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21 mai 2018

La souffrance mène à la croissance

Les Surhommes (selon la notion de Nietzsche) voient dans leur souffrance et leur destruction une nouvelle vie : la graine doit mourir pour que la plante puisse pousser. La capacité de vivre et de surpasser la souffrance et la solitude sont les caractéristiques du Surhomme. Nietzsche dit : "La souffrance et l'insatisfaction de nos instincts de base sont des particularités positives car ces impressions créent une agitation émotionnelle de la vie, et se manifestent comme un stimulus de vie... La discipline de la souffrance, ne savez-vous pas que c'est uniquement cette souffrance qui a crée toutes les améliorations de l'homme jusqu'à maintenant ?... Cette tension de l'âme dans la tristesse/le malheur cultive sa propre force, son inventivité et son courage à endurer, à persévérer, à interpréter, et à exploiter la souffrance..." Nietzsche devient même mystique parfois, tout en étant pertinent en disant que "le chemin vers notre propre paradis mène toujours à travers la volupté de notre propre enfer."

Kazimierz Dąbrowski s'est inspiré de Nietzsche en proposant sa théorie de la désintégration positive. C'est en vivant pleinement et en confrontant les difficultés que nous rencontrons dans la vie que nous arrivons à les dépasser. Nous apprenons à les vivre mieux en les relativisant par exemple, par la résilience, ou encore en changeant notre parcours de vie. Il faut rester conscient de notre état pour pouvoir agir sur notre destinée de la meilleure des façons. 

11 mai 2018

Herméneutique

L'herméneutique (du grec hermeneutikè, art d'interpréter, hermeneuein signifie d'abord « parler », « s'exprimer » et du nom du dieu grec Hermès, messager des dieux et interprète de leurs ordres) est la théorie de la lecture, de l'explication et de l'interprétation des textes.

L'herméneutique ancienne est formée de deux approches complètement différentes : la logique d'origine aristotélicienne d'une part, l'interprétation des textes religieux (orphisme ou exégèse biblique par exemple) et l'hermétisme d'autre part.

L'herméneutique moderne se décline en sous-disciplines :
« littéraire » (interprétation des textes littéraires et poétiques),
« juridique » (interprétation des sources de la loi),
« théologique » (interprétation des textes sacrés ; on parle aussi d'exégèse),
« historique » (interprétation des témoignages et des discours sur l'histoire) et
« philosophique » (analyse des fondements de l'interprétation en général, et interprétation des textes proprement philosophiques).

C'est l'approche philosophique de Kazimierz Dąbrowski dans sa théorie de la désintégration positive.
C'est une phénomène herméneutique.

Phénomène, car chaque individu a une expérience et perception unique de la vie et du monde. Nous devons être conscient, familier et à l'aise à propos de nos expériences de vie.

Herméneutique, car les individus doivent discuter entre eux (selon la dialectique de Socrates) pour arriver à une interprétation mutuelle du sujet de la discussion.

Dans le phénomène herméneutique, nous partageons nos expériences individuelles de vie avec les autres via le dialogue. Nous arrivons finalement à un conscensus et à une compréhension mutuelle de la réalité. Ce travail est réalisé avec un psychothérapeute, un coach ou des pairs surdoués.

5 mai 2018

L'éducation scolaire

Kazimierz Dąbrowski critiquait l'éducation scolaire traditionnelle car, pour lui, ...
-Elle crée des robots intelligents;
-Elle entraîne, mais n'éduque pas, créant une société de conformistes et de gens qui réussissent socialement en suivant les moeurs du groupe, et non des individus avec leur esprit et leur propre personnalité;
-Elle est utilisée pour promouvoir des valeurs et des buts politiques et sociaux, comme le consumérisme et la richesse materielle;
-Elle est paradoxalement le principal obstacle à l'intelligence et à la liberté de la pensée.

Pour Dabrowski, le but de l'éducation scolaire est de créer des individus uniques, capable d'une pensée autonome et de s'auto-analyser. Elle enseigne aux gens à évaluer les problèmes et à développer une autonomie. Elle aide les individus à créer des valeurs autonomes et une personnalité unique. L'éducation scolaire établit une nouvelle hiérarchie où l'émotion dirige la connaissance, et l'intelligence sert les valeurs les plus élevées.

L'éducation scolaire doit faire tout son possible pour nourrir l'intégralité de la personnalité, en équilibrant les aspects cognitif et émotionnel de la personne. La vie émotionnelle d'un individu peut avoir une impact dramatique sur son apprentissage et ses performances. Une éducation traditionnelle est simplement un stratagème pour modeler les gens à être exactement les mêmes.

Le développement de la personnalité chez les surdoués passe normalement par le processus de la désintegration positive. L'enfant extrèmement sensible, en contact tous les jours avec des conflits comme l'injustice ou la mort, et l'enfant qui ressent profondemment des sentiments d'infériorité peut développer, au lieu de dons intellectuels, de l'anxiété et des psychonévroses : avoir peur du noir, la solitude et de l'agressivité envers les autres.

15 avril 2018

La nécessité de la désintégration dans le processus de développement (2)

Dans l'approche de Dabrowski, le cheminement vers le Sur-homme requiert des changements d'ordre qualitatifs dans la façon de concevoir la vie ; l' « ici et maintenant » prend une nouvelle perspective et la vie n'est plus vécue dans l'attente d'un avenir meilleur. Au contraire, chaque seconde d'existence est perçue et valorisée intrinsèquement dans sa contribution à l'existence entière. En éliminant Dieu, Nietzche rend à l'être humain toute sa responsabilité de devenir juge de lui-même, de transcender et dépasser constamment son « vieux moi » et d'en créer un nouveau. Mais, comme Dabrowski plus tard, Nietzche souligne bien le chaos et la difficulté suscité par la création de soi et nous invite à dépasser les « 7 diables » sur le chemin de notre développement. Cette volonté de récupération de pouvoir sur soi-même s'illustre à deux stades dans le développement : la moralité sociale (ou 2ème facteur de Dabrowski) est utilisée pour prendre le contrôle sur la nature, l' « animal sauvage en nous» (ou 1er facteur); puis c'est la croissance de soi et le renforcement propre (3ème facteur) qui permet de se développer librement hors des contraintes biologiques et sociales dans un dépassement de l'individu pour atteindre son idéal de personnalité ou niveau le plus élevé de lui-même, ou, comme le dit Nietzche : « devenir la personne qu'il est ». Cet idéal est endogène (il est en nous) et non exogène : pas d'individu modéle à suivre car, comme le rappelle Nietzche : « tous les idéaux sont dangereux ». Toutefois, le modèle d'hommes exemplaires peut être inspirant dans l'initialisation d'un développement avancé mais le soi reste individualisé et personnel.

D'ailleurs, Dabrowski réserve ce mot de « personnalité » uniquement à ceux qui ont atteint ce niveau de développement tout comme Nietzche qui le fait correspondre au développement du Sur-homme, rappelant que peu d'humains l'atteignent. Nietzche, quant à lui, était inflexible sur le « but de l'humanité » qui s'illustrent dans les plus grands exemples de ces hommes qui se gouvernent et se créent eux- mêmes en opposition aux individus-esclaves qui font partie de la meute. Comme Dabrowski et Jackson, Nietzche fait état de ce potentiel individuel constitué de la complexité des émotions, de processus cognitifs riches et de volonté. Pour lui, comme pour Jackson et Dabrowski, plus le potentiel est riche plus l'individu est complexe. Il écrivait déjà : « les types les plus élevés montrent une complexité incomparable... ainsi la désintégration qui en résulte l'est aussi » et « les formes de vie du type le plus bas et des membres de la meute sont plus simples et sont même virtuellement indestructibles ». Pour lui, le besoin de désintégration est clair: « vous devez être prêt à bruler dans vos propres flammes car, comment pouvez-vous devenir neuf si vous n'avez pas été préalablement réduit en cendres ? ».

C'est un état d'extrême vulnérabilité et d'hypersensibilité (les surexcitabilités de Dabrowski) qui caractérise cette transition : « J'aime celui dont l'âme est suffisamment profonde dans sa capacité à être blessé et que la plus petite chose peut détruire ; malgré tout, il est heureux de traverser le pont ». La graine doit mourir pour permettre à la plante de grandir. Nietzsche décrit une désintégration développementale générale et stratifiée, la souffrance conduisant à une séparation verticale qui permet au « héros » de se distinguer de la meute. Cette ascension conduit certes à la « noblesse » et, ultimement à la personnalité authentique de l'être humain, à l'atteinte de son moi idéal ; cependant elle rend l'humain solitaire, loin de la sécurité apportée par la masse et, pour ce philosophe, sans la compagnie de Dieu et son réconfort: « l'être philosophe est solitaire, non parce qu'il le souhaite mais parce qu'il trouve dans cette solitude quelque chose qui n'a pas d'équivalent; tous ces dangers et ces souffrances qui lui ont été réservés ». Le dépassement de cette solitude et de cette souffrance sont les traits-clés du Sur-homme : « La souffrance et l'insatisfaction de nos besoins basiques sont une caractéristique positive car ces sensations créent une « agitation du sentiment de vie » et agissent comme un catalyseur de la vie ». Le malheur, la tension et la souffrance doivent être endurés avec persévération, interprété et méme exploité par l'âme pour cultiver force, inventivité et courage.

