suppose que les centres les plus élevés, représentant le sommet de l'évolution nerveuse et formant la base physique de la conscience, sont les moins organisés, bien que les plus complexes et volontaires.

Il est intéressant de noter que la formulation de Hughlings Jackson d'une hiérarchie des niveaux dans l'évolution du système nerveux, du simple au complexe et de l'automatique au volontaire, a été déterminante dans le développement de la théorie de Kazimierz Dabrowski.

11 mai 2018

Herméneutique

L'herméneutique (du grec hermeneutikè, art d'interpréter, hermeneuein signifie d'abord « parler », « s'exprimer » et du nom du dieu grec Hermès, messager des dieux et interprète de leurs ordres) est la théorie de la lecture, de l'explication et de l'interprétation des textes.

L'herméneutique ancienne est formée de deux approches complètement différentes : la logique d'origine aristotélicienne d'une part, l'interprétation des textes religieux (orphisme ou exégèse biblique par exemple) et l'hermétisme d'autre part.

L'herméneutique moderne se décline en sous-disciplines :
« littéraire » (interprétation des textes littéraires et poétiques),
« juridique » (interprétation des sources de la loi),
« théologique » (interprétation des textes sacrés ; on parle aussi d'exégèse),
« historique » (interprétation des témoignages et des discours sur l'histoire) et
« philosophique » (analyse des fondements de l'interprétation en général, et interprétation des textes proprement philosophiques).

C'est l'approche philosophique de Kazimierz Dąbrowski dans sa théorie de la désintégration positive.
C'est une phénomène herméneutique.

Phénomène, car chaque individu a une expérience et perception unique de la vie et du monde. Nous devons être conscient, familier et à l'aise à propos de nos expériences de vie.

Herméneutique, car les individus doivent discuter entre eux (selon la dialectique de Socrates) pour arriver à une interprétation mutuelle du sujet de la discussion.

Dans le phénomène herméneutique, nous partageons nos expériences individuelles de vie avec les autres via le dialogue. Nous arrivons finalement à un conscensus et à une compréhension mutuelle de la réalité. Ce travail est réalisé avec un psychothérapeute, un coach ou des pairs surdoués.

8 mai 2018

La souffrance selon Dabrowski

Il faut se développer, mais avons-nous vraiment besoin toute cette souffrance ?

La souffrance fait partie de la vie et du développement d'un être humain. C'est souvent un stimulant, une invitation au changement. Elle ne devrait pas être éviter par l'usage de drogues, par l'aveuglement ou par des activités déviantes et des échappatoires. La souffrance fournit une opportunité de recevoir et de créer quelque chose de valeur. 

Quand notre monde interne et/ou externe ralentissent la réalisation de nos potentiels humains, la souffrance émotionnelle nous signalera que quelque chose ne va pas. La socialisation peut nous amener à entretenir des habitudes et à vivre de certaines façons qui entrâvent la réalisation de nos plus hautes potentialités. Quand cette réalisation est entrâvée, alors la souffrance est provoquée. Il y a un lien de cause à effet.

La nécessité de souffrir est profondément incrustée dans l'âme humaine. Face à la souffrance, on ne doit pas adopter forcément une attitude négative, mais commencer à l'accepter comme quelque chose qui a une signification pour notre développement personnel et comme quelque chose de nécessaire à notre enrichissement psychique. 

Le développement humain doit impliquer de la souffrance, des conflits, et des luttes intérieures. L'inadaptation positive, le défi et la rebellion font partie de la société, comme la créativité et le respect de la loi en font partie aussi. Les déceptions, la souffrance, les conflits intérieurs, les dépressions forcent un individu à partir d'ajustements paisibles pour aller vers des activités automatiques comme une routine journalière, la poursuite de l'argent, les plaisirs de la nourriture, les plaisirs primitifs ou superficiels, les conflits résolus facilement. La santé mentale est liée à la sensibilité à souffrir, à vivre des expériences douloureuses.

Un individu qui possède un fort potentiel de développement va puiser dans cette souffrance pour trouver des solutions personnelles qui vont l'aider à avancer dans la vie. C'est la raison pour laquelle les substances en tout genre sont déconseillées car elles vont annihiler la volonté de la personne qui va surtout y perdre une conscience, indispensable à la découverte de soi.
   

5 mai 2018

L'éducation scolaire

Kazimierz Dąbrowski critiquait l'éducation scolaire traditionnelle car, pour lui, ...
-Elle crée des robots intelligents;
-Elle entraîne, mais n'éduque pas, créant une société de conformistes et de gens qui réussissent socialement en suivant les moeurs du groupe, et non des individus avec leur esprit et leur propre personnalité;
-Elle est utilisée pour promouvoir des valeurs et des buts politiques et sociaux, comme le consumérisme et la richesse materielle;
-Elle est paradoxalement le principal obstacle à l'intelligence et à la liberté de la pensée.

Pour Dabrowski, le but de l'éducation scolaire est de créer des individus uniques, capable d'une pensée autonome et de s'auto-analyser. Elle enseigne aux gens à évaluer les problèmes et à développer une autonomie. Elle aide les individus à créer des valeurs autonomes et une personnalité unique. L'éducation scolaire établit une nouvelle hiérarchie où l'émotion dirige la connaissance, et l'intelligence sert les valeurs les plus élevées.

L'éducation scolaire doit faire tout son possible pour nourrir l'intégralité de la personnalité, en équilibrant les aspects cognitif et émotionnel de la personne. La vie émotionnelle d'un individu peut avoir une impact dramatique sur son apprentissage et ses performances. Une éducation traditionnelle est simplement un stratagème pour modeler les gens à être exactement les mêmes.

