8 avril 2017

L’écriture automatique

L’écriture automatique est un mode d'écriture dans lequel n'interviennent ni la conscience ni la volonté. Ce processus a au moins cinq champs d'application différents : littérature, psychologie, peinture, parapsychologie ou autohypnose. En tant que phénomène spirite, l'écriture automatique est appelée psychographie.

Origine
L'écriture automatique était une pratique spirite déjà rapportée par Hippolyte Taine dans la préface de la troisième édition de son ouvrage De l'intelligence paru en 1878 : « Il y a une personne qui, en causant, en chantant, écrit sans regarder son papier des phrases suivies et même des pages entières, sans avoir conscience de ce qu'elle écrit. À mes yeux, sa sincérité est parfaite ; or, elle déclare qu'au bout de sa page, elle n'a aucune idée de ce qu'elle a tracé sur le papier. Quand elle le lit, elle en est étonnée, parfois alarmée... Certainement on constate ici un dédoublement du moi, la présence simultanée de deux séries d'idées parallèles et indépendantes, de deux centres d'actions, ou, si l'on veut, de deux personnes morales juxtaposées dans le même cerveau ; chacune a une œuvre, et une œuvre différente, l'une sur la scène et l'autre dans la coulisse. ».

L’écriture automatique a été utilisée par les surréalistes comme un mode de création littéraire, permettant de s'émanciper de l'étroitesse de la pensée régie par la raison. Ce point est caractéristique du mouvement surréaliste. C’est au terme d’une quête sur la nature de l’inspiration poétique qu’André Breton formalisa cette technique appliquée à la création littéraire. Elle consiste à écrire le plus rapidement possible, sans contrôle de la raison, sans préoccupations esthétique ou morale, voire sans aucun souci de cohérence grammaticale ou de respect du vocabulaire. L’état nécessaire à la bonne réalisation est un état de lâcher-prise, entre le sommeil et le réveil (proche d’un état hypnotique).

Définition de l'écriture automatique par André Breton dans Manifeste du surréalisme (1924) : « Placez-vous dans l'état le plus passif ou réceptif que vous pourrez... écrivez-vite sans sujet préconçu, assez vite pour ne pas vous retenir et ne pas être tenté de vous relire ».

L’écriture automatique trouve un équivalent graphique dans la technique dite du frottage, inventée par Max Ernst en 1925 : elle consiste à laisser courir une mine de crayon à papier sur une feuille posée sur une surface quelconque (parquet ou autre texture), ce qui fait apparaître des figures plus ou moins imaginaires.

L’écriture automatique dévie l’inconscient de la pensée. C’est l’imprudence du vocabulaire pour enfin libérer l’expression inconsciente à travers l’écriture. Cette technique trouve son inspiration en nul autre que le père de la psychanalyse, Sigmund Freud. Les lois, les termes ainsi que le lexique ne montrent aucune constance. C’est un jargon, fabriqué puis retranscrit sur papier. L’esprit saisit la main du medium pour entrer en contact avec le monde physique. Il écrit et dessine. Aucune liaison n’est visible, aucune union n’est en accord avec ce qui pourrait être un « vrai texte ».

C’est un moyen intermédiaire de lâcher prise en utilisant une autre manière transmettre sa pensée. Une forme de dictée inconséquente. En effet, les parapsychologues, les psychologues et les spirites sont de nos jours les plus propices à utiliser ce procédé. Elle est d’ailleurs encore et souvent adoptée pour recueillir ce qu’on sait d’un sujet lors d’un remue-méninge (brainstorming).

Elle s’inscrit dans le mouvement surréaliste puisqu’elle est avant tout le surpassement du réel. Elle pénètre au-delà de la motivation visible à l’homme. Elle donne l’opportunité à l’artiste qui veille en nous de s’exprimer. Le chef-d’œuvre est notre propre imagination fécondée, en isolant les matériaux considérés. Les lois littéraires ne sont pas crédibles et la grammaire fonctionnelle n’a aucune place dans l’écriture automatique. Elle cherche le mélange entre l’inconnu et l’invisible.