En écho, Dabrowski écrit : « Nous ne sommes humains que parce que nous expérimentons la disharmonie inhérente au processus de désintégration » et « Tout processus créatif authentique consiste à perdre, diviser, écraser la réalité précédente. Tout conflit mental est associé à la rupture et la douleur ; tout pas vers l'existence authentique se combine avec chocs, chaos, souffrance, peine et détresse ». Les manifestations physiques ont également une place majeure dans ce processus. Nietzsche en témoigne lorsqu'atteint de maladies longues et sérieuses tout au long de sa vie, il écrit : « Je suis reconnaissant reconnaissant aux maladies car elles nous débarrassent de certaines règles et de leurs préjudices ». Comme Dabrowski le considère pour la maladie mentale, pour Nietzsche, la santé physique n'est pas une absence de maladie mais devient riche dans la façon dont l'individu y fait face, en fait sens pour transformer la maladie en autonomie.

Ces approches diverses et convergentes rendent compte du processus complexe accompagné de phénomènes variés liés à ce que Dabrowski nomma la désintégration positive. Ils insistent tous sur le combat à mener dans l'affrontement au statu quo et l'anxiété, voire la peur même, qui en résultent. Chez Nietzsche comme chez Dabrowski, la création d'une échelle de valeurs personnelle à chacun ainsi qu'un idéal de soi sont nécessaires à cette évolution en devenant les guides de la croissance ; la désintégration devient l'élément central du développement humain. Même si les idées de Dabrowski peuvent paraitre - encore de nos jours - radicales aux yeux de la psychologie contemporaine, elles s'avèrent beaucoup plus utiles et moins radicales rapportées à la compréhension du développement psychologique, particulièrement dans le champ de la surdouance et de l'éducation des « intellectuellement précoces » comme le prouvent les travaux américains et canadiens récents. La TDP devient un nouveau paradigme pour la philosophie, la psychiatrie, la psychologie et l'éducation pour mieux comprendre le développement et la personnalité humaine.

La nécessité de la désintégration dans le processus de développement (1)

L'approche de John Hughlings Jackson (1884) sur la maladie mentale a été primordiale dans sa compréhension en établissant que les niveaux plus élevés de développement, par leur complexité, permettent une moindre organisation et seraient donc moins stables, plus fragiles et plus sensibles à la dépression, l'anxiété et un questionnement/remise en question continus. Pour Jackson, c'est la maladie mentale qui dissout ces niveaux les plus élevés pour laisser place à des niveaux inférieurs, plus simples et automatisés.

Dabrowski s'oppose à cette dernière idée en soutenant que les décompensations et dépressions des niveaux élevés (les dissolutions de Jackson) ont un rôle prépondérant dans l'évolution de l'individu : pour faire face à cela, l'individu doit faire preuve de capacités développementales nécessaires à la transformation et réorganisation de la composition psychique interne. Dabrowski pensait que l'individu doit se libérer de la pression de ses pairs et dépasser l'inertie créée par la socialisation : le développement psychologique nécessite, selon lui, une dissolution des intégrations antérieures et anciennes. Un véritable développement avancé ne peut se construire sur des fondations faites d'instincts biologiques ou de socialisation. Le développement avancé s'élabore à partir d'une inhibition consciente et délibérée des plus bas instincts ainsi que des pulsions d'autosatisfaction et des réactions sociales stéréotypées et automatiques. Il consiste en une expansion délibérée et consciente de caractéristiques autonomes qui s'expriment, par exemple, par l'émergence d'une hiérarchie de valeurs et la définition d'un idéal de personnalité.

Pour Dabrowski, l'intégration secondaire s'accompagne nécessairement de longues périodes de désintégration, de conflits, de crises et de souffrance et, chez les individus particuliérement créatifs, de disharmonie, de nervosité voire de certaines formes de névroses que Dabrowski nomme psychonévroses. Cette réorganisation ne serait pas d'abord cognitive ou intellectuelle mais belle et bien émotionnelle. La dénomination de « désintégration positive », qui peut paraitre au premier abord dissonante, présente l'avantage d'insister sur la direction positive du développement. Elle permet aussi de faire la distinction avec les désintégrations négatives de Jackson et de se démarquer des conceptualisations habituelles de la maladie mentales, ce qui en fait son originalité et son intérêt.

La Théorie de la Désintégration Positive (TDP) définit trois phases de désintégration : une désintégration dite « primaire » et deux désintégrations dites « stratifiées », la 1ère dite spontanée et la 2ème dite organisée. La désintégration est nommée primaire car il existe peu de conscience ou de conscience de soi dans les décisions qui y sont prises ; les conflits y sont dits « horizontaux » c'est-à-dire mettant en scène des conflits entre des pulsions, des caractéristiques et états émotionnels de même niveau. Ces conflits ne produisent pas de développement car ils ne permettent aucune « sortie par le haut » et souvent qu'une faible transformation; ils n'aboutissent souvent qu'à une réintégration au niveau initial et, si ce n'est pas le cas, peuvent déboucher sur des crises sans issue conduisant à des passages à l'acte suicidaires ou à la psychose.

Pour Dabrowski, le véritable développement passe par une forme de conflit qu'il nomme « vertical » entre les fonctions les plus basses et les plus élevées: c'est, selon lui, la « marque de fabrique » du développement. De façon ultime et de façon idéale, le développement culmine dans la mise en place d'une intégration qu'il nomme secondaire, basée sur l'auto-détermination. Dans « Ainsi parlait Zarathoustra », Nietzche emprunte la métaphore du funambule pour nous dire que nous sommes le fil de celui-ci, le pont qui relie la condition animale à celle du Sur-homme. Pour aller plus loin, nous devons emprunter cette corde, au risque de tomber dans le vide en dessous, pour tenter d'échapper à la condition animale. La foule rassemblée autour du funambule n'écoute pas Zarathoustra mais il nous alerte: «Toi, Sur-homme, apprends ceci de moi: personne ici ne croit en ce Sur-homme. Alors si tu veux t'adresser à eux, vas-y ! Mais la foule ferme les yeux et dit : « Nous sommes tous égaux ». Nietzche nous montre que les individus de cette foule ont accepté leur condition ainsi que leurs définitions collectives transmis par leur milieu culturel et social ; pour la foule, il n'existe pas de Sur-homme; tous sont égaux devant Dieu. C'est pourquoi Nietzche a déclaré que Dieu est mort, permettant ainsi la résurrection et la libération du Sur-homme, en lui permettant d'exercer son autonomie et de laisser s'exprimer son désir d'expression de ses potentiels les plus élevés: « Dieu est mort; maintenant nous pouvons faire preuve de désir - et le Sur-homme ainsi d'émerger ». Malheureusement la foule autour de Zarathoustra réagit comme les prisonniers de la caverne de Platon avec le prisonnier « illuminé ». Il est considéré comme aliéné: « Je veux enseigner aux gens le sens de leur existence qui est ce Sur-homme, l'éclair jaillissant de cet homme des ténébres. Mais je suis toujours loin d'eux et ce que je veux leur dire n'atteint pas leur esprit ».

Les prisonniers de Platon comme la foule entourant Zarathoustra acceptent sans sens critique les idéaux de bien et de mal provenant des conventions culturelles et religieuses. Nietzche nous demande de résister à cette soumission à la morale de l'esclave et de réfléchir par nous-mêmes. Au travers de Zarathoustra, il nous dit que le Sur-homme doit dépasser son soi acculturé pour exercer son pouvoir dans une créativité spontanée et construire ainsi un véritable soi autonome. Les Sur-hommes dépassent ainsi le bien et le mal dans une réflexion profonde sur leurs instincts de base; ils continuent en permanence à développer leurs propres valeurs de vie que l'on peut rapprocher de la hiérarchie de valeurs de Dabrowski. Il répond alors ceux qui lui demandent le chemin ... qu'il n'y a pas de chemin. 