Le développement de la personnalité chez les surdoués passe normalement par le processus de la désintegration positive. L'enfant extrèmement sensible, en contact tous les jours avec des conflits comme l'injustice ou la mort, et l'enfant qui ressent profondemment des sentiments d'infériorité peut développer, au lieu de dons intellectuels, de l'anxiété et des psychonévroses : avoir peur du noir, la solitude et de l'agressivité envers les autres.

15 avril 2018

La nécessité de la désintégration dans le processus de développement (2)

Dans l'approche de Dabrowski, le cheminement vers le Sur-homme requiert des changements d'ordre qualitatifs dans la façon de concevoir la vie ; l' « ici et maintenant » prend une nouvelle perspective et la vie n'est plus vécue dans l'attente d'un avenir meilleur. Au contraire, chaque seconde d'existence est perçue et valorisée intrinsèquement dans sa contribution à l'existence entière. En éliminant Dieu, Nietzche rend à l'être humain toute sa responsabilité de devenir juge de lui-même, de transcender et dépasser constamment son « vieux moi » et d'en créer un nouveau. Mais, comme Dabrowski plus tard, Nietzche souligne bien le chaos et la difficulté suscité par la création de soi et nous invite à dépasser les « 7 diables » sur le chemin de notre développement. Cette volonté de récupération de pouvoir sur soi-même s'illustre à deux stades dans le développement : la moralité sociale (ou 2ème facteur de Dabrowski) est utilisée pour prendre le contrôle sur la nature, l' « animal sauvage en nous» (ou 1er facteur); puis c'est la croissance de soi et le renforcement propre (3ème facteur) qui permet de se développer librement hors des contraintes biologiques et sociales dans un dépassement de l'individu pour atteindre son idéal de personnalité ou niveau le plus élevé de lui-même, ou, comme le dit Nietzche : « devenir la personne qu'il est ». Cet idéal est endogène (il est en nous) et non exogène : pas d'individu modéle à suivre car, comme le rappelle Nietzche : « tous les idéaux sont dangereux ». Toutefois, le modèle d'hommes exemplaires peut être inspirant dans l'initialisation d'un développement avancé mais le soi reste individualisé et personnel.

D'ailleurs, Dabrowski réserve ce mot de « personnalité » uniquement à ceux qui ont atteint ce niveau de développement tout comme Nietzche qui le fait correspondre au développement du Sur-homme, rappelant que peu d'humains l'atteignent. Nietzche, quant à lui, était inflexible sur le « but de l'humanité » qui s'illustrent dans les plus grands exemples de ces hommes qui se gouvernent et se créent eux- mêmes en opposition aux individus-esclaves qui font partie de la meute. Comme Dabrowski et Jackson, Nietzche fait état de ce potentiel individuel constitué de la complexité des émotions, de processus cognitifs riches et de volonté. Pour lui, comme pour Jackson et Dabrowski, plus le potentiel est riche plus l'individu est complexe. Il écrivait déjà : « les types les plus élevés montrent une complexité incomparable... ainsi la désintégration qui en résulte l'est aussi » et « les formes de vie du type le plus bas et des membres de la meute sont plus simples et sont même virtuellement indestructibles ». Pour lui, le besoin de désintégration est clair: « vous devez être prêt à bruler dans vos propres flammes car, comment pouvez-vous devenir neuf si vous n'avez pas été préalablement réduit en cendres ? ».

C'est un état d'extrême vulnérabilité et d'hypersensibilité (les surexcitabilités de Dabrowski) qui caractérise cette transition : « J'aime celui dont l'âme est suffisamment profonde dans sa capacité à être blessé et que la plus petite chose peut détruire ; malgré tout, il est heureux de traverser le pont ». La graine doit mourir pour permettre à la plante de grandir. Nietzsche décrit une désintégration développementale générale et stratifiée, la souffrance conduisant à une séparation verticale qui permet au « héros » de se distinguer de la meute. Cette ascension conduit certes à la « noblesse » et, ultimement à la personnalité authentique de l'être humain, à l'atteinte de son moi idéal ; cependant elle rend l'humain solitaire, loin de la sécurité apportée par la masse et, pour ce philosophe, sans la compagnie de Dieu et son réconfort: « l'être philosophe est solitaire, non parce qu'il le souhaite mais parce qu'il trouve dans cette solitude quelque chose qui n'a pas d'équivalent; tous ces dangers et ces souffrances qui lui ont été réservés ». Le dépassement de cette solitude et de cette souffrance sont les traits-clés du Sur-homme : « La souffrance et l'insatisfaction de nos besoins basiques sont une caractéristique positive car ces sensations créent une « agitation du sentiment de vie » et agissent comme un catalyseur de la vie ». Le malheur, la tension et la souffrance doivent être endurés avec persévération, interprété et méme exploité par l'âme pour cultiver force, inventivité et courage.

En écho, Dabrowski écrit : « Nous ne sommes humains que parce que nous expérimentons la disharmonie inhérente au processus de désintégration » et « Tout processus créatif authentique consiste à perdre, diviser, écraser la réalité précédente. Tout conflit mental est associé à la rupture et la douleur ; tout pas vers l'existence authentique se combine avec chocs, chaos, souffrance, peine et détresse ». Les manifestations physiques ont également une place majeure dans ce processus. Nietzsche en témoigne lorsqu'atteint de maladies longues et sérieuses tout au long de sa vie, il écrit : « Je suis reconnaissant reconnaissant aux maladies car elles nous débarrassent de certaines règles et de leurs préjudices ». Comme Dabrowski le considère pour la maladie mentale, pour Nietzsche, la santé physique n'est pas une absence de maladie mais devient riche dans la façon dont l'individu y fait face, en fait sens pour transformer la maladie en autonomie.

Ces approches diverses et convergentes rendent compte du processus complexe accompagné de phénomènes variés liés à ce que Dabrowski nomma la désintégration positive. Ils insistent tous sur le combat à mener dans l'affrontement au statu quo et l'anxiété, voire la peur même, qui en résultent. Chez Nietzsche comme chez Dabrowski, la création d'une échelle de valeurs personnelle à chacun ainsi qu'un idéal de soi sont nécessaires à cette évolution en devenant les guides de la croissance ; la désintégration devient l'élément central du développement humain. Même si les idées de Dabrowski peuvent paraitre - encore de nos jours - radicales aux yeux de la psychologie contemporaine, elles s'avèrent beaucoup plus utiles et moins radicales rapportées à la compréhension du développement psychologique, particulièrement dans le champ de la surdouance et de l'éducation des « intellectuellement précoces » comme le prouvent les travaux américains et canadiens récents. La TDP devient un nouveau paradigme pour la philosophie, la psychiatrie, la psychologie et l'éducation pour mieux comprendre le développement et la personnalité humaine.

La nécessité de la désintégration dans le processus de développement (1)

L'approche de John Hughlings Jackson (1884) sur la maladie mentale a été primordiale dans sa compréhension en établissant que les niveaux plus élevés de développement, par leur complexité, permettent une moindre organisation et seraient donc moins stables, plus fragiles et plus sensibles à la dépression, l'anxiété et un questionnement/remise en question continus. Pour Jackson, c'est la maladie mentale qui dissout ces niveaux les plus élevés pour laisser place à des niveaux inférieurs, plus simples et automatisés.

Dabrowski s'oppose à cette dernière idée en soutenant que les décompensations et dépressions des niveaux élevés (les dissolutions de Jackson) ont un rôle prépondérant dans l'évolution de l'individu : pour faire face à cela, l'individu doit faire preuve de capacités développementales nécessaires à la transformation et réorganisation de la composition psychique interne. Dabrowski pensait que l'individu doit se libérer de la pression de ses pairs et dépasser l'inertie créée par la socialisation : le développement psychologique nécessite, selon lui, une dissolution des intégrations antérieures et anciennes. Un véritable développement avancé ne peut se construire sur des fondations faites d'instincts biologiques ou de socialisation. Le développement avancé s'élabore à partir d'une inhibition consciente et délibérée des plus bas instincts ainsi que des pulsions d'autosatisfaction et des réactions sociales stéréotypées et automatiques. Il consiste en une expansion délibérée et consciente de caractéristiques autonomes qui s'expriment, par exemple, par l'émergence d'une hiérarchie de valeurs et la définition d'un idéal de personnalité.

Pour Dabrowski, l'intégration secondaire s'accompagne nécessairement de longues périodes de désintégration, de conflits, de crises et de souffrance et, chez les individus particuliérement créatifs, de disharmonie, de nervosité voire de certaines formes de névroses que Dabrowski nomme psychonévroses. Cette réorganisation ne serait pas d'abord cognitive ou intellectuelle mais belle et bien émotionnelle. La dénomination de « désintégration positive », qui peut paraitre au premier abord dissonante, présente l'avantage d'insister sur la direction positive du développement. Elle permet aussi de faire la distinction avec les désintégrations négatives de Jackson et de se démarquer des conceptualisations habituelles de la maladie mentales, ce qui en fait son originalité et son intérêt.

La Théorie de la Désintégration Positive (TDP) définit trois phases de désintégration : une désintégration dite « primaire » et deux désintégrations dites « stratifiées », la 1ère dite spontanée et la 2ème dite organisée. La désintégration est nommée primaire car il existe peu de conscience ou de conscience de soi dans les décisions qui y sont prises ; les conflits y sont dits « horizontaux » c'est-à-dire mettant en scène des conflits entre des pulsions, des caractéristiques et états émotionnels de même niveau. Ces conflits ne produisent pas de développement car ils ne permettent aucune « sortie par le haut » et souvent qu'une faible transformation; ils n'aboutissent souvent qu'à une réintégration au niveau initial et, si ce n'est pas le cas, peuvent déboucher sur des crises sans issue conduisant à des passages à l'acte suicidaires ou à la psychose.

Pour Dabrowski, le véritable développement passe par une forme de conflit qu'il nomme « vertical » entre les fonctions les plus basses et les plus élevées: c'est, selon lui, la « marque de fabrique » du développement. De façon ultime et de façon idéale, le développement culmine dans la mise en place d'une intégration qu'il nomme secondaire, basée sur l'auto-détermination. Dans « Ainsi parlait Zarathoustra », Nietzche emprunte la métaphore du funambule pour nous dire que nous sommes le fil de celui-ci, le pont qui relie la condition animale à celle du Sur-homme. Pour aller plus loin, nous devons emprunter cette corde, au risque de tomber dans le vide en dessous, pour tenter d'échapper à la condition animale. La foule rassemblée autour du funambule n'écoute pas Zarathoustra mais il nous alerte: «Toi, Sur-homme, apprends ceci de moi: personne ici ne croit en ce Sur-homme. Alors si tu veux t'adresser à eux, vas-y ! Mais la foule ferme les yeux et dit : « Nous sommes tous égaux ». Nietzche nous montre que les individus de cette foule ont accepté leur condition ainsi que leurs définitions collectives transmis par leur milieu culturel et social ; pour la foule, il n'existe pas de Sur-homme; tous sont égaux devant Dieu. C'est pourquoi Nietzche a déclaré que Dieu est mort, permettant ainsi la résurrection et la libération du Sur-homme, en lui permettant d'exercer son autonomie et de laisser s'exprimer son désir d'expression de ses potentiels les plus élevés: « Dieu est mort; maintenant nous pouvons faire preuve de désir - et le Sur-homme ainsi d'émerger ». Malheureusement la foule autour de Zarathoustra réagit comme les prisonniers de la caverne de Platon avec le prisonnier « illuminé ». Il est considéré comme aliéné: « Je veux enseigner aux gens le sens de leur existence qui est ce Sur-homme, l'éclair jaillissant de cet homme des ténébres. Mais je suis toujours loin d'eux et ce que je veux leur dire n'atteint pas leur esprit ».