12 avril 2018

La Théorie de la Désintégration Positive de Dabrowski

Influences des courants philosophiques, psychologiques, et spirituels dans la construction de la TDP

La Théorie de la Désintégration Positive de Dabrowski offre une vision plus réaliste et particulièrement dynamique du développement de l'être humain tout au long de la vie. Si la dotation de l'héritage génétique est primordiale, beaucoup peut s'acquérir à condition de détenir un potentiel de développement suffisant et des conditions environnementales favorables au développement des capacités se manifestant dans les Surexcitabilités (SE), tout en se détachant des normes extérieures sociales. La vie de Dabrowski est une bonne illustration d'un tel développement. Fortement éprouvé par le décès de sa sœur de 3 ans quand lui-même en avait 6 puis, plus tard, par le suicide de son meilleur ami, par la rencontre brutale avec la guerre et tout ce qu'elle peut avoir d'effrayant pour un esprit sensible, la vie amena très tôt Dabrowski à rechercher du sens dans ce qu'il vivait ou mettait en place. Ce sens, il le rechercha å la fois dans le champ philosophique et psychologique mais aussi vraisemblablement dans le champ spirituel sans que, pour autant, la littérature à ce sujet ne soit très détaillée : il méditait chaque jour et ce, bien avant l'avènement de la Mindfulness !

Influences et convergences philosophiques
La TDP est construite sur 4 idées philosophiques centrales :

+ Le développement stratifié.
+ L' « existo-essentialisme ».
+ L'incompatibilité de la socialisation avec le développement de l'individu.
+ La nécessité de la désintégration dans le processus de développement.

Ces idées se retrouvent chez des philosophes tel Platon, Kierkegaard ou Nietzche ou chez un Neuro-physicien comme John Hughlings Jackson qui ont influencé et conforté Dabrowski dans sa vision unique du développement humain et de sa personnalité. 

31 mars 2018

Trois types de développement (2)

Les idées de Dabrowski sur les trois types de développement et leur relation avec les différentes constellations du potentiel de développement fournissent un cadre utile pour comprendre et évaluer la relation complexe entre la douance et la croissance morale et émotionnelle avancée. Il convient de mentionner que Dabrowski a associé les premières manifestations de désintégration positive chez les enfants surdoués à leur développement asynchrone en 1964, avant que le terme ne soit introduit dans le domaine de l'éducation douée.

Les forces qui guident notre développement, qui sont des instincts de niveau supérieur, représentent une fonction du potentiel de développement d'un individu, étroitement liées aux concepts de potentiel de développement et à trois types de développement. Alors que l'instinct de développement est présent chez la majorité des gens dans des formes plus ou moins rudimentaires, l'instinct de créativité se construit sur la base de talents et d'intérêts particuliers, et de certains types de surexcitabilité, imaginatifs, sensuels et émotionnels en particulier.

L'instinct créatif peut être déjà trouvé au niveau de la désintégration mono-niveau (horizontale), bien qu'il gagne de la force et de l'importance au niveau III. L'instinct créatif en lui-même, lorsqu'il n'est pas soutenu par l'instinct de perfection de soi, joue un rôle limité dans la croissance de la personnalité et aboutit souvent à un développement unilatéral ou à une désintégration chronique puisqu'il n'éveille pas les forces de la transformation intérieure. L'instinct de perfection personnelle est la forme la plus élevée de l'instinct de développement, au niveau de la désintégration multiniveaux (verticale) organisée sur la base de dynamismes autonomes tels que troisième facteur, sujet-objet, auto-éducation, conscience de soi, authenticité et idéal de personnalité. Combiné avec l'instinct de créativité, il s'applique généralement à tout le caractère d'une personne, et pousse à grandir vers un idéal de personnalité incarnant les valeurs humaines les plus élevées. Bien que ces instincts, caractéristiques des niveaux supérieurs de développement psychologique, ne soient pas universels, Dabrowski soulignait qu'ils présentaient «une force égale en force ou même plus forte que celle des instincts primitifs» tels que l'instinct sexuel ou l'instinct de conservation.

Les concepts d'instinct de développement, de créativité et de perfection personnelle sont particulièrement utiles pour décrire les trajectoires développementales d'individus éminents, aux talents multiples, qui progressent vers les plus hauts niveaux de développement de la personnalité par une désintégration positive (Adam Chmielowski, Etty Hillesum, Dag Hammarskjold, Albert Schweitzer, par exemples). Analyser leurs biographies et leurs déclarations écrites nous laisse une appréciation sur l'intensité de leurs luttes intérieures découlant d'influences souvent conflictuelles des instincts de créativité et de perfection de soi - et cela confirme davantage la validité des idées de Dabrowski sur le développement d'individus exceptionnels.

Traduit du livre "Personality shaping through positive disintegration" de Kazimierz Dabrowski (1967)

Trois types de développement (1)

Kazimierz Dabrowski a distingué trois types de développement, basés sur les différences dans la force du potentiel de développement de chaque individu.

Ainsi, le développement «normal» s'applique à la norme statistique, à une personne dite moyenne, dont le potentiel de développement est faible. Le développement normal est limité à l'accomplissement des impératifs biologiques et sociaux. Les fonctions intellectuelles sont typiquement au mieux moyennes, tandis que les fonctions émotionnelles restent sous-développées. Il n'y a pas ou très peu de tentatives d'auto-transformation consciente. Ce type de développement horizontal (unilevel) est caractéristique de la majorité des individus aux niveaux de l'intégration primaire et de la désintégration horizontale.

Le deuxième type, le développement unilatéral, est conduit par une compétence, un talent ou un ensemble de compétences particulières; ou par une surexcitabilité particulièrement forte dans le contexte d'une désintégration positive limitée. Comme l'écrit Dabrowski, «seuls certains potentiels émotionnels et intellectuels se développent très bien alors que les autres restent non développés, en fait, ils semblent déficients.» Le développement unilatéral est le cas où la présence de la douance n'aide pas à la croissance de la personnalité, entendue au sens dabrowskien du terme comme une auto-transformation basée sur une désintégration positive à plusieurs niveaux (vertical). En fait, la douance elle-même, qui se manifeste ici dans un potentiel de développement limité, bien qu'elle ne soit pas nécessairement un frein au developpement, n'est pas non plus un atout, car elle limite le développement à un niveau unique. Le développement unilatéral se rencontre souvent dans les cas de surdoués dont les talents exceptionnels mais isolés détournent le développement, au détriment d'autres domaines du fonctionnement psychologique, et surtout de ses aspects émotionnels et moraux supérieurs. Dabrowski a fréquemment observé que lorsque des individus hautement développés, mais au developpement unilatéral, parviennent à atteindre des positions de pouvoir (comme ils le font souvent, car ils sont libérés des scrupules et des inhibitions), ils «causent souvent des effets graves, parfois désastreux pour les groupes sociaux et sociétés ».

Les deux types de développement ci-dessus - normal et unilatéral - sont relativement limités et rigides et représentent le schéma de maturité socio-biologique type de l'espèce humaine, caractérisé par une intégration psychobiologique progressive, un ajustement aux conditions extérieures et une conformité souvent irréfléchie aux mœurs sociales. Les symptômes de désintégration, s'ils apparaissent ici, sont temporaires et liés aux étapes transitoires du développement psychobiologique humain.

Le troisième et le plus rare type de développement - global (universel) et accéléré - est alimenté par une forte désintégration positive. Ici «toutes les fonctions cognitives et émotionnelles essentielles se développent avec une intensité relativement égale et avec une progression relativement égale»; tous les types de surexcitabilité sont présents; mais plus important encore, il y a une gestion consciente de son propre développement. Un tel développement se caractérise par une opposition consciente aux influences du premier et du second facteur, et passe par des crises et des conflits intenses que cette opposition crée. Ce type de développement transcende le schéma général de maturité de l'espèce humaine et montre une inadaptation qui découle d'un degré relativement élevé d'indépendance vis-à-vis des contraintes biologiques (1er facteur) et sociales (2d facteur).

Le développement accéléré à plusieurs niveaux (vertical) est caractéristique de nombreux individus surdoués dotés de surexcitabilités - notamment les psychonévrotiques, qui représentent le niveau III (et IV) dans la hiérarchie des niveaux de développement de la théorie de la désintégration positive. Le terme «accéléré» ici ne dénote pas la vitesse des changements développementaux, mais plutôt la largeur et la profondeur de la transformation interne associée à la désintégration positive.

Les individus surdoués peuvent se trouver à tous les niveaux de développement - d'un psychopathe avec un degré élevé d'intégration primaire, à toutes les étapes de désintégration horizontale et verticale, jusqu'aux modèles de la personnalité au niveau de l'intégration secondaire (niveau V). Cependant, les personnes ayant un potentiel de développement élevé - un sous-ensemble de la population surdouée - présenteront des signes de désintégration positive dès la petite enfance. Comme le dit Dabrowski, «tout modèle de développement individuel peut couvrir une partie de l'échelle mais aucun ne peut en couvrir toute l'étendue. Ainsi, théoriquement au moins, il devrait en découler que les individus atteignant les plus hauts niveaux de développement ne partent pas du niveau d'intégration primaire. Et en effet, les données biographiques montrent que chez ces individus, les premisses d'une désintégration positive élevée sont déjà présents dans la petite enfance et sont donc des signes de processus désintégrateurs à venir, tels que des précurseurs de dynamismes multiniveaux observables au début dans un groupe relativement restreint de enfants. Parmi ces précurseurs, il y a la capacité précoce d'expérimenter une forte empathie et compassion, la culpabilité et la honte, et les premiers efforts de transformation de soi.

Prenons l'exemple d'Anna, une fillette de 10 ans artistiquement et intellectuellement douée avec des types mixtes de surexcitabilités, avec une dominance des surexcitabilités émotive, imaginative et intellectuelle. À 10 ans, Anna a décidé d'apprendre le yoga afin de surmonter sa nervosité et devenir une personne plus paisible et détendue, quelqu'un avec qui les autres se sentent en paix. Venant d'un milieu très modeste de la classe ouvrière, elle ne pensait pas que son projet serait soutenu par sa famille, alors elle y travaillait en secret, en utilisant des livres venant de la bibliothèque de son école. Dans ses actions, nous voyons clairement des dynamismes de conscience de soi, de sujet-objet, d'éducation de soi et d'autopsychothérapie, des éléments de personnalité idéaux et des éléments distincts de troisième facteur - tous les dynamismes de la désintégration multiniveaux organisée.

Un autre exemple de la présence de dynamismes multiniveaux (ou de leurs précurseurs) chez les enfants est une déclaration d'un garçon de 9 ans, qui a dit à sa mère qu'il aimerait avoir l'occasion de se regarder à travers les yeux des autres : "Je suis sûr qu'il y a des choses que je ne réalise pas sur moi-même, mais elles doivent être évidentes pour les autres, je pense qu'il serait intéressant de voir comment ils me voient - et cela m'aiderait à mieux me comprendre."

Les cliniciens travaillant avec une population surdouée observent souvent des signes de développement moral et émotionnel avancé chez les enfants surdoués. Cependant, il ne faut pas les généraliser sur l'ensemble de la population douée, car de telles généralisations sont injustifiées et peuvent être trompeuses.

Traduit du livre "Personality shaping through positive disintegration" de Kazimierz Dabrowski (1967)

8 mars 2018

Désintégration ? - Dabrowski -

Désintégration est un mot difficile à appréhender, tant il est absolu. La désintégration, c'est littéralement une destruction complète. L'adjectif "positif" qui lui est associé dans l'appelation "Théorie de la désintégration positive" (Kazimierz Dabrowski) est déroutant et apparemment contradictoire.

Pour une meilleure compréhension, le terme "conflit" peut remplacé avantageusement le mot désintégration et donner l'expression "conflits positifs". L'idée est que les conflits créent une dynamique positive qui va amener à une annhilation des schémas mentaux de l'individu pour favoriser/enclencher l'émergence d'une personnalité unique et autonome, reflet parfait et harmonieux de la personne. La désintégration est positive quand elle engendre une personnalité. Elle est dite "négative" quand elle n'aboutit pas à une expression complète de la personne, et l'enferme dans des comportements anciens.

Les conflits/désordres/troubles sont abordés de front, non pas évités, pour amener des solutions/des alternatives personnelles et libérer l'individu de ce qui le freine/l'entrave dans son développement et son épanouissement personnels.

14 janvier 2018

La désintégration positive de Dabrowski (niveau V) - Dabrowski -

La seule similitude avec le niveau I se situe au niveau V de la structure psychique. À ces 2 niveaux, elle est relativement stable. Les personnes au niveau V sont à l'opposé des personnes de niveau I. Leurs valeurs sont avant tout universelles. Elles pensent avant tout aux autres et au monde. Elles ont développé un système de valeurs autonome et authentique, choisit consciemment. Elles n'ont plus vraiment à s'occuper d'elles, car elles vivent au quotidien leur idéal de vie. Elles n'ont plus d'attentes personnelles. Leur vie est dédiée à améliorer les choses, à combattre l'injustice et à rendre le monde meilleur. Elles ne subissent plus de conflits internes (comme au niveau I d'ailleurs).

La désintégration positive de Dabrowski (niveau IV) - Dabrowski -

Le niveau IV, la désintégration à niveaux multiples dirigée. Si vous avez réussi à traverser la tempête du niveau III, alors vos actes commencent à prendre une certaine direction.  Vous avez clairement pris conscience de la valeur des choses, vous avez mis en perspective votre ancienne vie et commencez à voir se dessiner ce que vous voulez être et ce que vous voulez faire. Vous avez très certainement commencer à faire  le ménage dans votre vie (amis, mauvaise habitudes,etc.). Vos valeurs commencent à évoluer, les notions classiques telle que pouvoir, possession, reconnaissance disparaissent progressivement. 

Dabrowski explique que le point de mire du développement est l'idéal de soi. L'atteindre, c'est alors ne plus vivre de conflits internes, vous vivez au quotidien la vie telle que vous la concevez dans le respect de tout et de tous. Votre développement devient à présent plus actif. C'est ce qu'il décrit à travers la notion de 3ème facteur. Vous commencez à faire des choix en accord à cette nouvelle vision du monde que vous développez et la place que doit être la vôtre en fonction. Mais plutôt que d'idéal de soi, je préfère parler d'indépendance. Le processus de désintégration est pour moi, avant tout, l'abolition de toutes formes d’influences, qu’elles soient externes (famille, amis, société, etc.) ou internes (influences biologiques primaires,etc.). À ce stade, on comprend bien que moins on sera influencé et donc dépendant, et plus on sera à même de prendre les meilleures décisions. L'altruisme et l'empathie commencent à l'emporter sur le reste. Si vous vivez en harmonie avec vous-même, il est facile de comprendre que vous n'avez plus besoin de vous occuper de vous et que vous souhaitez dédier votre vie aux autres.

L'autoéducation est un dynamisme très important qui apparait à ce stade. Commençant à avoir une idée de plus en plus claire de la manière dont vous devez vivre votre vie et de ce qui a de l'importance pour vous. Il peut prendre diverses formes, des plus « futiles » aux plus profondes. Si on prend l'exemple de la musique comme passion, avant désintégration vous adoriez les musiques électroniques et la Pop, et seuls ces styles vous faisaient vibrer. Mais après votre développement, vous allez écouter autre chose : la musique classique, le piano, les musiques du monde, le jazz...etc. Vous avez besoin de vous éduquer pour pouvoir évaluer et comprendre.

La perception du monde change aussi. Vivre une désintégration, c'est voir le monde différemment. Avant il se bornait à ce qui avait du sens pour vous et non de manière universelle. Par exemple, ce n'était pas très grave de tuer cette araignée qui vous effrayait pourvu que vous vous sentiez mieux. Mais une fois le sens de vos actes perdu, votre perception 2D étant devenue 3D, vous comprenez que malgré votre phobie, vous n'avez pas le droit de la tuer, de lui prendre sa vie égoïstement. La valeur même des choses est alors perçue totalement décorrélée de vous-même. Autre exemple, avant, vous travailliez pour une marque de fast food. Cet emploi avait du sens pour vous, car il vous permettait de vivre, de partir en vacances, et puis vous adoriez le goût de ces hamburgers.  Mais post désintégration, votre acte prend un tout autre sens ou non-sens, vous vous apercevez que travailler seulement pour gagner de l'argent n'a plus de valeur pour vous, que le fait de contribuer à promouvoir la malbouffe, de favoriser l'élevage intensif et irrespectueux des animaux n'est pas admissible. En résumé, tous vos actes et vos choix deviennent de moins en moins égocentriques et de plus en plus universels, ce qui est bien pour vous doit l'être avant tout pour les autres et pour le monde.

Au niveau IV, deux types de parcours se présentent. Le premier concerne ceux qui vont s'arrêter là, ce qui est déjà exceptionnel. C'est-à-dire qu'ils ont développé une connaissance du monde d'une richesse incroyable, qu'ils ont redéfini leur vie en fonction de leurs valeurs dans le respect des autres et du monde. Mais, ils restent encore attachés à ce qu'ils sont. Parfois malgré eux, par obligation (enfants à charge, crédit à rembourser,etc.). Qui ils sont a encore de l'importance et il y a peu de chances qu'ils atteignent un jour le niveau V. Ce sont des gens formidables, qui oeuvrent pour le bien des autres et dans le respect total de leurs valeurs. En résumé, leur être définit leurs actes.