Les prisonniers de Platon comme la foule entourant Zarathoustra acceptent sans sens critique les idéaux de bien et de mal provenant des conventions culturelles et religieuses. Nietzche nous demande de résister à cette soumission à la morale de l'esclave et de réfléchir par nous-mêmes. Au travers de Zarathoustra, il nous dit que le Sur-homme doit dépasser son soi acculturé pour exercer son pouvoir dans une créativité spontanée et construire ainsi un véritable soi autonome. Les Sur-hommes dépassent ainsi le bien et le mal dans une réflexion profonde sur leurs instincts de base; ils continuent en permanence à développer leurs propres valeurs de vie que l'on peut rapprocher de la hiérarchie de valeurs de Dabrowski. Il répond alors ceux qui lui demandent le chemin ... qu'il n'y a pas de chemin. 

L'incompatibilité de la socialisation avec le développement de l'individu

La socialisation réprime l'autonomie.
En opposition aux systèmes de pensée en vigueur à son époque et encore de nos jours, Dabrowski rejetait la conception de la santé mentale comme absence de maladies psychiques ou comme mesure quantitative de l'ajustement social. Il fut influencé en cela par Marie Jahoda (1958), psychologue viennois. Jahoda identifia les caractéristiques de la capacité à la santé mentale comme étant les suivantes : perception de soi, la santé mentale étant proportionnelle au type de développement et à la capacité d'auto-actualisation, l'autonomie en termes d'indépendance de l'individu par rapport aux influences sociales, la capacité de percevoir la réalité et de devenir maître de son environnement.

Dabrowski définit la santé mentale comme la présence de caractéristiques variées et nouvelles, qualitatives donnant en exemple la présence d'une hiérarchie de valeurs autonome et consciente qui refléte la personnalité unique de l'individu. Suivant la théorie de John Hughlings Jackson, Dabrowski fait l'hypothèse que les niveaux les plus bas de développement relèvent de structures psychologiques plus simples, plus organisées et plus résilientes; il note néanmoins que ces structures sont souvent inféodées aux forces biologiques (instincts, qu'il nommera 1er facteur) et à l'influence de l'environnement social (2ème facteur). Les idéaux, buts, valeurs sont subordonnés à des standards externes et ne laisse que peu de place à la conscience de soi, l'individuation et l'autonomie. L'individu « socialement moyen » montre une intégration unifiée, organisée et coordonnée de toutes les caractéristiques psychologiques formant la base traditionnelle d'une intégration psychologique traditionnellement reconnue positive.

Dabrowski identifie alors deux types d'intégration : la plus basse, selon lui, qui reflète une socialisation qu'il considère, au contraire des théories psychologiques classiques, a-développementale et la plus élevée, ou intégration secondaire, au développement avancé dans laquelle autonomie et auto-détermination reflétent la santé mentale. Pour Dabrowski, les individus restant au niveau d'intégration primaire ne peuvent faire preuve d'une personnalité individuelle ; il va même jusqu'à conclure que « l'absence de développement de la personnalité équivaut à l'absence de santé mentale ». Dans sa description de l'intégration primaire, Dabrowski note que le comportement de ce niveau s'organise communément autour d'instincts et de pulsions d'autosatisfaction. Les rôles sociaux sont souvent produits et manipulés pour atteindre la satisfaction de l'ego. Dans une telle société, des individus charismatiques et forts peuvent s'y saisir de rôles leader et certains ne feront que continuer à se comporter égocentriquement, sans peu d'appréciation du dommage qu'ils causent et de leur responsabilité. L'image-type du psychopathe serait cet homme en costume-cravate, capable de gagner quel qu'en soit le prix, ce businessman ou ce politicien qui sera capable de toutes les justifications pour parvenir à ses buts. Pour Dabrowski, nos systèmes politiques ou éducatifs (les marionnettistes de Platon) encourage la création et la promotion d'individus sans foi ni loi, que ce soit dans le mondes affaires ou la politique; une société qui développe et promeut de tels «gagnants» indique qu'elle est primitive et confuse. Ainsi, Dabrowski réfute l'idée que la santé mentale serait l'ajustement de l'individu à des normes sociales dominantes qui, selon lui, ne représentent en rien le développement humain authentique ou la fonction humaine. L'ajustement à une société elle-même confuse et primitive est, par essence, a-développementale et ne fait que tourner le dos à la découverte de l'essence authentique de l'individu ainsi qu'à l'exercice de son véritable choix, critère de santé mentale.

Avant lui, Søren Kierkegaard s'était senti concerné par l'impact de la socialisation sur l'authenticité de l'être humain, disant que la conformité aux rôles sociaux et à la doctrine de l'Église ne permet pas à l'individu « une véritable action ». Mac Donald saisit bien la position de Kierkegaard lorsqu'il écrit : La problématique centrale de Kierkegaard était de déterminer comment devenir chrétien au Royaume de Dieu. Cette tâche se révèle plus difficile pour les mieux éduqués car les institutions éducatives et culturelles en place tendent à produire des membres stéréotypés « de la foule » plutôt que de permettre aux individus de découvrir leur propre et unique identité ». La "foule" dérobe à l'individu sa responsabilité personnelle. Plutôt que de définir le moi de l'individu au travers de règles et de rôles sociaux, Kierkegaard suggère que la seule vraie liberté d'un individu repose dans sa responsabilité d'être capable de choisir son propre moi, ses croyances et ses valeurs propres, ceci au travers de choix successifs que l'individu est amené à prendre dans sa vie quotidienne. On retrouve l'ajustement décrit par Dabrowski entre « ce qui est » et « ce qui devrait être ». Cette conscience n'est pas sans créer de doute par rapport à soi-même et de l'anxiété. Derrière une porte, nous avons le choix, soit de l'ignorer, soit de décider de ne pas la franchir - 2 choix passifs -, soit de la franchir en faisant face aux peurs et à l'anxiété qui accompagnent cette décision - un choix actif. Kierkegaard dit que ce choix d' « aller voir ce qui est derrière la porte » est critique pour la création du moi. « Un être humain n'a accès à son propre moi qu'en le définissant lui-même, comme quelqu'un qu'il choisirait lui-même ». L'authenticité et la dignité humaine s'affirme et se démontre dans cette capacité à vivre et dépasser l'anxiété et dans la persistance à faire des choix dictés par les valeurs et la foi.

Nietzche est encore plus critique sur le rôle joué par la société; il considère que les schémas de moralité ne sont que les « dogmes du jour » formant une morale de « meute » et qui ne font que nier les développements des valeurs propres de l'individu en imposant des normes moyennes et médiocres. Nietzche pense qu'en adoptant les normes dictées par la socialisation, l'individu n'honore pas son besoin de réévaluer régulièrement ses valeurs et sa propre responsabilité dans son développement, bref d'honorer sa moralité autonome. Ainsi, l'individu se contente de se conformer en perdant la motivation interne de se développer. Nietzche rejette la religion car, selon lui, elle absout l'individu de sa responsabilité à son propre développement.

14 avril 2018

L'existo-essentialime : l'essence avant I'existence

Dabrowski inventa ce terme afin de décrire sa synthèse unique de deux visions traditionnellement disjointes de caractère humain : d'une part la vision essentialiste présente dans l'approche platonicienne et d'autre part l'approche existentialiste chère à Kierkegaard et Nietzche, plus moderne. Pour les essentialistes, les choses et les organismes comportent des caractéristiques leur permettant de déterminer ce qu'ils sont et vont devenir. Dans l'existentialisme, ce sont nos choix qui font ce que nous sommes.

Dabrowski, lui, considère l'essence de l'individu comme une fondation initiale de son développement bien que celle-ci puisse être submergée sous l'effet de l'individualisme et l'indépendance valorisés par la socialisation et la conformité sociale. L'héritage génétique de l'individu contribue fortement à son développement et il avait coutume de dire que les gènes les meilleurs ne peuvent pas être annihilés par le pire environnement alors que les pires gènes ne peuvent pas être améliorés par un environnement favorable. Chaque individu possède une essence interne composée de ses qualités centrales et de ses traits de personnalité unique. Mais cette essence n'est pas fixée définitivement; on peut plutôt la considérer comme un potentiel amené à se développer ou pas. Cette essence peut par ailleurs être positive et ainsi accélérer le développement, mais aussi être négative et le ralentir voire l'empêcher.

L'expression de l'essence individuelle se traduit au travers d'une série de choix individuels et conscients permettant une distinction entre « ce qui est plus moi » par rapport à « ce qui est moins moi ». Tandis que le développement progresse, la vision et la conscience de soi émergent : conscience des buts et des aspirations propres, de ses attitudes et relations aux autres. L'individu construit alors un idéal de personnalité à partir de cette essence initiale et de ses potentialités, de ses rêves et de ses aspirations. L'idéal de la personnalité devenant de plus en plus clair, l'individu peut constater l'écart entre son idéal du soi et son essence initiale et faire ainsi des choix conscients et volontaires quant à ce qu'il lui faut inhiber ou développer. L'expression pleine du caractère d'un individu reflète à la fois son essence et les choix qu'il fait. Une croissance avancée est nécessaire sous la forme d'une désintégration de l'intégration primaire et de la libération qui s'ensuit, permettant la création d'opportunités de découverte de la véritable essence individuelle et conduisant à la véritable compréhension de soi au travers de choix existentiels volontaires conscients et non subis. La succession de ces choix viennent former et affiner l'essence brute pour créer cette personnalité unique et autonome.

Au-delà de cette essence, Dabrowski décrit d'autres facteurs internes critiques dans la détermination de la trajectoire développementale de l'individu: l'instinct créatif, celui de la perfection de soi, les dynamismes, la combinaison des moteurs et émotions fournissant l'énergie nécessaire à ce développement, et, enfin, une constellation de facteurs qu'il nomme potentiel de développement et définit comme « la dotation constitutionnelle déterminant le caractère et la potentielle extension de la croissance mentale pour un individu donné ». En résumé, on pourrait dire que rapproche existo-essentialiste de Dabrowski montre que l'individu doit prendre conscience de ses traits uniques de caractère - son essence - et pouvoir ainsi faire des choix volontaires qui expriment et dessinent cette essence, conduisant vers l'atteinte de l'idéal de la personnalité. Pour Dabrowski, « l'essence est plus importante que l'existence dans la naissance d'un être humain véritable » et il continuait en disant : « il n'y a pas de véritable existence humaine sans essence authentique ». Cette compréhension permet une appréhension puissante et nouvelle du développement humain.