Le second parcours est celui de ceux qui se dirigent vers le niveau V. Ils ont suivi le même développement que ceux du premier parcours, mais ils sont dans l'abandon de soi total. C'est-à-dire que, qui ils sont n'a plus d'importance. Leurs actes dirigent leur être . Ils sont porteurs d'une mission comme Mère Thérésa a pu l'être et c'est elle qui les guide.

Note : au dires des experts, le nombre de personnes atteignant le niveau IV est faible. Cela concerne très peu de personnes, la plupart d'entre eux disent pouvoir compter sur les doigts d'une main ceux qu'ils avaient rencontrés. Je crois pouvoir dire que j'ai atteint ce stade, mais uniquement parce que les circonstances de ma vie m'ont permis de le faire, sans notamment l'influence toxique de l'entourage qui ne permet pas d'arriver à ce stade. Voir mes billets et livres pour comprendre. Par ailleurs, je communique avec des surdoués de monde entier, et je dois dire que j'en connais qui ont atteint ce stade. Je crois qu'à ce niveau le surdoué n'a plus besoin d'un thérapiste, il est son propre guide et conseiller. S'il est vrai que peu de gens atteignent ce stade dans la société (quelques %), il sont tout de meme plus nombreux qu'on le pense (que les experts pensent) car ils passent en-dessous des radars (en gros, ils ne consultent pas - ou plus-).

La désintégration positive de Dabrowski (niveau III) - Dabrowski -

Le niveau 3, c'est la désintégration à niveaux multiples spontanée.

La différence est ici majeure avec le niveau précédent (niveau II). L'origine de cette désintégration est soit un choc émotionnel très intense (perte d'un proche, maladie, accident,etc.) soit une accumulation de chocs moins intenses. C'est ce que recouvre le terme « spontané ». Il faut alors imaginer que c'est une grande partie voir toute la structure psychique qui se désintègre, c'est à dire que l'ensemble des choses qui vous constituaient est remise en question : emploi, famille, amis, valeurs, rapport au monde, au vivant, à la spiritualité.. Il faut imaginer une onde de choc dans la psyché. Au niveau II, seul la une petite partie était touchée,sans grande influence sur le reste. 

Mais au niveau III, le choc initial se propage et désintègre toute la structure. C'est comme si momentanément, plus rien n'avait de sens. Et quand je dis momentané, je parle plus en termes de mois et d'année que de jour. Ce processus au départ, est passif. On ne choisit pas d'être en désintégration, on le subit. Concernant le terme « niveaux multiples », il faut le comprendre comme un passage de la 2D à la 3D. Par exemple, au niveau II, la source de son mal-être pouvait se situer dans le choix de telle ou telle carrière, cela restait donc à niveau unique, car les choix étaient de même valeur. Au niveau III, ce n'est plus simplement tel ou tel choix de carrière qui est questionné, mais son parcours tout entier, la notion même de carrière, le but de vos actions et leurs conséquences, etc.. La dépression et l'anxiété vous envahissent, dues à ce décalage entre qui vous étiez avant, la direction que vous preniez et cet immense vide qui apparait. Vous ne savez plus qui vous êtes et il va vous falloir du temps pour vous redécouvrir. 

Or ce qu'il ne faut pas oublier c'est qu’à ce moment-là, vous êtes toujours le même au sens social du terme. Vous êtes l'ami, le fils de, l'employé de. Je dis toujours que le plus difficile dans la désintégration positive, ce n'est pas de se créer une nouvelle hiérarchie de valeurs, mais bel et bien de changer cet être social, en somme, changer de vie. Car il est rare de pouvoir tout quitter du jour au lendemain, la vie continue - du moins pour les autres - et vous ne pouvez pas tous arrêter simplement par ce que « ça n'a plus de sens ».  Au fur et à mesure du parcours, les dynamismes décrits par Dabrowski apparaissent. Il les voit comme des agents du changement, ce qui est vrai, mais disons que le changement est encore une fois passif. Parce que vous ressentez de la honte ou de la colère, conséquences du jugement et de la perception que vous avez de votre ancien « vous », vous allez vous transformer. En bref, le niveau III est une période de remise en question de tout ce qui vous constitue et de deuil de votre ancienne vie.

La désintégration positive de Dabrowski (niveau II) - Dabrowski -

Le niveau 2 consite en une désintégration à niveau unique. La majorité des gens en font l'expérience au cours de leur vie. Ceux sont ces périodes où l'on ne se reconnait plus, où l'on a plus foi en ce qu'on fait, où l'on réfléchit au sens de sa vie. Après une période de plus où moins agitée, la personne retrouve généralement sa sérénité et se réintègre. Les choix qui se présentent à elle se trouvent être de même nature, d'importance équivalente, mais sa structure psychique reste relativement inchangée. Cela ne signifie pas qu'elle se rendort ou qu'elle redevient passive face aux évènements et dans sa vie, mais simplement qu'elle retrouve un équilibre. Les hauts potentiels vivent souvent ces périodes, car leur potentiel de développement est relativement élevé.


La désintégration positive de Dabrowski (niveau I) - Dabrowski -

Le niveau I concerne la majorité des personnes. On y retrouve des personnes qui ne remettent pas en cause ce qu'elles sont ni comment elles vivent. 

Au cours du développement "classique", l'enfant puis l'adulte, évolue dans un environnement d'influences. Les influences externes ( famille, entourage, société) nous fixent des limites, tendent à contraindre le développement dans un cadre déterminé de valeurs et d'idées. C'est d'ailleurs nécessaire à la vie en société. L'enfant remettra difficilement en cause ces influences, car il n'a tout simplement pas de points de comparaison ni d'options alternatives possibles. À force d'y être soumis, il va les intégrer. On retrouvera alors dans son système de valeurs celles de la majorité des gens d'une culture donnée et des groupes auxquels il appartient. Ce mode de pensée devient au fur et à mesure automatique. Les influences internes entrent aussi en jeu. Elles sont biologiques et peuvent être vues de deux façons. La première est qu'elles vont participer à l'établissement des valeurs et du comportement. Le fait d'être impulsif, sensible ou soumis à des pulsions instinctives ( agressivité, besoin sexuel) va modeler la personnalité. Le deuxième point de vue est qu'elles vont définir la manière dont l'individu va évoluer dans son environnement d'influences externes. 

Ainsi, les contraintes auxquelles on est soumis pourraient définir un couloir dans lequel on évolue et les influences internes nous dicteraient comment on va réagir dans ce couloir. En bref, les personnes au niveau I vivront d'une manière automatique, intègreront un système de valeurs externes qui centrera l'individu sur lui-même avant tout. Leur comportement est comparable à l'animal en ce sens que leur survie et leur bien-être seront une priorité absolue. Les conséquences de leurs actes pour les autres et le monde n'auront pas vraiment d'importance. Les notions de pouvoir, confort, possession dominent. Dabrowski inclut dans ce niveau les psychopathes. Ce sont des personnes présentant des surexcitabilités intellectuelle, psychomotrice et imaginationelle fortes. Elles sont, certes, moins influençables mais leur comportement ressemblent à celui décrit précédemment. Elles ne vivent que pour elles, et tous les moyens sont bons pour arriver à leur fin. Elles sont donc très dangereuses pour les autres, car capables du pire, au détriment des autres et du monde.

La théorie de la désintégration positive (niveaux IV et V) - Dabrowski -

Au-delà du niveau III, il y a deux niveaux de développement plus élevés. Ces deux niveaux sont rares mais ils ont été atteints par de nombreux membres de notre société et ainsi, ils demeurent parmi les possibles. Le niveau IV est le niveau de la réalisation du moi. L’individu est autonome, responsable et contrôle sa vie. Toutes les caractéristiques identifiées par Abraham Maslow chez les personnes qui se réalisent eux-mêmes, s’appliquent à ce groupe :

    1. Une perception de la réalité claire, plus efficace.
    2. Une acceptation des autres, de soi, et de la nature.
    3. Une spontanéité, une simplicité, et un naturel.
    4. Centré sur des problèmes plutôt que centré sur l’égo.
    5. Une qualité de détachement, un besoin de solitude.
    6. Une autonomie, une indépendance de culture et d'environnement.
    7. Des expériences mystiques et de plénitude.
    8. Un sens profond d’identification, de sympathie et d'affection pour l’humanité.
    9. Des relations interpersonnelles plus profondes et plus intenses.
    10. Une structure de caractère démocratique.
    11. Un discernement entre les moyens et les fins, entre le bien et le mal.
    12. Un sens de l’humour philosophique, pas hostile.
    13. De la créativité.
    14. Une résistance à l’inculturation, une transcendance de toute culture particulière.