13 avril 2018

Le développement stratifié

Cette approche est vitale pour rendre compte de la large et complexe variété de phénomènes rencontrés dans la psychologie et le développement. En effet, les approches plus classiques rendent mal compte de la grande disparité existant entre les comportements les plus bas et les plus élevés. Pour Dabrowski, le développement stratifié est donc la pierre angulaire de sa théorie du développement de la personnalité.

Platon, dans son mythe de la caverne (Allégorie de la caverne), décrit 4 niveaux d'existence avec chacun son niveau de conscience et de perception. +L'existence au niveau le plus bas est décrite comme faite d'opinions, d'ombres de perceptions brutes, simplistes et erronées : le groupe qui regarde passivement la vie comme une ombre sur le mur de la caverne en face de lui. Ces prisonniers sont enchainés, avec l'impossibilité de se retourner pour comprendre leur situation; leurs sens sont tellement anesthésiés qu'ils ne peuvent même pas prendre conscience de leurs chaines. Ce jeu d'ombres est orchestré par des « marionnettistes" (représentants de l'État ou du système éducatif) qui, derrière les prisonniers, utilisent ce jeu d'ombres pour décrire la vie telle qu'ils veulent la faire percevoir. Ce jeu d'ombres est possible grâce à une lumière a une lumière artificielle, un feu de camp au fond de la caverne.

+A un moment, l'un de ces prisonniers commence à se poser des questions et prend la décision de partir à la découverte de la vérité pour se libérer et saisir la situation dans son ensemble: Platon le décrit comme le philosophe ou l'intellectuel. Il trébuche en se dirigeant vers une faible lumière en provenance de l'entrée de la caverne qui le guide dans un périple long et dangereux vers la surface : cela lui demandera beaucoup de force, de détermination et une forte motivation interne. Beaucoup s'y essaient mais peu réussissent.

+Pour ceux qui parviennent enfin à la surface, la vie prend alors une perspective complétement différente et un renversement de paradigme se produit dans leur perception. Platon reconnait que le réflexe du prisonnier parvenu à la surface pourrait être d'y rester et de profiter du soleil. Mais il décrit l'impératif moral de celui-ci de ses pairs pour leur apporter revenir vers la lumière.

+Malheureusement, il arrive que le prisonnier redescendant de la grande lumière vers celle, plus limitée, de la caverne ne puisse plus retrouver son chemin ; les prisonniers restant écoutent une histoire bizarre qu'ils sont incapables de comprendre et, ayant peur de ce qu'ils perçoivent comme la folie de ce prisonnier échappé, ils le tuent.

Les individus de l'intégration primaire de Dabrowski ressemblent beaucoup à la majorité des prisonniers de la caverne de Platon qui acceptent passivement la socialisation, acceptent une réalité quotidienne sans questionnement critique. Pour Dabrowski, l'individu « bien socialisé » vit une existence imitative faite de rôles prescrits de l'extérieur, sans réelle conscience, d'individualité ou d'authenticité, à un niveau primaire et basique de développement. Le prisonnier échappé ressemble lui à ces individus qui, selon Dabrowski, munis d'un fort potentiel de développement et grâce aux dynamismes, leur hiérarchie de valeurs et leurs Surexcitabilités (SE), aspirent à un développement complet vers ce qu'il nomme les niveaux IV et V.

L'approche stratifiée de Dabrowski fait écho à celle de John Hughlings Jackson (1835-1911) qui, dans ses conférences bien connues de Cronian en 1884, décrit le système nerveux comme comportant plusieurs niveaux qui se distinguent par 3 variables : les niveaux les plus bas sont simples, plus organisés, automatiques et moins réfléchis/ les niveaux les plus élevés sont plus complexes, moins organisés, plus délibérés et volontaires. Jackson décrit l'évolution comme un mouvement du plus bas vers le plus élevé, vers plus de complexité, moins d'organisation. Dabrowski introduit ces attributs dans sa définition des niveaux les plus élevés : « par plus haut niveau psychique, nous décrivons un comportement plus conscient, une plus grande liberté de choix et donc une plus grande opportunité d'auto-détermination. »

En outre, Dabrowski insistait sur le fait que les niveaux les plus élevés différaient des niveaux les plus bas quantitativement et qualitativement; la psychologie admet communément des différences quantitatives, ceux des différents niveaux d'intelligence quantifiés dans les tests de QI. Dabrowski pensait qu'un développement avancé met en oeuvre un autre aspect en remarquant, par exemple que la perception de la réalité peut être très différente entre individus de haut et bas niveau. Ces différences qualitatives sont des caractéristiques importantes signant un développement avancé et proposent une base pour la classification de la personnalité et du développement plus précise. C'est en cela que l'approche de Dabrowski est précieuse lorsqu'on essaie de comprendre le monde complexe et pluridimensionnel de la surdouance.