Les individus sont capables de réaliser ces valeurs supérieures dont ils ont pris conscience au niveau III. Ils peuvent s’engager dans le service, mais pas aux frais de leur moi. Leur développement dépend de leur compassion pour les autres. L’intérêt pour soi et celui pour les autres ne sont plus polarisés, ils sont synchronisés. Comme dit Maslow, ils sont « synergétiques ».

La honte et la culpabilité du niveau III sont remplacées par une plus grande acceptation de soi, et les « efforts » vers une évolution de niveau supérieur sont remplacés par le savoir que le développement est en train de se produire. Conflits intérieurs, peur de l’échec et résistance, tous diminuent, et cette sécurité intérieure est acquise. Ceux du niveau IV n’ont pas à forcer le changement intérieur ; ils sont capables d’utiliser leurs compétences d’orientation afin de permettre à l’évolution de se produire naturellement. Souvent, ceux du niveau IV sont plus préoccupés par la transformation sociale et le travail dans le monde – une perspective à laquelle ils ajustent leur travail intérieur en cours et leur autonomie qui s’approfondit toujours plus.

Cette sérénité s’infiltre dans la perception des autres aussi. Les personnes du niveau IV apprécient réellement les autres, aimant leurs limites tout autant que leurs forces. Ils ont une grande compassion pour la douleur des autres qui les motive à dévouer leur vie au service comme résultat naturel de leur préoccupation. Un détachement compatissant leur permet d’affronter une grande part de souffrance et d’aider les autres sans être perdu dans cette souffrance. Ceci est une condition fort souhaitable chez les thérapeutes.

Au-delà de la réalisation du moi, il y a même un niveau d’existence plus avancé, un niveau qui n’a été atteint que par quelques élus. Dabrowski l’a appelé « intégration secondaire » et c’est la réalisation de l’idéal de personnalité. Pour la plupart d’entre nous, ceci demeure une vision de la perfection plutôt qu’une potentialité dans cette vie. Au niveau V, on transcende l’égo et atteint une unité harmonieuse avec l’univers. Il n’y a pas d’écart entre « ce qui est » et « ce qui devrait être » ; l’individu est une manifestation vivante de « ce qui devrait être ». Parmi les individus ayant atteint le niveau V, on compte Dag Hammarskjold, Peace Pilgrim et Mère Thérésa de Calcutta. Une partie des icônes de la société actuelle, comme Bill Gates.

Bien que la réalisation complète du niveau V ne se produit que rarement, le fait que la théorie de Dabrowski l’inclue comme possibilité de développement, est significatif. Cette théorie donne une crédibilité psychologique au plus élevé de l’expérience humaine. Reconnaître un idéal, c’est le premier pas vers sa réalisation. Comme nous comprenons plus de choses au sujet des facteurs psychologiques impliqués dans un développement avancé, nous pouvons être capables de nourrir ce développement et devenir une race d’êtres de compassion.

Il est important que le thérapeute reconnaisse la différence entre un jeu de « devrait » imposé par la société et une vision intérieure d’un idéal de personnalité en évaluant le niveau de développement d’un patient. Les « devrait » sont un phénomène de niveau II ; les idéaux choisis en autonomie sont des phénomènes de niveau III. Ils sont très différents.

Un autre facteur important de cette théorie est qu’elle voit le développement sous un angle très large, d’un point de vue de ce qui est possible pour la totalité de l’humanité, et non seulement pour un individu donné. Ceci signifie que l’évolution d’une personne du niveau I jusqu’au niveau V est impossible. Une personne peut rester dans un seul niveau une vie entière, évoluant à l’intérieur de ce niveau, mais sans subir la transformation agonisante vers un niveau supérieur. Bien souvent, une personne va fonctionner simultanément à deux niveaux et à trois niveaux au plus, mais la structure d’un niveau sera toujours dominante.

En arrière-plan de cette théorie, on peut voir la valeur positive de traits supposés névrotiques qui peuvent faire surface pendant la crise du milieu de vie. Le dessous sombre de la crise, ces sentiments souvent surprenants de « faux », de culpabilité sans raison, de dépression accablante et de désespoir insensé prennent une nouvelle signification. Ils peuvent être le signe d’une évolution, évolution qui éloigne de l’adaptation aux normes sociétales vers les débuts de valeurs intériorisées, enracinées dans le moi, et de pas timides vers l’autonomie.

Quel est alors le rôle du thérapeute, dans cette situation ? Avant tout, voir le conflit et l’anxiété comme signes positifs d’évolution et de santé a un effet améliorant en soi. La vision à long terme devient prometteuse, quand bien même le processus immédiat reste douloureux. Le thérapeute peut soutenir les patients pendant le processus de transformation, aider à recadrer les éléments de la situation dans une lumière positive. L’idée centrale de la théorie de Dabrowski de l’évolution émotionnelle peut suggérer de valider ces sentiments sincères, permettre le processus de transformation mais en notant des indicateurs d’évolution nouvelle dans des domaines telles que s’approprier ses expériences, examiner ses valeurs, affirmer ses droits et convictions. La sensibilité et le caractère réfléchi émergeants sont à célébrer. Savoir que le supplice est une part nécessaire de l’évolution vers une intégration plus élevée, peut aider et le patient et le thérapeute à gérer avec plus de sagesse et à continuer – chacun d’eux – cette longue route vers la réalisation du moi authentique.

La théorie de la désintégration positive (niveau III) - Dabrowski -

L’élément critique de la structure de personnalité du niveau III est la conscience d’un idéal à l’intérieur d’eux-mêmes vers lequel ils doivent s’efforcer d’aller. Ils ont un sentiment de « ce qui devrait être » qui est auto-défini et ils sont mécontents de « ce qui est ». A partir de cet éveil, découle le début d’une guidance intérieure, un sens d’autonomie personnelle et une hiérarchie intérieure de valeurs. Envisager ce moi idéal a un effet transformant. Il n’y a plus de contentement avec soi-même, avec ses amis, avec ses valeurs ou avec sa vie. Il y a le savoir que la vie réserve quelque chose de plus, et ceci alimente le processus de développement intérieur.

Beaucoup de ceux qui font la transition vers une forme plus élevée de l’existence, ne choisissent pas cette voie consciemment. Ils sont plutôt « jetés dans leurs destins » par des circonstances qui semblent échapper à leur contrôle. Ce processus désintégrant leur arrive spontanément, plutôt à travers des événements extérieurs, comme la perte d’un être aimé, un divorce, une perte d’emploi ou d’avoir frôlé la mort – qui nécessitent tous une réévaluation de soi – ou par un processus de développement interne, inconscient, qui ne semble pas avoir de cause externe. Subitement ou graduellement, tout ce que la personne est, tout ce qui donnait un sens à sa vie, semble insignifiant. Il y a une vague conscience que quelque chose manque mais il est difficile de découvrir la nature de cette chose.

Que ce choix soit conscient ou inconscient, ce sont les individus de ce niveau qui ont le plus besoin d’une thérapie, et qui sont le plus prêts pour cela. Ils sont insatisfaits de ce qui est et prêts pour le pas suivant de leur développement. Ils sont très différents des patients qui souhaitent seulement être rafistolés afin de pouvoir d’adapter plus efficacement à leurs mondes, ou de ceux qui voudraient se plaindre à quel point le monde est terrible mais qui ne semblent avoir que peu de motivation à changer eux-mêmes. Ceci est un vrai tournant dans leur vie, et le combat dans lequel ils sont engagés est extrêmement douloureux. Ils doivent lâcher leur besoin d’approbation, lâcher leurs insécurités et apprendre à croire en eux-mêmes, faire confiance à leur propre jugement, risquer d’être différent et même risquer de blesser tous ceux qui dépendent d’eux afin de rester la personne qu’ils sont. Certains arrivent à faire cette transition entière vers l’autonomie, d’autres en sont incapables. Il faut un courage énorme pour commencer ce voyage vers le moi.

Certains patients ont fait référence à cette période de leur vie comme « le puits ». D’autres l’appellent « le désert ». Il y a le désir pressant de devenir autre chose que ce que l’on est, mais tout ce que l’on peut voir est noirceur, néant. Il peut y avoir une peur de devenir psychotique. Bien que Dabrowski affirmait, «  Des expériences psychonévrotiques, en combinaison avec une transformation intérieure consciente…créent des dynamismes immunologiques de fond autant contre la dissolution psychotique que contre la régression négative », des personnes au niveau III se sentent comme s’ils étaient en train de se dissoudre. Dépression, désespoir, découragement accompagnent ce voyage solitaire. Parfois, il semble que personne ne peut aider. Les individus laissent derrière eux tout ce en quoi ils croyaient avant pour chercher un avenir incertain. D’énormes émotions montent à la surface et sont affrontées : sentiments de culpabilité et de honte de ce que l’on n’est pas, étonnement de soi-même, colère face à l’injustice du monde et la souffrance et le manque de valeurs chez les autres, des sentiments d’infériorité envers ses propres idéaux. Toutes ces réactions émotionnelles servent au développement futur ; ce sont les outils intérieurs pour l’évolution. Un conflit intérieur fait rage entre la structure la moins développée, en recherche d’approbation, et la structure plus évoluée, autonome.

Dans des situations traditionnelles de thérapie, la personne se verra souvent conseillée d’éradiquer ces symptômes « névrotiques ». La désintégration n’a pas été estimée comme un grand pas dans le développement. Dans l’approche développementale de Dabrowski, l’individu est applaudi pour ces mêmes symptômes et encouragé à poursuivre ce voyage. Le thérapeute sert à supporter la présence de conflits intérieurs, plutôt que de tenter de guérir les symptômes ou de résoudre les problèmes. Il est toutefois important que le thérapeute soit capable de distinguer entre deux types de désintégration possibles : positif et négatif. S’il n’y a pas d’hiérarchie naissante de valeurs, pas d’aspiration vers ce qui est vu comme « plus haut », pas d’émotionalité profonde et d’intensité, il peut y avoir, en effet, un glissement vers le bas, dans la psychose. Là, où il y a de l’intensité, de la préoccupation autour de l’amélioration de soi, de la conscience et même des rudiments de réflexion et de la capacité à s’observer soi-même, il y a une grande probabilité que le processus désintégratif sera positif. Le thérapeute conscient agit comme un guide en tenant une lumière au bout du tunnel pour le patient qui lutte. Bien évidemment, les thérapeutes qui ont eu le courage de descendre dans leur propre puits et qui ont émergé de l’autre côté, sont dans une meilleure position pour aider leur patient dans ce processus. Ils sont passés par là, et ils ont un sens intuitif de ce qui est nécessaire : quand rester assis discrètement, quand entrer et quand être disponible alors que la crise est à son comble.

Il y a de la lumière de l’autre côté. Les individus en transformation développent un sens du moi qui ne ressemble à rien de ce dont ils ont pu faire l’expérience auparavant. Ils ne sont plus à la merci du monde qui les entoure. Ils comment à créer leurs propres vies. Leur estime de soi passe de négatif à positif. Leurs relations avec les autres deviennent plus riches émotionnellement, plus signifiants, plus satisfaisants, plus égalitaires. Ils n’utilisent pas les relations comme moyen de se prouver à eux-mêmes, mais ont un riche sens du moi qui est disponible au partage avec les autres. Comme ils comblent leur propre besoin d’estime, il leur reste plus d’énergie pour voir une autre personne comme un individu unique. Leur capacité à aimer grandit comme ils ne manipulent pas les émotions des autres afin de s’en servir pour eux-mêmes, ils s’intéressent vraiment aux autres.

Un paradoxe difficile à comprendre apparaît dans le domaine de l’empathie. Si une personne – souvent une femme, mais la même vérité se tient aussi pour un homme – s’est identifiée comme un « aidant » altruiste, quelqu’un qui nourrit les autres, il va y avoir une peur d’évoluer. Il y aura un fort sentiment que le développement va emporter la personne loin de ceux qu’elle aime. Il y aura la peur que de se concentrer sur son propre développement, reviendra à devenir égoïste. Il y aura une peur de séparation. Une personne se souvient que, pendant sa propre thérapie, la thérapeute ne cessait de répéter : « Vous serez capable de faire tout ce que vous faites maintenant, seulement, votre attitude vis à vis de tout cela sera différente. » La thérapeute avait raison, bien sûr, mais cela a pris des années à comprendre ce qu’elle voulait dire.

L’empathie au niveau II – un attachement exagéré aux autres, vivre par les autres, un besoin d’être nécessaire pour avoir une identification de soi – laisse la place à une empathie d’une forme différente. L’empathie de niveau supérieur implique un certain degré de détachement et une plus grande perspective. Les individus de niveau III ont fait face à leur propre souffrance, en ont compris la signification à un degré plus élevé et sont capables de réconforter d’autres dans leur douleur plutôt que de souhaiter simplement que la douleur parte pour leur propre confort. Bien que des personnes qui agissent au niveau III peuvent avoir l’air pour eux-mêmes et pour les autres, de s’éloigner de l’intérêt pour les autres, au fond, ils sont en train de passer par un processus qui leur apportera un contact plus profond, plus riche avec ceux qu’ils aiment que tout ce qu’ils n’ont jamais pu imaginer.

Une autre conséquence indirecte de ce processus de transformation est le développement de la créativité. Probablement, la créativité a été là depuis toujours, cachée sous la surface, attendant la capacité d’un moi plus autonome d’exprimer son originalité naturelle. Maintenant, son énergie est mûre à s’exprimer. Les individus de niveau III ont tendance à être hautement créatifs et ils peuvent utiliser leur créativité pour faire avancer leur propre évolution. Avec leur énergie plus abondante, ils peuvent contribuer à la société, en faisant avancer la cause de la justice avec éloquence dans leur écriture, art, danse, pièces de théâtre, inventions et interactions avec les autres.

La théorie de la désintégration positive (niveaux I et II) - Dabrowski -

La théorie postule cinq niveaux d’évolution dont chacun représente une structure psychologique distincte et crée une vision du monde unique. Au niveau I, les individus sont égocentriques au fond et il n’y a que peu d’égard authentique pour les autres, sauf dans le sens de veiller à ses possessions : ma famille, mon affaire, mon équipe de bowling, mon voisinage. Les individus du niveau I se servent des autres pour satisfaire leurs propres besoins de façon automatique ; c’est une obligation naturelle et même morale – prendre soin du numéro un (et des biens du numéro un). Il n’y a pas de réflexion sur soi, pas d’acceptation de culpabilité, pas d’observation rigoureuse consciente quant aux effets de leurs actions sur les autres, pas de sensibilité émotionnelle. Il n’y a pas de conflit intérieur. Tout conflit est externalisé, en opposition à tout ce qui gêne l’accomplissement des désirs. Comme il n’y a pas de vie intérieure à s’interposer entre de telles personnes et leurs ambitions, ils peuvent très bien acquérir du pouvoir par des moyens impitoyables. Au pire, la personnalité du niveau I est un psychopathe, sans aucune indication de potentiel de maturité. Au mieux, au bout le plus haut du niveau I, on trouve une grande partie de l’humanité : des personnes convenables, qui travaillent dur, respectent la loi, qui sont affectueux envers famille et amis, qui ont des croyances fortes mais non remis en question et qui, en général, maintiennent le tissu social. Acculturés et accommodants, ils soutiennent des éthiques et valeurs établies.

Les individus du niveau II ont moins de confiance en eux. Ils ont un sentiment de manquer de quelque chose d’indéfinissable qui les ronge et ils cherchent l’accomplissement et l’approbation auprès d’autres personnes, dans des mouvements de groupe et en aidant et secourant autrui. Ils sont très préoccupés par la question, « Que vont penser les autres de moi ? ». A ces personnes, il manque l’ingrédient essentiel du développement du soi, une hiérarchie interne de valeurs qui distingue entre véritables convictions et accommodations aux autres. Comme ils n’ont pas été pourvus d’un moyen de diriger leur comportement de l’intérieur, ils s’appuient sur les autres pour approuver ou désapprouver ce qu’ils font. Ils se sentent désorientés, impuissants, incertains à tous les égards et inférieurs aux autres. Ils se conforment aux normes des groupes par besoin de sécurité, plutôt que par un véritable engagement envers ces normes, mais ils peuvent passer d’un groupe à l’autre ou d’un amant à l’autre à la recherche d’une plus grande approbation.

Un grand groupe de personnes opère au niveau II. Ils ont des sentiments ambivalents et un comportement incohérent qui reflètent leur vie intérieure confuse. Souvent, ils sont attirés par des projets de développement personnel, mais ils ont du mal à progresser car ils ont tendance à sauter d’une technique à une autre, avide d’essayer tout ce qui est vendu comme le dernier cri et « le meilleur ». Quelques-uns deviennent relativistes quand ils développent une conscience sophistiquée de comment les valeurs varient d’une culture à l’autre, ils peuvent tolérer une large gamme de climats moraux sans prendre au sérieux un quelconque système de valeurs.

Certaines personnes restent au niveau II toute leur vie et certaines personnes avec un plus grand potentiel intérieur avancent. Ceux qui restent au niveau II sont appelés « conserveurs » et ceux qui vont plus loin « transformeurs ». Les conserveurs s’occupent à défendre l’homéostasie (l'équilibre) de l’organisation actuelle de leurs vies. Les transformeurs avancent plus volontiers vers le processus de désintégration.