12 avril 2018

La Théorie de la Désintégration Positive de Dabrowski

Influences des courants philosophiques, psychologiques, et spirituels dans la construction de la TDP

La Théorie de la Désintégration Positive de Dabrowski offre une vision plus réaliste et particulièrement dynamique du développement de l'être humain tout au long de la vie. Si la dotation de l'héritage génétique est primordiale, beaucoup peut s'acquérir à condition de détenir un potentiel de développement suffisant et des conditions environnementales favorables au développement des capacités se manifestant dans les Surexcitabilités (SE), tout en se détachant des normes extérieures sociales. La vie de Dabrowski est une bonne illustration d'un tel développement. Fortement éprouvé par le décès de sa sœur de 3 ans quand lui-même en avait 6 puis, plus tard, par le suicide de son meilleur ami, par la rencontre brutale avec la guerre et tout ce qu'elle peut avoir d'effrayant pour un esprit sensible, la vie amena très tôt Dabrowski à rechercher du sens dans ce qu'il vivait ou mettait en place. Ce sens, il le rechercha å la fois dans le champ philosophique et psychologique mais aussi vraisemblablement dans le champ spirituel sans que, pour autant, la littérature à ce sujet ne soit très détaillée : il méditait chaque jour et ce, bien avant l'avènement de la Mindfulness !

Influences et convergences philosophiques
La TDP est construite sur 4 idées philosophiques centrales :

+ Le développement stratifié.
+ L' « existo-essentialisme ».
+ L'incompatibilité de la socialisation avec le développement de l'individu.
+ La nécessité de la désintégration dans le processus de développement.

Ces idées se retrouvent chez des philosophes tel Platon, Kierkegaard ou Nietzche ou chez un Neuro-physicien comme John Hughlings Jackson qui ont influencé et conforté Dabrowski dans sa vision unique du développement humain et de sa personnalité. 

31 mars 2018

Trois types de développement (2)

Les idées de Dabrowski sur les trois types de développement et leur relation avec les différentes constellations du potentiel de développement fournissent un cadre utile pour comprendre et évaluer la relation complexe entre la douance et la croissance morale et émotionnelle avancée. Il convient de mentionner que Dabrowski a associé les premières manifestations de désintégration positive chez les enfants surdoués à leur développement asynchrone en 1964, avant que le terme ne soit introduit dans le domaine de l'éducation douée.

Les forces qui guident notre développement, qui sont des instincts de niveau supérieur, représentent une fonction du potentiel de développement d'un individu, étroitement liées aux concepts de potentiel de développement et à trois types de développement. Alors que l'instinct de développement est présent chez la majorité des gens dans des formes plus ou moins rudimentaires, l'instinct de créativité se construit sur la base de talents et d'intérêts particuliers, et de certains types de surexcitabilité, imaginatifs, sensuels et émotionnels en particulier.

L'instinct créatif peut être déjà trouvé au niveau de la désintégration mono-niveau (horizontale), bien qu'il gagne de la force et de l'importance au niveau III. L'instinct créatif en lui-même, lorsqu'il n'est pas soutenu par l'instinct de perfection de soi, joue un rôle limité dans la croissance de la personnalité et aboutit souvent à un développement unilatéral ou à une désintégration chronique puisqu'il n'éveille pas les forces de la transformation intérieure. L'instinct de perfection personnelle est la forme la plus élevée de l'instinct de développement, au niveau de la désintégration multiniveaux (verticale) organisée sur la base de dynamismes autonomes tels que troisième facteur, sujet-objet, auto-éducation, conscience de soi, authenticité et idéal de personnalité. Combiné avec l'instinct de créativité, il s'applique généralement à tout le caractère d'une personne, et pousse à grandir vers un idéal de personnalité incarnant les valeurs humaines les plus élevées. Bien que ces instincts, caractéristiques des niveaux supérieurs de développement psychologique, ne soient pas universels, Dabrowski soulignait qu'ils présentaient «une force égale en force ou même plus forte que celle des instincts primitifs» tels que l'instinct sexuel ou l'instinct de conservation.

Les concepts d'instinct de développement, de créativité et de perfection personnelle sont particulièrement utiles pour décrire les trajectoires développementales d'individus éminents, aux talents multiples, qui progressent vers les plus hauts niveaux de développement de la personnalité par une désintégration positive (Adam Chmielowski, Etty Hillesum, Dag Hammarskjold, Albert Schweitzer, par exemples). Analyser leurs biographies et leurs déclarations écrites nous laisse une appréciation sur l'intensité de leurs luttes intérieures découlant d'influences souvent conflictuelles des instincts de créativité et de perfection de soi - et cela confirme davantage la validité des idées de Dabrowski sur le développement d'individus exceptionnels.

Traduit du livre "Personality shaping through positive disintegration" de Kazimierz Dabrowski (1967)

Trois types de développement (1)

Kazimierz Dabrowski a distingué trois types de développement, basés sur les différences dans la force du potentiel de développement de chaque individu.

Ainsi, le développement «normal» s'applique à la norme statistique, à une personne dite moyenne, dont le potentiel de développement est faible. Le développement normal est limité à l'accomplissement des impératifs biologiques et sociaux. Les fonctions intellectuelles sont typiquement au mieux moyennes, tandis que les fonctions émotionnelles restent sous-développées. Il n'y a pas ou très peu de tentatives d'auto-transformation consciente. Ce type de développement horizontal (unilevel) est caractéristique de la majorité des individus aux niveaux de l'intégration primaire et de la désintégration horizontale.