Il y a beaucoup de distinctions importantes entre conserveurs et transformeurs qui ont un rapport avec les hommes et femmes en milieu de vie. Les conserveurs ont tendance à manquer d’assurance et ont besoin de l’approbation de leur monde. Leur besoin d’estime de soi consomme une grande partie de leur énergie. Ils cherchent continuellement à soutenir leur faible opinion d’eux-mêmes en obtenant l’approbation des autres ou en se convaincant eux-mêmes d’être quelqu’un de bien – des personnes ayant le sens du sacrifice, qui savent donner, prendre soin et qui sont responsables. En effet, ils peuvent être chaleureux, sensibles, facilement émus, motivés à travailler pour le bien-être des autres et être extrêmement préoccupés par la recherche de relations personnelles idéales. Ils peuvent se focaliser sur les besoins des autres au point d’être assez empathiques mais souvent, leur empathie prend la forme d’une sur-identification aux autres et ils se perdent ainsi eux-mêmes dans le drame de la vie des autres. L’empathie peut vite tourner au mépris quand ils ne se sentent pas appréciés pour leur bienveillance. Leur affectivité peut prendre la forme d’une dépendance aux autres, de jalousie ou de dénigrement de soi. Ils ressentent beaucoup de culpabilité à peut-être ne pas vivre à la hauteur des attentes des autres et ils sont aussi tout à fait capables d’utiliser la culpabilité pour manipuler les autres.

Bien que dans les normes de la société, le niveau II soit considéré comme « normal », il y a des implications cliniques frappantes dans cette population. Les individus au niveau II sont plus sujets aux troubles psychosomatiques, à l’alcoolisme, à la dépendance aux drogues, aux phobies et même à la schizophrénie. Leur affectivité peut ne pas être bien dirigée mais le simple fait qu’elle existe au moins, fait que le niveau II soit une avance du développement par rapport à l’assurance insensible du niveau I. Leur désorientation est leur premier pas dans le processus désintégrant d’évolution plus avancée. Beaucoup de personnes demeurent dans cet état confus leur vie entière, se cramponnant à leur faible sens du moi et en se protégeant de futures désintégrations. Mais quelques-uns avancent, risquant tout ce qu’ils croyaient être pour trouver une plus grande vérité ; cette minorité compose les transformeurs qui avancent vers le niveau III.

Le conflit intérieur comme voie vers un développement avancé - Dabrowski -

La crise du milieu de vie est ressentie comme la désintégration du moi, une perte de la définition de soi-même. C’est comme si le terrain pour de futures suppositions se dissipait ; ce qui était important avant, perd son intérêt. Cette expérience peut souvent être terrifiante car l’individu peut croire que rien ne subsistera quand le moi est enlevé. « Sous toutes mes façades, je vais me révéler comme une non-personne. » Qu’est-ce qui cause tout ce chamboulement ?

Un facteur peut être une perte. Un conjoint décède ou part suite à un divorce. Des parents décèdent. Un enfant rebelle quitte la maison. La jeunesse passe dans une culture qui chérit la jeunesse. Comme les enfants deviennent indépendants ou les partenaires sont absorbés par des carrières toujours plus exigeantes, le fait que quelqu’un ait besoin de nous, le rôle du nourricier altruiste ou de l’épaule forte qui est toujours là pour réconforter diminuent.

Il y a aussi le stress. Tout en vivant une perte, des femmes peuvent jongler entre travail et tâches ménagères, gérer leur progéniture adolescente, s’occuper de parents souffrants et probablement regarder leur mari s’angoisser au cours de sa propre crise de la quarantaine. Des hommes peuvent également être tendus entre la gestion des agitations des adolescents et les besoins pressants de parents vieillissants faisant face à leur propre déclin ; les responsabilités augmentent et l’énergie diminue. Autant les hommes que les femmes peuvent aussi se rendre compte nettement que beaucoup, sinon la plupart de leurs rêves et de leurs attentes à ce que la vie allait leur apporter, ne sont plus susceptibles de se réaliser maintenant – une perspective triste.

Mais il y a souvent une autre composante, plus énigmatique – ce sentiment intérieur, indéfinissable de malaise, cette sensation d’abattement ou même de désespoir sans raison particulière, de quelque chose de faux que l’on n’arrive pas à pointer. Tout en ayant fait, et bien fait, les choses qu’il fallait, une terrible sensation tenaillante de malaise et de confusion fait surface maintenant. Les personnes touchées par cela demandent « Qu’est-ce que j’ai mal fait ? Pourquoi je me sens ainsi ? » La dépression assombrit tout. Toutes les personnes et les activités qui donnaient une signification à la vie autrefois ont perdu leur pouvoir. Il y a une profonde sensation de vide que rien ne semble combler.

Par le passé, on conseillait souvent aux personnes avec de tels sentiments, particulièrement aux femmes, de détendre la situation en commençant quelque chose de nouveau, un loisir, du travail bénévole, pour une cause – quelque chose pour détourner son esprit de soi-même. On les voyait comme temporairement désorientées par un manque de but précis, comme des névrosés en train de couver qui ont besoin de revenir vers la normalité. C’était comme si leurs sentiments n’avaient pas de validité. On s’attendait à ce que les personnes traversant une telle anomie aient besoin de revenir à la raison et de « se secouer ».

La théorie de Dabrowski parle à ses sentiments d’une nouvelle façon. La théorie décrit un processus de transformation, une voie vers un développement à un niveau supérieur qui nécessite la désintégration d’une structure psychologique contraignante afin de laisser se produire un mouvement en direction d’une nouvelle intégration à un niveau supérieur, où le moi se réalise. Elle diffère des théories plus familières décrivant des états, elle affirme que la structure du niveau supérieur et celle du niveau inférieur existent côte à côte ; la structure supérieure ne s’élève pas à partir de l’inférieure, mais agit en opposition à cette dernière. Ceci crée un conflit intérieur entre deux conceptions différentes de la réalité. Quand la structure du niveau plus haut est en expansion, la structure de niveau plus bas diminue, mais non sans lutter pour sa survie.

La crise du milieu de vie réexaminée - Dabrowski -

Des aspects apparemment négatifs de la crise de la quarantaine vont être réexaminés à la lumière de la théorie de la désintégration positive de Dabrowski (*), une théorie de l’évolution émotionnelle. Cinq larges niveaux d’évolution vont être passés en revue afin de montrer la « normalité » restrictive dont de telles crises peuvent éloigner et l’élargissement de l’autonomie et de l’authenticité vers lequel elles peuvent conduire. Le rôle du thérapeute est vu alors comme un soutien au patient pendant ce processus de transformation. 

La crise est vue comme « un tournant ». Plutôt qu’une épreuve qui nous est imposée, la crise de la quarantaine peut être une invitation à un développement avancé et un indicateur que, de l’intérieur profond, une maturité lutte pour apparaître. 

La série de billets qui va suivre réexamine de telles crises du point de vue d’une théorie d’évolution émotionnelle qui voit le conflit intérieur dans une lumière positive. Cette théorie, appelée « la théorie de la désintégration positive » par son créateur, Kazimierz Dabrowski (1902 – 1980), était le résultat de ses propres observations angoissées des meilleures et des pires possibilités humaines en période de guerre et elle est la base d’une nouvelle façon de voir ce qui facilite la maturité.

23 juin 2017

Kazimierz Dabrowski et la désintégration positive - Dabrowski -

Kazimierz Dabrowski (1902-1980) était un psychologue, psychiatre, médecin, écrivain et poète. Il fut professeur au département de psychologie de l'université Laval et au département de psychologie de l'université de l'Alberta ainsi que membre de la société royale de médecine. Kazimierz Dabrowski a développé le concept de la désintégration positive, une approche nouvelle du développement de la personnalité. La théorie de la désintégration positive apparaît être très utilisée par les individus à haut potentiel (surdoués) pour comprendre leur développement intellectuel/mental.

Selon Dabrowski, rejeter la souffrance équivaut à rejeter toute possibilité de développement. Les troubles nerveux et psychonévroses ne sont donc des maladies que du point de vue unilatéral, quand les personnes n’ont pas pu les résoudre de manière positive. Dąbrowski utilise l’exemple de plusieurs philosophes (Kierkegaard, Nietzsche, Platon) et artistes (Chopin, Beethoven, Van Gogh, Michel-Ange), pour montrer que les grandes personnalités ont su transformer la souffrance, la dépression, ou l’angoisse (« nuit noire de l’âme »), en actions créatrices. Les expériences difficiles permettent ainsi de réaliser notre nature multidimensionnelle.