Le deuxième type, le développement unilatéral, est conduit par une compétence, un talent ou un ensemble de compétences particulières; ou par une surexcitabilité particulièrement forte dans le contexte d'une désintégration positive limitée. Comme l'écrit Dabrowski, «seuls certains potentiels émotionnels et intellectuels se développent très bien alors que les autres restent non développés, en fait, ils semblent déficients.» Le développement unilatéral est le cas où la présence de la douance n'aide pas à la croissance de la personnalité, entendue au sens dabrowskien du terme comme une auto-transformation basée sur une désintégration positive à plusieurs niveaux (vertical). En fait, la douance elle-même, qui se manifeste ici dans un potentiel de développement limité, bien qu'elle ne soit pas nécessairement un frein au developpement, n'est pas non plus un atout, car elle limite le développement à un niveau unique. Le développement unilatéral se rencontre souvent dans les cas de surdoués dont les talents exceptionnels mais isolés détournent le développement, au détriment d'autres domaines du fonctionnement psychologique, et surtout de ses aspects émotionnels et moraux supérieurs. Dabrowski a fréquemment observé que lorsque des individus hautement développés, mais au developpement unilatéral, parviennent à atteindre des positions de pouvoir (comme ils le font souvent, car ils sont libérés des scrupules et des inhibitions), ils «causent souvent des effets graves, parfois désastreux pour les groupes sociaux et sociétés ».

Les deux types de développement ci-dessus - normal et unilatéral - sont relativement limités et rigides et représentent le schéma de maturité socio-biologique type de l'espèce humaine, caractérisé par une intégration psychobiologique progressive, un ajustement aux conditions extérieures et une conformité souvent irréfléchie aux mœurs sociales. Les symptômes de désintégration, s'ils apparaissent ici, sont temporaires et liés aux étapes transitoires du développement psychobiologique humain.

Le troisième et le plus rare type de développement - global (universel) et accéléré - est alimenté par une forte désintégration positive. Ici «toutes les fonctions cognitives et émotionnelles essentielles se développent avec une intensité relativement égale et avec une progression relativement égale»; tous les types de surexcitabilité sont présents; mais plus important encore, il y a une gestion consciente de son propre développement. Un tel développement se caractérise par une opposition consciente aux influences du premier et du second facteur, et passe par des crises et des conflits intenses que cette opposition crée. Ce type de développement transcende le schéma général de maturité de l'espèce humaine et montre une inadaptation qui découle d'un degré relativement élevé d'indépendance vis-à-vis des contraintes biologiques (1er facteur) et sociales (2d facteur).

Le développement accéléré à plusieurs niveaux (vertical) est caractéristique de nombreux individus surdoués dotés de surexcitabilités - notamment les psychonévrotiques, qui représentent le niveau III (et IV) dans la hiérarchie des niveaux de développement de la théorie de la désintégration positive. Le terme «accéléré» ici ne dénote pas la vitesse des changements développementaux, mais plutôt la largeur et la profondeur de la transformation interne associée à la désintégration positive.

Les individus surdoués peuvent se trouver à tous les niveaux de développement - d'un psychopathe avec un degré élevé d'intégration primaire, à toutes les étapes de désintégration horizontale et verticale, jusqu'aux modèles de la personnalité au niveau de l'intégration secondaire (niveau V). Cependant, les personnes ayant un potentiel de développement élevé - un sous-ensemble de la population surdouée - présenteront des signes de désintégration positive dès la petite enfance. Comme le dit Dabrowski, «tout modèle de développement individuel peut couvrir une partie de l'échelle mais aucun ne peut en couvrir toute l'étendue. Ainsi, théoriquement au moins, il devrait en découler que les individus atteignant les plus hauts niveaux de développement ne partent pas du niveau d'intégration primaire. Et en effet, les données biographiques montrent que chez ces individus, les premisses d'une désintégration positive élevée sont déjà présents dans la petite enfance et sont donc des signes de processus désintégrateurs à venir, tels que des précurseurs de dynamismes multiniveaux observables au début dans un groupe relativement restreint de enfants. Parmi ces précurseurs, il y a la capacité précoce d'expérimenter une forte empathie et compassion, la culpabilité et la honte, et les premiers efforts de transformation de soi.

Prenons l'exemple d'Anna, une fillette de 10 ans artistiquement et intellectuellement douée avec des types mixtes de surexcitabilités, avec une dominance des surexcitabilités émotive, imaginative et intellectuelle. À 10 ans, Anna a décidé d'apprendre le yoga afin de surmonter sa nervosité et devenir une personne plus paisible et détendue, quelqu'un avec qui les autres se sentent en paix. Venant d'un milieu très modeste de la classe ouvrière, elle ne pensait pas que son projet serait soutenu par sa famille, alors elle y travaillait en secret, en utilisant des livres venant de la bibliothèque de son école. Dans ses actions, nous voyons clairement des dynamismes de conscience de soi, de sujet-objet, d'éducation de soi et d'autopsychothérapie, des éléments de personnalité idéaux et des éléments distincts de troisième facteur - tous les dynamismes de la désintégration multiniveaux organisée.

Un autre exemple de la présence de dynamismes multiniveaux (ou de leurs précurseurs) chez les enfants est une déclaration d'un garçon de 9 ans, qui a dit à sa mère qu'il aimerait avoir l'occasion de se regarder à travers les yeux des autres : "Je suis sûr qu'il y a des choses que je ne réalise pas sur moi-même, mais elles doivent être évidentes pour les autres, je pense qu'il serait intéressant de voir comment ils me voient - et cela m'aiderait à mieux me comprendre."

Les cliniciens travaillant avec une population surdouée observent souvent des signes de développement moral et émotionnel avancé chez les enfants surdoués. Cependant, il ne faut pas les généraliser sur l'ensemble de la population douée, car de telles généralisations sont injustifiées et peuvent être trompeuses.

Traduit du livre "Personality shaping through positive disintegration" de Kazimierz Dabrowski (1967)